Magnifica Humanitas : Une première lecture de l’encyclique du pape sur l’IA

Publié le 06.06.2026

La publication de Magnifica Humanitas (“Magnifique humanité”) est un événement majeur pour l’Eglise et pour le monde. Bien plus qu’un simple texte religieux, ce document sur l’Intelligence Artificielle, publié cent-trente-cinq ans après l’encyclique Rerum Novarum sur la condition ouvrière, est lucide et prophétique. Il nous livre une réflexion percutante sur la sauvegarde de notre humanité, la justice sociale et le Bien commun, face au projet de l’IA tel qu’imposé aujourd’hui par les géants de l’industrie de la Tech.

Cette lettre volumineuse de deux-cents pages est importante pour le CCFD-Terre Solidaire. Elle actualise les grands principes de la Doctrine sociale de l’Eglise à l’ère du numérique, ces principes mêmes qui inspirent et orientent les combats de notre ONG depuis ses origines. Nous nous en saisissons au nom de la défense de la personne humaine, et au nom de nos partenaires à l’international qui œuvrent, chaque jour, pour une société plus égalitaire, plus juste et plus fraternelle. Les lignes qui suivent vous proposent de retenir quelques grands aspects de ce texte riche. “Ne nous laissons pas écraser par la technique, faisons en sorte que l’Homme demeure au centre, source de vie !”

Ce que nous retenons d’une première lecture

Face à l’IA, défendre la dignité humaine

Bien au-delà d’une simple évolution technique, l’IA marque une rupture anthropologique majeure pour notre époque. 135 ans après la publication de Rerum Novarum, le pape Léon XIV nous pose aujourd’hui une question essentielle : « Quelle direction devons-nous choisir, comme communauté humaine et comme peuples, face à l’IA ? »  Deux chemins s’ouvrent à nous : celui d’une humanité sans Dieu, uniformisée et inégalitaire, ou bien celui d’une communauté humaine en relation avec Son Créateur, fraternelle et solidaire. Magnifica Humanitas dénonce des risques de déshumanisation, de dérive transhumanistes et d’une uniformisation délétère de l’humanité. Elle réaffirme, en contrepartie, le rôle fondamental des relations humaines et l’urgence de protéger la dignité de toutes et tous à l’ère de l’IA. Elle annonce aussi la possibilité d’une IA au service de la fraternité et de la transparence, développée dans un esprit de partenariat.

Dans la suite de l’encyclique Populorum Progressio (lettre du pape Paul VI, publiée en 1965), Léon XIV repère, à partir des encycliques écrites par ses prédécesseurs, les éléments qui vont nous aider à discerner comment “incarner, [aujourd’hui], l’amour de Dieu dans la trame concrète de l’histoire” (MH 47). Les principes de la Doctrine Sociale de l’Eglise continuent, aujourd’hui, d’être un socle de repères pour nous ajuster et mener nos combats.

Magnifica Humanitas : la protection de la personne humaine à l'ère de l'Intelligence Artificielle

L’IA, un enjeu de paix dans le monde

La révolution numérique en cours modifie la nature des conflits sur la scène internationale. L’IA, rappelle Magnifica humanitas, est dès le départ un instrument guerrier, fait pour prendre le pouvoir : économique, politique, emprise sur les personnes. “L’IA peut renforcer la défense et la protection des civils, mais elle peut aussi abaisser le seuil du recours à la force, rendre les responsabilités opaques, alimenter une culture où l’ennemi est réduit à une donnée et la victime à un ‘dommage collatéral’ ” (MH 183). Léon XIV appelle ainsi à“désarmer l’intelligence artificielle”, ce qui ne signifie pas renoncer à la technologie, mais “l’empêcher de dominer l’humain, d’écraser l’humain” (MH 110).  Dans la suite de Paul VI et du pape François, il souligne l’importance de mettre en place une civilisation de l’amour à l’ère numérique.

Défi démocratique

L’IA fleurit dans une société gangrénée par la quête de pouvoir. Loin de permettre la destination universelle des biens, elle « tend surtout à renforcer le pouvoir de ceux qui disposent déjà de ressources économiques, de compétences et de l’accès aux données.» Des outils qui pourraient favoriser le débat et la participationsont ainsi « souvent utilisés pour construire des récits déformés et brouiller les frontières entre le vrai et le faux ». L’encyclique Magnifica humanitas plaide pour une meilleure formation des jeunes à l’utilisation correcte et critique des outils numériques. Cette formation est vue comme une “possibilité démocratique”, qui devrait permettre à chacun.e de participer au débat sur l’intelligence artificielle. Les corps intermédiaires que sont les associations, les syndicats et les ONG peuvent dans ce cadre jouer un rôle essentiel pour faire du numérique un pilier de défense des droits des citoyen.nes et de leur démocratie.

Réinventer nos imaginaires

Enfin, face à courants du progrès (transhumanisme, posthumanisme) qui “colonisent l’imaginaire collectif”, le numérique peut et doit devenir un lieu de résistance et de réinvention de nos imaginaires. Alors que l’IA nous place face à un avenir dystopique, Léon XIV propose, en 2026 encore, de choisir une “écologie de la communication”.  En s’engageant, chacun.e où nous sommes, à communiquer de manière transparente et à rechercher fidèlement les faits, nous travaillons ensemble à construire une humanité conscience et solidaire, une humanité de relations et où le numérique se met au service de la dignité de chaque personne humaine.

Conclusion

 

Nous pouvons difficilement passer à côté de l’Intelligence Artificielle. Face à son développement, il est bon que nous nous dotions collectivement d’une éthique, de la même façon que nous cherchons des placements éthiques et que nous avons une position sur la paix et la guerre. Cela touche l’ensemble de l’humanité, de notre économie, de notre environnement (l’écologie étant très impactée par la question de l’IA). Derrière l’IA, la question posée est : “Est-ce que l’Homme a encore le droit de penser, ou bien va-t-on penser pour lui ?” Est-ce que l’Homme va garder la possibilité d’un recul, d’un discernement, d’un jugement ? Nous devons accepter un certain discernement individuel et collectif, pour ne pas participer à accroitre le pouvoir de l’IA sur nos vies. “La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la puissance de ses moyens mais à l’attention qu’elle sait offrir à sa capacité de reconnaître l’autre comme un visage et non comme une fonction.” (MH 114)

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