Crédit photo- affiche film
FESTIVAL ALIMENTERRE A LOUDUN
Ciné-débat « À la vie, à la terre : Cameroun, la terre des femmes »
Dans le cadre du festival AlimenTerre 2025, le mardi 25 novembre, l’équipe locale du CCFD-Terre Solidaire de Loudun a organisé un ciné-débat qui a réuni plus d’une soixantaine de personnes au cinéma Cornay de Loudun. Le public est venu découvrir le documentaire « À la vie, à la terre : Cameroun, la terre des femmes » et échanger autour des enjeux alimentaires, sociaux et environnementaux qu’il soulève. La projection a été suivie d’un débat sur : la justice foncière, la souveraineté alimentaire, le rôle des femmes dans les systèmes agricoles, la protection des forêts et les impacts de nos modes de consommation. Cette soirée, à la fois conviviale et engagée, a permis de mieux comprendre les liens étroits entre agriculture, droits humains, biodiversité, changement climatique et justice sociale, tout en donnant une visibilité essentielle aux luttes menées au Cameroun par les femmes et les communautés locales.
Portrait de Cécile Bibiane Ndjebet
Le film met en lumière Cécile Bibiane Ndjebet, agronome et militante camerounaise, cofondatrice de
Cameroon Ecology et présidente du REFACOF (Réseau des femmes africaines pour la gestion communautaire des forêts). À travers ce réseau panafricain, elle défend la reconnaissance des droits fonciers des femmes rurales et leur rôle central dans la gestion durable des terres et des forêts. Son engagement a été salué en 2022 par le PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), qui lui a décerné le prix « Championne de la Terre – Inspiration et Action », récompensant un leadership exemplaire face aux enjeux environnementaux et sociaux. Dans de nombreuses communautés, les femmes cultivent la terre sans pouvoir la posséder. Grâce à son action, plus de 600 hectares de terres dégradées ont déjà été restaurés, et un programme prévoit 1 000 hectares supplémentaires d’ici 2030. Son combat vise à garantir aux femmes un accès sécurisé à la terre, essentiel à l’autonomie, à la sécurité alimentaire et à la résilience climatique.
Ce que révèle le documentaire
Le film suit des agricultrices et productrices locales qui protègent la biodiversité, restaurent les terres
et transmettent des savoirs traditionnels pour faire face aux bouleversements climatiques. Il dénonce plusieurs menaces :
- La déforestation et perturbation de la faune, car les éléphants se retrouvent poussés vers les zones
cultivées. - L’expansion des monocultures industrielles (hévéa, palmier à huile, cacao) par de grandes
entreprises comme Camvert, cela engendre notamment la pollution des cours d’eau, la création de
routes privatisées, un accès restreint aux champs, ou encore des travaux lancés sans autorisations. - La pression démographique locale résultant à la fois de la diminution des surfaces disponibles liée
aux monocultures et de l’afflux de travailleuses et travailleurs attirés par les emplois proposés. - La dégradation des écosystèmes se traduisant par la disparition des mangroves, la montée des
eaux, les inondations récurrentes, la diminution des cultures traditionnelles comme le cocotier.
Le film rappelle aussi l’importance culturelle et spirituelle de la forêt : lieu de subsistance, de soins, mais aussi espace sacré et funéraire, essentiel à l’équilibre moral et social des communautés. Il évoque enfin la crise des déchets dans les grandes villes comme Douala, où un tiers des déchets ne serait pas collecté, polluant rivières et sols et aggravant les inégalités environnementales.
Droits fonciers et égalité de genre
Le documentaire et le débat ont souligné un enjeu central : l’accès des femmes à la propriété foncière. Le droit coutumier exclut encore souvent les femmes de l’héritage, au motif qu’elles sont vouées à rejoindre la famille de leur futur mari. Cette règle les prive de sécurité économique, alors même qu’elles assurent une grande partie de la production agricole et du travail domestique. Le travail de Cécile Ndjebet vise à transformer ces dynamiques : faire reconnaître pleinement les droits des femmes à la terre, renforcer leur rôle dans la gestion durable des ressources et soutenir des initiatives locales comme la restauration forestière, l’agroforesterie, la transformation des produits agricoles ou encore la transmission des savoirs.
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