Au Tchad, le dialogue interreligieux est un puissant outil pour la paix
Au Tchad, dans un contexte de crises politiques et de tensions communautaires, la construction de la paix passe, entre autres, par le dialogue interreligieux. En janvier 2026, une délégation du Groupe Théologie En Dialogue (TED) s’est rendue à N’Djamena, à l’invitation du CCFD-Terre Solidaire, en partenariat avec les institutions catholiques et islamiques du Tchad et de N’Djamena.
Qu’est-ce que le Groupe Théologie En Dialogue (TED) ? Le Groupe TED a été fondé en 2017 par le Service national pour les relations avec les musulmans de la Conférence des Evêques de France. Il est composé de religieux et laïques catholiques et musulmans.
Point de passage entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, le Tchad est le cinquième pays le plus vaste du continent africain. Ses 21,5 millions d’habitants sont majoritairement musulmans (55,3 %) et chrétiens (40,6 %), avec un fort ancrage territorial puisque les premiers vivent plutôt au nord, les seconds plutôt au sud.
Les tensions religieuses en toile de fond
La loi tchadienne garantit la liberté religieuse mais, dans les faits, la situation entre musulmans et chrétiens connaît encore des tensions et des méfiances. Les communautés cohabitent sans vraiment se mélanger. Les préjugés sont nombreux, les mariages interconfessionnels atypiques et, il y a encore quelques années, il n’était pas rare que certains religieux prennent à partie les croyants d’une autre confession dans leur sermon.
Le pays a connu plusieurs guerres civiles et a affronté une crise politique majeure depuis la mort du président Idriss Déby en 2021. Cette crise a freiné le rapprochement entre les communautés confessionnelles et laissé subsister, parfois, des liens ambigus entre religion et politique.
Le Tchad est aussi secoué par des conflits entre agriculteurs et éleveurs qui font régulièrement des morts. En parallèle, la question foncière cause de nombreux problèmes aux populations. Dans un cas comme dans l’autre, les clivages religieux sont toujours en toile de fond.
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Des partenaires engagés pour le dialogue interreligieux
Dans ce contexte, renforcer le dialogue interreligieux c’est œuvrer pour la paix. Depuis 2012, le CCFD-Terre Solidaire et ses alliés – notamment le Service national pour les relations avec les musulmans (SNRM) de la Conférence des Evêques de France – travaillent en ce sens. L’ONG encourage le dialogue islamo-chrétien par l’appui à différentes actions, notamment de son partenaire tchadien, le Groupe de Recherche et d’Animation du Vivre Ensemble (GRAVE).
Depuis sa création en 2015, GRAVE est devenu un acteur-clé dans le rapprochement entre les communautés chrétiennes et musulmanes au Tchad. Parmi ses actions :
- des formations en français pour des religieux musulmans et en arabe pour les pasteurs et les prêtres,
- des échanges théologiques,
- la tenue de conférences,
- l’organisation de ruptures du jeûne partagées entre musulmans et chrétiens au moment du Ramadan, y compris devant la télévision nationale,
- ou encore la participation à la production d’un nouveau règlement des écoles coraniques afin qu’il favorise le vivre-ensemble et la protection de l’enfance.
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Depuis 2024, le travail autour du dialogue interreligieux au Tchad a pris un nouveau tournant. Plusieurs voyages ont été organisés dans le pays ainsi qu’en France pour renforcer les liens entre les religieux.
Ainsi, en juillet 2025, une délégation de prêtres et d’imams tchadiens sont venus en France pour découvrir les expériences de dialogue et de rapprochement entre musulmans et chrétiens en France. Ils ont rencontré la Conférence épiscopale, des responsables de communautés musulmanes, ont visité la Grande Mosquée de Paris ou encore la Cathédrale Notre-Dame de Paris.
