Isaac Pangoup de la Maison du Migrant de Gao : Soigner les blessures de l’exil
Pour Isaac Pangoup, la Maison du Migrant de Gao a d’abord été un refuge avant de devenir une vocation. Parti du Cameroun avec l’intention d’atteindre l’Europe, il franchit les portes de cet endroit après avoir fait l’expérience du désert et des traitements indignes.
Créée en 2009 par les Pères Blancs Missionnaires d’Afrique, la Maison du Migrant se veut un lieu de répit pour les personnes étrangères qui passent par Gao. Située au milieu du désert, au Nord du Mali, elle offre un toit, des repas et des soins médicaux à des personnes souvent démunies, toujours exténuées. En 2025, environ 1 000 personnes de 24 nationalités différentes ont été accueillies entre ses murs bleu pastel.
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Prendre en charge les traumatismes
Au fil des années, la Maison du Migrant a diversifié ses missions. Un soutien psychologique a été mis en place pour accompagner les personnes accueillies dans la prise en charge des traumatismes qu’elles ont pu subir.
La Maison du Migrant est en effet un témoin direct des conséquences des politiques migratoires. Un grand nombre des personnes qui y sont hébergées ont été refoulées par les autorités algériennes qui n’hésitent pas à les abandonner dans le désert après avoir confisqué leurs documents d’identité.
J’insiste sur la question de la santé mentale car lorsque ces personnes sont marginalisées, stigmatisées, jetées dans le désert, elles développent des traumatismes sur le long terme.
Isaac Pangoup, responsable administratif et financier de la Maison du Migrant de Gao
La Maison du Migrant propose également une aide matérielle aux personnes qui souhaitent retourner dans leur pays d’origine. A celles désirant au contraire poursuivre leur route vers l’Europe, l’association apporte des informations claires et fiables pour qu’elles puissent prendre une décision éclairée.
L’Europe forteresse
En février dernier, Isaac, qui est désormais responsable administratif et financier de la Maison du Migrant, s’est rendu en France à l’invitation du CCFD-Terre Solidaire. Ce déplacement de plusieurs semaines l’a notamment amené à la frontière franco-italienne pour différentes activités et rencontres. Il a été frappé de constater que la liberté de circulation est loin d’être la règle en Europe :
J’ai été stupéfait de comprendre que même sur le continent européen on n’arrive pas à se mouvoir. Je l’ai vu à Menton, par exemple, lorsque nous sommes allés faire des observations à la frontière.
Redonner une identité aux personnes disparues
Ce déplacement a aussi été l’occasion pour Isaac de participer à la Commémor’action de Briançon. Se déroulant simultanément dans plusieurs villes d’Europe et d’Afrique, cet événement a pour objectif de rendre hommage aux personnes mortes ou disparues sur le chemin de l’exil.
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Il faut dire que la question du deuil a pris une place centrale au sein de la Maison du Migrant de Gao qui cherche à redonner une identité aux personnes mortes ou disparues dans le Sahara.
Lorsque ces personnes décèdent, elles ne sont pas en contact avec leur famille, alors nous qui sommes sur les routes migratoires, nous devons nous y intéresser. Il s’agit d’une question de dignité humaine.
Depuis 2021, la Maison du Migrant mène le projet « Restore dignity for the Migrants died in Sahara » avec des associations de la région comme Alternatives Espaces Citoyens, également partenaire du CCFD-Terre Solidaire.
A l’image de la Méditerranée, le Sahara est très destructeur de la vie humaine, or c’est un espace négligé par la plupart des associations. Nous essayons de rassembler les informations sur les circonstances de décès ou de disparitions des personnes dans le désert pour pouvoir renseigner leur famille.
A ce jour, la Maison du Migrant a pris en charge les restes de 62 personnes décédées.
Une vocation, la solidarité
Quand les chemins d’Isaac et de la Maison du Migrant se sont croisés, Isaac ne voyait son avenir que sur le continent européen. Finalement, c’est en posant ses valises à Gao et en s’investissant pour ses pairs qu’il a tracé sa propre route.
Quelque part, la Maison du Migrant m’a sauvé. Si les agents de la Maison de Migrant ne m’avaient pas proposé une alternative, je ne suis pas sûr que je serai encore vivant ou que j’aurai la santé mentale que j’ai actuellement. Ils m’ont accueilli, ils m’ont formé et ils m’ont donné un poste pour que je puisse mettre à profit mon expérience. C’est ce que je fais aujourd’hui, car j’en ai fait ma vocation.
Le partenariat au CCFD-Terre Solidaire : Le CCFD-Terre Solidaire a été parmi les premiers à fournir un soutien financier et technique à la Maison du Migrant de Gao. Ce partenariat perdure encore aujourd’hui. Pour Isaac Pangoup : “Je rappelle toujours que le CCFD-Terre Solidaire a été un acteur majeur pour la Maison du Migrant. Ce soutien dès le départ, ainsi que la mise en avant de nos actions par le CCFD-Terre Solidaire, nous a permis de développer d’autres partenariats car les gens se sont intéressés à notre travail.” Comme pour la Maison du Migrant de Gao, le CCFD-Terre Solidaire accompagne 530 associations locales qui œuvrent chaque jour pour créer un modèle de développement plus juste et plus solidaire, parce que ce sont elles qui détiennent les solutions adaptées à leur territoire ☞ Découvrir nos partenaires
Photo de couverture : Isamel Isaac Pangoup de la Maison du Migrant de Gao, à la Commémor’action de Briançon le 6 février 2026
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