(Réactive) A Évian, le G7 a choisi la photo de famille plutôt que l’action
Le G7 s’achève à Evian sans avoir tenu ses promesses. Emmanuel Macron avait annoncé vouloir faire de la lutte contre les « déséquilibres économiques mondiaux » une priorité de la présidence française. Ce sommet ne sera pourtant même pas parvenu à nommer les “déséquilibres” les plus importants qui structurent aujourd’hui l’économie mondiale.
Crise de la dette, explosion des inégalités, évasion fiscale, super-profits indécents, baisse de l’aide publique au développement, crise alimentaire, crise climatique, inégalités de genre : tous ces sujets ont été relégués au second plan, voire totalement censurés, au profit d’un agenda largement dicté par les priorités étatsuniennes.
Dans un contexte d’augmentation des besoins de financement des pays du Sud, de recul de la solidarité internationale, d’aggravation des crises climatiques et sociales, notamment d’explosion des inégalités, le sommet d’Évian réaffirme donner la priorité au soutien aux pays les plus vulnérables mais sans engager aucune rupture à la hauteur des crises. Comment croire cette énième promesse alors que les pays du G7 sont responsables d’une réduction sans précédent dans l’aide publique au développement ?
Au lieu d’assumer les réformes de fond attendues, la présidence française a fait le choix du plus petit dénominateur commun pour garantir une belle photo de famille.Les dirigeants du G7 cherchent sans doute à mettre en avant une unité de façade dans un contexte géopolitique tendu, mais celle-ci ne masque pas l’essentiel : l’incapacité du G7 à prendre ses responsabilités et à répondre aux déséquilibres économiques, sociaux et climatiques qui fragilisent aujourd’hui le multilatéralisme.
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CCFD-Terre Solidaire – Robin Guittard, Directeur adjoint du plaidoyer
« À Évian, la France a mis en lumière le déficit de légitimité d’un G7 qui prétend répondre aux déséquilibres économiques mondiaux tout en détournant le regard de certains des sujets les plus urgents. Pourtant, les solutions existent. Sur la dette, des mesures d’annulation et une participation obligatoire des créanciers privés sont sur la table depuis des années. Sur la fiscalité internationale, les négociations historiques engagées aux Nations unies ouvrent la voie à des règles plus justes. Et en matière de coopération au développement, les pays du G7 ont les moyens d’enrayer les coupes budgétaires qui fragilisent les populations les plus vulnérables. Mais rien de tout ça n’a été discuté à Evian. Face à l’urgence de démocratiser la gouvernance mondiale afin que les réponses aux défis globaux soient construites avec l’ensemble des pays concernés, on peut se demander : à quoi sert encore le G7 ? »
Réseau Action Climat – Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales
À Évian, malgré la crise énergétique mondiale que nous traversons, il n’a pas été possible d’aborder frontalement notre dépendance dangereuse aux énergies fossiles. Réduire cette dépendance est pourtant essentiel pour renforcer la sécurité énergétique, lutter contre les crises environnementales et limiter les coûts économiques et sociaux qui en découlent et tout simplement œuvrer pour la paix. La question des minerais dits critiques a également occupé une place importante dans les réflexions du G7. Face à notre dépendance croissante à ces ressources, il est impératif que cette conversation dépasse le cadre restreint du G7 et associe le plus grand nombre de pays concernés. Elle doit également garantir que les droits, les intérêts et la participation des populations concernées – notamment les communautés locales, les Peuples Autochtones, les travailleurs et travailleuses – soient pleinement pris en compte dans les décisions qui les affectent.
350 – Fanny Petitbon, Responsable France
« Ce que nous attendions d’Évian, c’était un signal clair de la part des nations les plus puissantes au monde de leur détermination à tourner la page des énergies fossiles et à taxer de manière permanente les géants du pétrole et du gaz qui encaissent des profits records. Sous la présidence française, ce sommet s’est transformé en course vers le plus petit dénominateur commun, évitant délibérément de froisser Washington. Emmanuel Macron avait l’occasion de laisser un vrai héritage climatique mais ne l’a pas saisie. 70% des Français·es réclament une taxe sur les profits indécents du secteur fossile, et pourtant le gouvernement n’a pas daigné mettre le sujet à l’agenda du sommet qu’il organisait. Alors que la France se prépare à vivre une vague de chaleur précoce, Évian n’aura rien changé : les entreprises fossiles continueront à toucher le jackpot comme si de rien n’était, pendant que les citoyens et citoyennes paient le prix. »
Coordination SUD – Yolaine Guérif représentante du Civil 7 et vice présidente de Coordination SUD
« Il est difficile de discerner de réelles avancées malgré les références au développement humain, à la société civile et à l’action humanitaire. En effet, nous faisons face à une double contrainte : d’une part, les coupes budgétaires opérées par les pays du G7 nous obligent à réduire nos interventions ; d’autre part, les violations répétées du droit international humanitaire exposent de plus en plus les populations civiles et les travailleurs humanitaires à des attaques directes. Cette situation compromet à la fois les objectifs de développement et la protection des populations les plus vulnérables. »
Oxfam France – Alan Anic, chargé de campagne et de plaidoyer Solidarités internationales
“Une fois encore, le G7 a privilégié ses intérêts économiques et diplomatiques au détriment des populations qui paient le prix de crises que ces mêmes puissances ont trop souvent provoquées, alimentées ou échouées à empêcher. Le contexte international a poussé le G7 à promettre des efforts financiers supplémentaires pour répondre aux crises à Gaza ou en RDC. Les pays du G7 n’ont cependant pas précisé comment ils comptaient réunir ces financements, alors même qu’ils opèrent les plus grandes coupes d’aide publique au développement de leur histoire.
Nous ne pouvons pas attendre de ceux qui ont allumé l’incendie qu’ils viennent l’éteindre eux-mêmes. Faire asseoir des chefs d’État à une même table ne peut pas constituer, en soi, une victoire diplomatique. Ces trois derniers jours, aucun pays ne s’est concrètement engagé à défendre le droit international et les droits humains et c’est un échec dont les conséquences seront historiques face au moment que nous traversons.”
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