En octobre 2025, le CCFD-Terre Solidaire a fait venir en France les trois principaux Oulemas du Tchad. L’occasion pour ces savants musulmans, en charge des affaires islamiques de leur pays, de rencontrer des théologiens musulmans de France engagés dans la réflexion sur un Islam plus ouvert et pluriel, tels que Tareq Oubrou (recteur de la mosquée de Bordeaux), et d’être accueillis avec les honneurs à la conférence épiscopale.
Janvier 2026 : semaine du dialogue interreligieux
Début 2026, une délégation de huit théologiens catholiques et musulmans du groupe TED est partie de Paris et d’Istanbul quelques jours après le Nouvel An et a atterri à N’Djamena, la capitale tchadienne. Leur but : participer à une semaine de dialogue avec des institutions religieuses, des centres académiques, des représentants des communautés tchadiennes, des acteurs de la société civile.
Parmi les membres de la délégation, des religieux, des prêtres, le délégué national pour les relations avec les musulmans, le directeur de l’Institut dominicain d’Istanbul, la responsable de la faculté de théologie de l’ICP, des imams et spécialistes du Coran, un professeur émérite d’islamologie de tradition soufi…
La délégation a été reçue par différent institutions religieuses comme la Conférence des Evêques du Tchad, l’Union des Imams du Tchad, l’Archevêque de N’Djamena, le Mufti de la République du Tchad, des Pasteurs protestants… Parmi les activités, la rencontre avec 80 séminaristes du Grand Séminaire interdiocésain a été particulièrement marquante, notamment entre les penseurs musulmans de la délégation et ces jeunes en formation.
J’étais très touché par cette rencontre. Il y avait une liberté d’expression du côté des séminaristes. Au bout d’une heure, on a fini dans une confiance mutuelle extraordinaire.
Abdelsalam Souiki, théologien musulman à Marseille, participant au groupe Théologie en Dialogue
Les séminaristes étaient extrêmement attentifs et sérieux. C’étaient des débats intéressants. Et aujourd’hui, le séminaire continue de solliciter nos partenaires pour vivre encore de nouvelles expériences de ce type.
Bruno Angsthelm, chargé de mission au CCFD-Terre Solidaire
Le vivre ensemble de tous les jours
En une semaine, les huit délégués du Groupe TED ont rencontré de nombreux acteurs religieux, eu de longs débats avec des jeunes chrétiens et musulmans au centre interconfessionnel “La Tente d’Abraham”, rencontré 80 responsables communautaires de quartier de N’Djamena au centre de dialogue islamo-chrétien El Mouna, visité la Grande Mosquée et participé à une concélébration à la Cathédrale de N’Djamena.
Cette semaine était aussi l’occasion de rencontrer des représentants de la société civile et de l’université islamique et d’observer comment les Tchadiens et les Tchadiennes construisent le vivre ensemble de tous les jours. Il s’agissait surtout d’écouter, de stimuler la réflexion et de partager les expériences vécues, en France et au Tchad, tout en restant attentifs à la complexité propre à chaque pays.
J’aime voir comment le dialogue interreligieux concerne la vraie vie. Souvent les gens sont plus en avance sur la capacité d’interagir que les institutionnels qui sont plus inquiets. Au niveau de la base, ils ont déjà développé des liens amicaux qui sont la base de leur vivre ensemble.
Père Jean François Bour, spécialiste en islamologie, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans
Dans un pays marqué par les divisions internes, ces initiatives rappellent que la paix ne naît pas des discours, mais des liens que l’on choisit de construire. Au Tchad, le dialogue interreligieux apparaît comme un levier concret pour un vivre ensemble renouvelé.
Quelques réflexions nées de cette expérience
Photo de couverture : Julia Zimmermann / CCFD-Terre Solidaire
Cierge allumé pendant la messe du soir célébrée au sein de la communauté religieuse Deir Maryam al-Adhra. Située à Souleymanieh, au Kurdistan irakien, cette communauté oeuvre au dialogue inter-religieux islamo-chrétien. Photo prise en juillet 2024.
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