Interview : Paulo Illes, un défenseur des droits brésilien au Forum social mondial du Bénin
Paulo Illes est le président de la Red Sin Fronteras (le Réseau Sans Frontières), un mouvement latinoaméricain, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, qui défend les droits et la participation politique des personnes migrantes à l’échelle municipale. Il participe au Forum social mondial qui a lieu du 4 au 8 août 2026 à Cotonou, au Bénin.
☞ Lire aussi : « Connecter notre lutte au reste du monde » : le Bénin accueille le Forum social mondial 2026
Depuis quand participez-vous au Forum social mondial ?
Paulo Illes : Mon histoire avec le Forum social mondial a commencé lors de sa première édition, à Porto Alegre, en 2001. J’étais alors étudiant en philosophie et j’ai été profondément marqué par l’atmosphère de dialogue, de diversité et de construction collective que j’y ai trouvée.
En 2005, j’ai participé au lancement du Forum social mondial sur les migrations. Depuis lors, j’ai assisté aux huit éditions du Forum social mondial sur les migrations et j’ai également participé à plusieurs éditions du Forum social mondial.
Au fil de ces années, j’ai suivi l’émergence de réseaux internationaux, de campagnes, de collaborations et d’amitiés qui perdurent encore aujourd’hui. De nombreux projets, initiatives et politiques publiques ont vu le jour ou ont pris de l’ampleur grâce aux rencontres organisées par le Forum.
Pourquoi avez-vous décidé de participer au Forum social mondial organisé cette année au Bénin ?
PI : La tenue du Forum social mondial dans un pays africain revêt une profonde signification historique. Elle marque la reconnaissance du rôle moteur du continent africain dans l’élaboration d’alternatives face aux grands défis de notre époque et constitue une occasion de renforcer le dialogue entre l’Afrique, l’Amérique latine et les autres mouvements sociaux du monde.
Nous vivons une époque où des défis tels que les migrations, le changement climatique, les inégalités et la défense des droits de l’homme dépassent les frontières nationales. Aucun pays ne sera capable d’y faire face seul. C’est pourquoi je crois que la coopération entre les peuples et l’élaboration de programmes communs sont aujourd’hui plus nécessaires que jamais.
Cette approche fait déjà partie de la réalité brésilienne. Aujourd’hui, le Brésil accueille des migrants et des réfugiés provenant de diverses régions du continent africain. Selon les données du ministère de la Justice, le pays héberge environ 2 millions de migrants, de quelque 200 nationalités, et le continent africain est aujourd’hui la troisième principale source de demandes d’asile. Parmi ces nationalités, le Bénin se distingue par l’un des taux de reconnaissance du statut de réfugié les plus élevés. Alors que le Bénin ouvre ses portes pour accueillir le Forum social mondial, le Brésil accueille des Béninois qui ont trouvé ici une protection. Nos histoires sont déjà liées par la mobilité humaine, la solidarité et la défense des droits de l’homme. Participer à ce Forum est, pour moi, une manière de renforcer ce dialogue.
Que représente pour vous le Forum social mondial ?
PI : Le Forum social mondial est avant tout un espace de rencontre, de dialogue et de construction collective. Plus qu’un simple événement, il constitue un processus permanent de coordination entre les mouvements sociaux, les organisations et les citoyens engagés en faveur de la justice sociale.
La Red Sin Fronteras est l’une des expressions concrètes de ce processus collectif. Conformément aux engagements pris dans la Déclaration de Madrid, lors du Forum social mondial sur les migrations de 2006, nous avons organisé, cette même année, la première Marche du Migrant à São Paulo, qui en est aujourd’hui à sa 21e édition.
De même, l’élaboration de la Politique municipale en faveur de la population immigrée de São Paulo s’est directement inspirée des principes de la Déclaration de Quito, adoptée lors du Forum social mondial sur les migrations de 2010, qui reconnaissait le rôle central des collectivités locales dans la promotion des droits des personnes migrantes.
Ces exemples montrent que le Forum n’est pas seulement un espace de réflexion. Il suscite des engagements, renforce les réseaux, inspire les politiques publiques et contribue à transformer les réalités.
Qu’attendez-vous de cette rencontre ?
PI : J’espère avant tout retrouver des amis et des compagnons de route, et mieux comprendre les expériences des mouvements sociaux africains, en particulier leurs modes d’organisation, de résistance et de construction d’alternatives face aux défis des migrations, du changement climatique et des inégalités. Je suis convaincu que nous avons beaucoup à apprendre de ces expériences.
J’espère aussi que cette édition contribuera à renouveler le processus même du Forum social mondial, en rapprochant les nouvelles générations qui sont aujourd’hui au cœur des luttes sociales et qui pourront insuffler au Forum l’énergie nécessaire pour les 25 prochaines années.
Quel message souhaitez-vous transmettre au Forum ?
PI : Je tiens à réaffirmer que la migration est un droit humain et qu’aucune personne ne doit perdre sa dignité en raison de son origine, de sa nationalité ou de son statut migratoire.
Après 25 ans passés aux côtés du Forum social mondial, je reste convaincu de son caractère indispensable. Dans un monde marqué par les guerres, les crises climatiques, les déplacements forcés et la montée de l’intolérance, nous avons plus que jamais besoin d’espaces capables de rassembler des personnes différentes pour dialoguer, instaurer la confiance et élaborer des solutions collectives.
Je continue de croire, comme j’y croyais à Porto Alegre en 2001, qu’un autre monde est possible. Mais j’ai appris, au fil de ce parcours, qu’il ne se construit pas uniquement à coups de discours. Il se construit chaque jour grâce à la solidarité, à la participation sociale et à l’engagement collectif en faveur de la dignité humaine.
C’est cette conviction que je continue de porter en moi, 25 ans plus tard, en participant à une nouvelle édition du Forum social mondial.
J'ai 1 minute
Partagez et relayez nos informations et nos combats. S’informer, c’est déjà agir.
Je m'informe
J’ai 5 minutes
Contribuez directement à nos actions de solidarité internationale grâce à un don.
Je donne
J’ai plus de temps
S'engager au CCFD-Terre Solidaire, c'est agir pour un monde plus juste ! Devenez bénévole.
Je m'engage