A la frontière franco-italienne, une Commémor’action en hommage aux personnes disparues sur la route de l’exil

Publié le 10.02.2026| Mis à jour le 17.02.2026

Côté pile, une vallée prisée des skieurs et des randonneurs, des paysages à couper le souffle et des installations touristiques qui attirent une clientèle internationale. Côté face, une frontière de roches et de neige que doivent traverser à pied les personnes migrantes, contraintes de risquer leur vie pour échapper aux contrôles de la police aux frontières et aux refoulements. C’est tout cela à la fois la vallée de Briançon.

Les 6 et 7 février 2026, c’est ici que s’est déroulée l’une des rassemblements de la Commémor’action. Un temps de recueillement en hommage aux personnes mortes et disparues sur la route de leur exil. Un temps de mobilisation pour protester contre des politiques migratoires deshumanisantes et mortifères.

Une Commémor’action célébrée dans une vingtaine de pays

Infographie issue de la page Facebook de la Commémor’action

Cet événement se déroule chaque année autour du 6 février dans plus de 60 villes et une vingtaine de pays, des deux côtés de la Méditerranée. En 2026, des rassemblements ont eu lieu à Bayonne, à Brest, à Calais, à Paris, à Marseille… mais aussi à Oujda, à Niamey, à Bamako, à Berlin, à Athènes, à Rome… Dans la région de Briançon, où la frontière franco-italienne est aussi bien un lieu de loisirs que de souffrances, la société civile était présente en nombre.

En savoir plus sur la Commémor’action

La Commémor’action est née d’une mobilisation des familles qui ont perdu des proches sur les routes. Participer à la Commémor’action, c’est faire corps ensemble pour un moment de deuil, de recueillement, mais aussi pour porter les mêmes messages politiques, au-delà des frontières, et dénoncer les conséquences des politiques migratoires.

Emilie Pesselier, Chargée de mission migrations internationales au CCFD-Terre Solidaire 

Une Commémor’action à la frontière franco-italienne

Le 6 février, à Briançon, à 12 kilomètres de la frontière italienne, une Commémor’action a eu lieu en fin de journée en face de la Mairie, à l’initiative de différents collectifs dont notre partenaire Tous Migrants. Un cairn symbolique a été érigé, formé de vêtements et des noms des personnes décédées à la frontière. Des bougies ont été allumées. Des poèmes et des dessins affichés.

Le souvenir, c’est quelque chose d’important car ceux qui vont nous succéder comme militants, comme bénévoles au CCFD-Terre Solidaire, il faut qu’ils sachent pourquoi nous sommes là aujourd’hui. On a l’impression que les personnes décédées continuent de vivre dans notre esprit.

Jacques, bénévole au CCFD-Terre Solidaire

Le 7 février, à Montgenèvre, ville frontalière avec l’Italie, les manifestants sont partis du centre-ville pour se rendre devant les bâtiments de la police aux frontières, où les personnes exilées sont enfermées avant d’être refoulées. De nombreuses violations de leurs droits y ont été reportées : humiliations, absence quasi-systématique d’interprète lors des entretiens, refus d’enregistrer les demandes d’asile, de faire appel à un médecin, procédures expéditives de refoulement vers Italie…

2015

année du rétablissement du contrôle aux frontières par la France

145

personnes exilées sont décédées aux frontières alpines entre 2015 et 2025

Accompagnés d’une chorale et d’une fanfare, les discours ont rappelé la responsabilité des politiques migratoires dans un “drame” qui n’a rien d’inévitable. Il y a quelques semaines, trois personnes exilées se sont perdues plusieurs jours dans la montagne. En raison de gelures, deux d’entre elles ont dû être amputées.

Qui a tué Blessing Matthew ? Le 9 mai 2018, Blessing Matthew, jeune exilée nigériane, est retrouvée morte noyée dans la Durance, à quelques kilomètres en amont de Briançon. Elle avait été aperçue pour la dernière fois deux jours plus tôt, alors qu’elle fuyait les gendarmes mobiles. La justice clôt le dossier en 2022, mais notre partenaire Tous Migrants, accompagnés de chercheurs de Border Forensics poursuivent l’enquête. Un épisode du podcast Interception, réalisé par Clémentine Méténier et Frédéric Choffat, revient sur cette contre-enquête citoyenne Ecouter le podcast

A Briançon comme à Montgenèvre, mais aussi à Belfort, Epinal ou encore à Lannion ou à Paris, le CCFD-Terre Solidaire était mobilisé aux côtés de proches de victimes et de structures partenaires et alliées pour rendre hommage aux personnes décédées et disparues sur les routes et défendre la liberté de circulation.

Il est important de rappeler que les récentes lois en matière de migrations ne font qu’empirer la situation, comme les dernières réformes européennes en matière d’asile et d’externalisation.

☞ Ecouter notre chronique sur KTO : « Migrer pour vivre, pas pour mourir »

Un partenaire du CCFD-Terre Solidaire présent à la Commémor’action

Présent dans la région de Briançon au même moment à l’invitation du CCFD-Terre Solidaire, notre partenaire Isamel Isaac Pangoup, responsable administratif et financier de la Maison du Migrant de Gao, a participé à la Commémor’action de Briançon.

La Maison du Migrant accueille chaque année environ 1000 personnes à Gao dans le Nord du Mali, dont un certain nombre ont été refoulées par l’Algérie. Lorsqu’elles sont refoulées, ces personnes sont généralement privées de leurs documents d’identité par les autorités algériennes, abandonnées dans le désert, livrées à leur sort. En plus de mener des missions d’accueil et de sensibilisation, la Maison du Migrant travaille sur la question du deuil et cherche à redonner une identité aux personnes mortes ou disparues dans le Sahara.

Lorsque ces personnes décèdent, elles ne sont pas en contact avec leur famille, alors nous qui sommes sur les routes migratoires, nous devons nous y intéresser. Il s’agit d’une question de dignité humaine. Ainsi, la Maison du Migrant commémore tous les 6 février à Gao la journée de la Commémor’action, en hommage à toutes les personnes qui sont mortes, que ce soit dans la Méditerranée, dans le Sahara ou dans n’importe quel autre lieu.

Isamel Isaac Pangoup, responsable administratif et financier de la Maison du Migrant de Gao
Isamel Isaac Pangoup de la Maison du Migrant de Gao, ici à la Commémor’action de Briançon

A Gao comme à Briançon, les politiques migratoires tuent. A Gao comme à Briançon, recréer du lien entre les solidaires, rappeler les personnes derrière les chiffres, refuser de les oublier, c’est un acte de résistance.

Je viens d’une aire géographique africaine et voir qu’ici il y a des personnes qui partagent les mêmes réalités que nous, qui ont la volonté de secourir comme nous les personnes qui ont perdu la vie sur leur périple, ça me laisse sans voix. Je suis fier de voir que, sur le continent européen, il y en a encore qui ont cette volonté de soutenir les personnes à travers qui ils s’identifient et notamment les personnes migrantes.

Isamel Isaac Pangoup

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