4 infos à retenir des élections au Brésil (et des nouvelles de nos partenaires)
Dans la nuit de dimanche à lundi, le candidat de la gauche et président sortant Lula da Silva a créé la surprise en battant son opposant d’extrême-droite Flavio Bolsonaro dans les urnes. Un résultat qui s’explique par une mobilisation d’ampleur à laquelle ont participé les partenaires brésiliens du CCFD-Terre Solidaire, bien décidés à empêcher l’extrême-droite d’arriver au pouvoir. Voici cinq infos à retenir de ce scrutin sous haute tension.
1. Une mobilisation inédite
Dix millions de voix supplémentaires entre le premier et le second tour. C’est ce qui a permis à Lula de remporter l’élection présidentielle au Brésil, avec 51,8% des voix, le 25 octobre 2026, alors qu’il était arrivé en deuxième position lors du premier tour, le 4 octobre.
Ces dix millions de bulletins ne sont pas arrivés dans les urnes par hasard. Depuis trois semaines, la société civile brésilienne a redoublé d’efforts, sur les réseaux sociaux et dans la rue, pour convaincre les abstentionnistes du péril que représenterait l’élection du candidat d’extrême-droite Flavio Bolsonaro pour les droits humains, l’environnement, la situation sociale et la démocratie. Fils de l’ancien président Jair Bolsonaro qui a été condamné pour une tentative de coup d’Etat en 2023, Flavio se plaçait dans le sillage de son père. Défait et sous le coup de plusieurs enquêtes, il a fui le pays au lendemain de l’élection.
Sensibilisation à la situation des peuples autochtones (comme le CIMI dans une lettre ouverte), attention au respect de la procédure électorale (comme la COIAB qui a défendu l’exercice du droit de vote dans un communiqué), participation aux manifestations, mobilisation numérique… Aux quatre coins du Brésil, les partenaires brésiliens du CCFD-Terre Solidaire ont multiplié les actions pour dénoncer les dangers de l’extrême-droite et accompagner la mobilisation populaire pour la démocratie.
C’est le cas par exemple du Mouvement des Sans Terre qui a combiné des actions de terrain et de mobilisation électorale autour de la défense de la démocratie, de la réforme agraire et de l’agroécologie. Ces actions se sont caractérisées par une grande diversité de méthodes : plantations d’arbres, actions de rue, mobilisations sur les réseaux sociaux… Lors du premier tour du 4 octobre, huit représentants issus du mouvement ont même été élus au niveau du parlement fédéral et de plusieurs parlements régionaux.
La victoire de Lula le 25 octobre est aussi celle de la société civile qui a lutté pour la démocratie et les droits humains.
2. Les droits des peuples autochtones préservés
Le Brésil compte près de 1,7 million de personnes autochtones selon les chiffres du dernier recensement en 2022. Une partie importante vit en Amazonie. Bien qu’ils soient reconnus par la Constitution, les droits des peuples autochtones sont loin d’être respectés. Leurs terres, indispensables à leur survie et à celle de leurs traditions, attirent les convoitises.
Pendant le mandat de Jair Bolsonaro, aucun nouveau territoire n’a été « démarqué », c’est-à-dire n’a été reconnu juridiquement comment appartenant à un peuple autochtone. Flavio Bolsonaro promettait de rester dans cette lignée. Son programme prévoyait de permettre aux compagnies minières d’obtenir des concessions à l’intérieur même des réserves autochtones et de pouvoir y implanter des structures d’agriculture intensive. Il promettait aussi de réduire drastiquement le pouvoir et le budget de la Funai, la Fondation nationale des peuples autochtones.
Pendant cet entre-deux-tours, nous constatons des répercussions considérables sur notre société, notamment les nombreuses menaces qui pèsent sur la démocratie, l’éducation et notre sécurité alimentaire. Je lance un appel à tous : unissons nos forces, formons une chaîne pour protéger non seulement la nature, mais aussi toutes les vies qui ont droit à la dignité.
