Tribune : La Solidarité Internationale, grande oubliée de la venue du pape en France ?
À l’occasion de la venue du pape Léon XIV en France, Virginie Amieux, présidente du CCFD-Terre Solidaire l’appelle à faire entendre une parole forte en faveur de la solidarité entre les peuples, au moment où les crises internationales frappent d’abord les plus vulnérables.
La venue en France du pape Léon XIV constitue une espérance pour les catholiques de notre pays. Elle sera un temps pastoral destiné à conforter les chrétiens dans leur foi et, nous l’espérons, à susciter un élan durable. Mais elle aura aussi une portée internationale. Car l’Évangile ne s’arrête pas aux frontières et la fraternité ne peut demeurer étrangère aux choix politiques qui déterminent la vie de millions de personnes dans le monde.
Dès le début de son pontificat, il a placé la justice, la lutte contre la pauvreté et la remise en cause des structures économiques au cœur de son message. Lors de sa première homélie, il déclarait : « Nous voyons encore trop de discorde, trop de blessures causées par la haine, la violence, les préjugés, la peur de l’autre, par un paradigme économique qui exploite les ressources de la Terre et marginalise les plus pauvres ».
Dans Dilexi Te, il appelle à réfléchir à des coopérations et à des institutions internationales « capables de préserver le bien commun global ». Cette invitation oblige. Elle rappelle que l’attention aux plus pauvres engage une certaine vision de la justice et notre responsabilité collective à l’égard du monde.
Or la solidarité internationale est aujourd’hui à bout de souffle.
Les crises géopolitiques, sociales, économiques et climatiques se multiplient. Le multilatéralisme est fragilisé. La dette qui étrangle de nombreux pays du Sud et l’accumulation de richesses dans les mains de quelques individus et grandes entreprises, limitent la capacité des Etats à financer la santé, l’éducation, la protection sociale ou la transition écologique. Dans le même temps l’aide publique au développement s’effondre, y compris en France. Et pour ce qu’il en reste, elle est de plus en plus instrumentalisée au service d’intérêts économiques privés et de la politique étrangère des gouvernements.
Depuis soixante ans, le CCFD-Terre Solidaire, mandaté par les évêques de France, agit avec celles et ceux qui luttent contre les causes structurelles de la faim, de la pauvreté et des injustices.
C’est en tant qu’acteurs de la solidarité internationale et service d’Eglise que nous lançons ce cri d’alarme.
Car derrière les lignes budgétaires, il y a une question profondément politique, mais aussi profondément évangélique : qui doit supporter le poids des crises qui bouleversent notre monde ?
La doctrine sociale de l’Église nous donne des repères précieux. La destination universelle des biens, la solidarité, la justice et le bien commun nous rappellent que les richesses de la création ne peuvent être accaparées par quelques-uns et que l’interdépendance entre les peuples exige une solidarité qui dépasse les seuls intérêts nationaux et les calculs de court terme.
Le Pape Léon, est à la fois pasteur d’une Église universelle mais aussi chef d’État et acteur de la vie diplomatique internationale. Cette double responsabilité donne à sa parole une force singulière.
Les échanges avec l’Église qui est en France comme avec les autorités de notre pays peuvent être une occasion rare de porter ces questions au plus haut niveau. La voix de Léon XIV peut rappeler qu’une nation ne se grandit pas en se détournant des plus vulnérables et que la solidarité internationale n’est pas un supplément d’âme réservé aux temps de prospérité. Elle est un choix de société, une exigence de justice et, pour les chrétiens, l’une des expressions concrètes de la fraternité évangélique par essence même universelle.
Dans un monde tenté par le repli, nous attendons des paroles fortes pour rappeler à toutes et tous que l’on ne construira ni la paix, ni la justice, ni cette « magnifique humanité » à laquelle chacune et chacun aspire, en laissant au bord du chemin les peuples les plus fragiles.
Nous portons ce voyage et ces rencontres dans nos prières.
Virginie Amieux, présidente du CCFD-Terre Solidaire
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