Election présidentielle au Cameroun : La jeunesse face au défi démocratique

Publié le 03.10.2025| Mis à jour le 03.11.2025

Mise à jour du 3 novembre 2025 : Le 12 octobre 2025, le peuple camerounais s’est rendu aux urnes pour l’élection présidentielle. Selon le Conseil constitutionnel, les résultats donnent Paul Biya vainqueur. Âgé de 92 ans et président du Cameroun depuis 1982, Paul Biya commence donc son 8e mandat. Ces résultats sont pourtant contestés par son principal opposant, Issa Tchiroma Bakary, qui dénonce une « mascarade ». Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du Cameroun. Pour l’élection, l’ONG Un Monde Avenir, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, avait déployé près de 800 observateurs dans tout le pays. Au micro de Radio Balafon, Philippe Nanga, coordinateur de l’ONG, réagit à la décision du Président du Conseil constitutionnel.

À l’approche de l’élection présidentielle prévue le 12 octobre 2025, le Cameroun entre dans une phase critique. Libertés publiques menacées, société civile surveillée, processus électoral contesté : dans ce contexte, la jeunesse camerounaise se bat pour faire vivre la démocratie. Nous avons discuté de ce sujet avec Philippe Nanga, coordinateur d’Un Monde Avenir, ONG camerounaise partenaire du CCFD-Terre Solidaire. 

Une jeunesse en quête de justice et de changement 

« Depuis une dizaine d’années, nous travaillons avec les jeunes pour promouvoir leur participation politique. Mais ce n’est pas simple. Ils ont souvent un regard très critique, très méfiant envers les politiciens », explique Philippe Nanga, à la tête de l’association Un Monde Avenir fondée en 2003. Pour lui, le désintérêt de la jeunesse est aussi un symptôme d’un système politique malade.

18,6 ans

Âge médian de la population camerounaise (en 2018)

92 ans

Âge de Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982

Dans les partis, les jeunes sont relégués aux tâches subalternes. Ils rangent les chaises, balayent les salles de réunion. Très peu sont présents dans les organes de décision. 

Philippe Nanga, coordinateur d’Un Monde Avenir

Face à cette marginalisation, Un Monde Avenir a lancé un plaidoyer actif auprès des formations politiques : ouvrir les rangs, renouveler les directions, faire émerger une nouvelle génération de leaders. Inciter les jeunes générations à prendre part à la vie politique demande de leur faire de la place.  

Des progrès brisés par la répression 

En 2018, un espoir s’était levé. « Beaucoup de jeunes s’étaient engagés, certains se sont présentés aux élections. Un candidat de moins de 40 ans est même arrivé troisième. » Mais les lendemains ont été douloureux : fraudes massives, contestation réprimée, arrestations, emprisonnements. 

« Parmi les personnes emprisonnées, il y avait beaucoup de jeunes. Cela a laissé des traces. Ils ont peur. » Et pourtant, l’engagement n’a pas disparu. Il se transforme, mûrit, s’adapte.  

Ça remonte, lentement. On n’a peut-être pas encore retrouvé le niveau de mobilisation de 2018, mais les jeunes sont là, et ils ne lâchent pas. 

Former pour résister, éduquer pour construire 

Conscient que la démocratie ne se limite pas au vote, Un Monde Avenir a mis en place plusieurs initiatives : 

  • Des animateurs de proximité qui sillonnent les quartiers pour sensibiliser aux droits électoraux. 
  • Des ambassadeurs de la démocratie et de la cohésion sociale, formés pour lutter contre les discours de haine. 
  • Des formations citoyennes sur les enjeux de gouvernance, les valeurs démocratiques, la responsabilité individuelle. 

En savoir plus sur les comédies citoyennes, financées grâce au soutien du CCFD-Terre Solidaire : « Au Cameroun, les « fous du roi » manient l’humour pour parler librement de politique » (La Croix)

La démocratie, ce n’est pas le désordre. C’est la responsabilisation. C’est aussi préserver la paix. 

Dans un pays où les tensions identitaires sont exacerbées en période électorale, ces jeunes deviennent des remparts contre l’instrumentalisation ethnique et politique. « On doit empêcher que les jeunes soient instrumentalisés pour diffuser la haine, sur les réseaux sociaux comme dans les quartiers », insiste Philippe.

Libertés associatives bafouées, mais engagement intact 

Mais l’espace civique se rétrécit au Cameroun. Une note ministérielle récente limite drastiquement le nombre d’associations reconnues officiellement, interdit l’accès aux financements étrangers et contredit ouvertement les engagements de l’Union africaine en matière de liberté d’association. 

Malgré cela, les organisations de terrain continuent leur travail, souvent dans des conditions difficiles, parfois dans la clandestinité. Leur objectif : maintenir en vie la conscience citoyenne, former des jeunes à l’esprit critique et à l’action collective. Et Philippe de conclure :

Si vous interrogez les jeunes, ce qu’ils veulent, c’est une nouvelle gouvernance. Une politique honnête, au service du bien commun.

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