Prix Photo : Federico Ríos Escobar, le chemin désespéré

Publié le 01.09.2025| Mis à jour le 24.04.2026

Photojournaliste colombien, Federico Ríos Escobar est l’un des 5 lauréats de la deuxième édition du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire « Voir le monde en face ». Dans sa série Paths of Desperate Hope (“Les chemins de l’espoir désespéré”), il documente les destinées de ceux et celles qui cherchent à traverser l’une des routes migratoires les plus importantes mais aussi les plus dangereuses du monde, la région du Darién, entre la Colombie et le Panama.

Du 3 au 26 octobre 2025, venez découvrir le travail de Federico Ríos Escobar au Point Ephémère à Paris lors de l’exposition du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire. La soirée d’inauguration aura lieu le vendredi 3 octobre en présence d’une partie des photographes lauréats. En savoir plus

Federico Ríos Escobar : « Je suis photojournaliste depuis plus de vingt ans. J’ai été témoin de beaucoup d’atrocités. Mais rien ne m’a autant marqué. Le Darién, pour moi, c’est l’enfer sur Terre. 

Pendant plus d’une décennie, la traversée du Darién concernait moins de 10 000 personnes par an. Mais ces chiffres n’ont cessé d’augmenter. Entre 2021 et 2024, on estime que plus d’un million de migrants l’ont franchi. 

Les causes sont multiples. Au Venezuela, la situation économique s’est effondrée à cause d’une grave crise interne provoquée par l’arrivée de Nicolás Maduro au pouvoir et par les sanctions américaines qui ont suivi. Cela a entraîné un exode massif de la population. D’après plusieurs ONG, plus de 8 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays au cours des dix dernières années. Aujourd’hui, plus de 80 % des personnes qui traversent le Darién sont des Vénézuéliens. 

À cela s’ajoute d’autres crises, comme le tremblement de terre de 2010 en Haïti. Beaucoup d’Haïtiens ont alors été accueillis au Chili et au Brésil. Mais après dix ans à subir discrimination, racisme et précarité, ils ont décidé de partir vers le nord. 

Le Darién est divisé en deux parties. Le côté colombien est contrôlé par un groupe armé. Chaque migrant paye 370 dollars. En échange, ils sont accompagnés par un guide, empruntent un chemin balisé. Il existe même quatre postes médicaux sur la route. Aussi étonnant que cela puisse paraître, j’ai vu une fillette blessée être soignée au milieu de la jungle dans des conditions presque similaires à celles d’un hôpital. 

C’est absurde, parce que ce sont des criminels qui organisent cela, mais ils offrent une forme de “sécurité” dans l’enfer. Dans la zone colombienne, il n’y a pas de vol, pas d’agression sexuelle. Le groupe l’interdit strictement, afin de protéger le “business”. Mais une fois la frontière panaméenne franchie, tout change. Là, en plus des dangers inhérents à la jungle, les migrants font face à des bandes armées, des viols de masse, des pillages. 

1 000 000

de personnes auraient franchi le Darién entre 2021 et 2024.

80%

de ces personnes seraient Vénézuéliennes.

Il faut bien comprendre que le Darién n’est qu’une étape. Après ce trajet, il reste encore environ 4 000 kilomètres pour atteindre les États-Unis. Chaque pays traversé représente un nouveau risque. 

Aujourd’hui, j’observe un phénomène nouveau : des migrants, installés depuis plusieurs années aux États-Unis ou bloqués en Amérique centrale, choisissent de faire demi-tour. Je souhaite me concentrer sur ce phénomène de migration inversée, et sur les effets sociaux et politiques de ces allers-retours. C’est devenu, pour moi, une priorité. » 

Propos recueillis par : Alexandra Nawawi

Photos : Federico Ríos Escobar

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