Syrie : « Bienvenue dans une nouvelle Damas »
Quelques jours après la chute du régime d’Assad, des milliers de Syriens célèbrent encore leur victoire : celle d’avoir retrouvé une Syrie libre. Une nouvelle Syrie pour laquelle beaucoup se sont battus depuis au moins 14 ans et le début des printemps arabes.
Il est un peu plus de 11 heures ce 11 décembre. Dans les rues pavées du plus vieux marchés de Damas, et l’un des plus vieux du monde, les vendeurs des drapeaux de la révolution syrienne ont du succès. « 5 dollars, 5 dollars pour vous, seulement ! », crient-ils, un large sourire aux lèvres, sachant que le drapeau vaut en réalité bien moins. Les commerces sont ouverts et font le plein de clients. Un homme repeint le rideau de fer de l’un d’eux. Celui-ci arborait les couleurs du drapeau syrien, obligé par le régime. Mais maintenant, il se pare de celles du drapeau de la révolution. « Bienvenue en Syrie… Dans cette nouvelle Syrie libre ! », lance un homme âgé, en riant, au volant de sa voiture dans une des rues du marché. Derrière lui, l’un des véhicules des rebelles défile. Certaines personnes applaudissent leurs occupants. Près de la mosquée des Omeyyades, c’est l’euphorie. Les vendeurs ambulants offrent à la foule des sucreries. Des centaines de personnes se pressent dans la mosquée. Des jeunes se prennent en photo à l’intérieur avec, toujours, leur nouveau drapeau. Trois jours après l’entrée dans Damas des groupes armés rebelles et de la fin de 54 ans de règne des Assad, c’est toujours l’effervescence. Dans les rues de la capitale, les célébrations continuent.
Je suis tellement heureux d’être là, sur cette place. Vous voyez autour de vous ? Ce ne sont que des bâtiments des Al-Assad. Avant, nous ne pouvions pas nous prendre en photo, mais maintenant, nous le pouvons.
Yazan, étudiant en tourisme
Place des Omeyyades, au cœur de la capitale, un peu plus loin de la mosquée. La fête se poursuit. Les Syriens continuent à se presser sur cette place emblématique pour se prendre en photo avec leurs proches et savourer « la victoire ». « Je suis tellement heureux d’être là, sur cette place. Vous voyez autour de vous ? Ce ne sont que des bâtiments des Al-Assad, décrit Yazan, étudiant en tourisme. Avant, nous ne pouvions pas nous prendre en photo, mais maintenant, nous le pouvons. » Ses concitoyens posent devant l’épée de Damas sur laquelle est étendu le drapeau de la révolution. Les personnes présentes se photographient avec les rebelles qu’ils remercient.
Je ne sais même pas quoi vous dire… Je suis tellement heureuse !
Hina, mère de famille
Hina est adossée contre une voiture, elle tient par les mains ses enfants. Elle regarde la scène, amusée. La mère de famille a encore du mal à y croire. « Je ne sais même pas quoi vous dire… Je suis tellement heureuse ! », souffle-t-elle sans trouver les mots. À ses côtés, son mari Ahmad exulte. « J’espère que notre futur sera meilleur. Mais maintenant notre problème, ce sont les bombardements israéliens », lance le Syrien, avec une de ses jumelles de deux ans dans les bras. Selon plusieurs médias, l’armée israélienne, qui occupe illégalement le territoire syrien du plateau du Golan depuis 1974, a envahi une zone tampon située à la lisière du Golan, menant des raids sur les habitations civiles. Plus de 480 bombardements israéliens ont été comptabilisés.
Je voulais faire quelque chose pour mon pays après ce renversement. Un blogueur a invité tout le monde à venir nettoyer, donc nous avons pris nos balais et nous sommes venus.
Malek, 26 ans
À quelques mètres de la famille d’Hina, un groupe d’une dizaine de jeunes s’affaire à balayer le bitume jonché de centaines de munitions de différents calibres. Les tirs de célébration ont été nombreux au cours des dernières heures, et se poursuivent toujours. « Je voulais faire quelque chose pour mon pays après ce renversement. Un blogueur a invité tout le monde à venir nettoyer, donc nous avons pris nos balais et nous sommes venus… », explique Malek, 26 ans, balai en main. Autour de lui, les scènes de liesse continuent. Les rebelles sont acclamés. Malgré la joie, l’incertitude demeure. L’avenir de la Syrie reste à reconstruire.
Texte et photo : Amélie David
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