Valdenice du peuple Nukini, CIMI-Amazonia Ocidental, partenaire du CCFD-Terre Solidaire (propos tenus au moment de l’entre-deux-tours)
L’élection de Lula a donc permis d’éviter l’effondrement des droits des personnes autochtones, même si les efforts doivent se poursuivre pour garantir effectivement leurs droits.
3. Bonne nouvelle pour le poumon de la planète
Empêcher l’accès de Flávio Bolsonaro au pouvoir, c’est aussi éviter un désastre environnemental. 60% de la forêt amazonienne se trouve au Brésil. Or, elle est l’une des réserves de carbone les plus importantes de la planète. Détruire ou brûler la forêt, c’est relâcher du carbone sous forme de CO2, ce qui accélère le changement climatique.
La déforestation en Amazonie a reculé de 29% depuis le retour de Lula au pouvoir en 2023, alors qu’elle avait augmenté de 75% lors du mandat de Jair Bolsonaro. Le fils de ce dernier avait promis lors de la campagne de détricoter les normes environnementales, de légaliser massivement l’abattage d’arbres et d’autoriser l’exploitation minière de zones protégées, y compris sur des territoires autochtones.
Avec Flávio Bolsonaro, la politique est la suivante : plus de déforestation, plus de pesticides et plus de destructions. Nos biomes ne résisteront pas à quatre ans de plus.
Phelype Santos Amaro, membre de CPT-AT, partenaire du CCFD-Terre Solidaire (propos tenus au moment de l’entre-deux-tours)
Si Flavio Bolsonaro gagne, qu’est-ce qui va se passer pour mon peuple, pour ma famille, pour mes proches ? Nous, les Autochtones, nous allons perdre nos territoires, et par conséquent notre forêt qui nous permet de vivre.
Euniceia, du peuple Murtigura, membre propos recueilli par la COIAB, partenaire du CCFD-Terre Solidaire (propos tenus au moment de l’entre-deux-tours)
L’Amazonie abrite 10% de la biodiversité mondiale. Elle est le lieu de vie de 40 millions de personnes.
4. Une marge de manœuvre réduite
Malgré tout, la victoire contre l’extrême-droite lors de ces élections est loin d’être une victoire totale. Le premier tour des élections, le 4 octobre 2026, ne se limitait pas à voter pour le futur président. Les Brésiliens et Brésiliennes étaient également appelés à élire les députés et une grande partie des sénateurs au niveau national, ainsi que les gouverneurs et les assemblées législatives des différents Etats qui composent le Brésil. Or, le Parti Libéral (PL), le parti de Flavio Bolsonaro, est sorti victorieux de ces scrutins.
Le PL est devenu la première force de la Chambre des députés et le Sénat, avec la plus importante délégation obtenue par un seul parti depuis l’entrée en vigueur de la Constitution de 1988. Un obstacle certain pour la mise en œuvre des politiques de Lula. Le Sénat a le pouvoir de destituer le président en exercice via une procédure d’impeachment, comme cela a été le cas pour Dilma Rousseff en 2016. Il peut aussi destituer les juges de la Cour Suprême.
Au niveau des États, les assemblées législatives régionales ont été remportées majoritairement par le PL et ses alliés, tout comme les postes de gouverneurs.
Ce sont ces instances qui dirigent les opérations policières, donc on peut s’attendre à encore 4 ans de répression et violences policières graves, notamment dans les favelas et les banlieues de grandes villes.
Milah Wainer, chargée de mission Caraïbes et Amazonie brésilienne au CCFD-Terre Solidaire
L’extrême-droite reste donc une vraie menace au Brésil où elle a envahi différents espaces de pouvoir. La mobilisation de la société civile reste indispensable pour résister à ses politiques dévastatrices.
Un exemple pour la suite
Bien que l’extrême-droite au Brésil reste forte, la victoire de Lula grâce à une mobilisation populaire qui a dépassé largement la sphère partisane est un signal fort. Au même moment, en Serbie, le Mouvement des étudiants remportait les élections législatives face au dirigeant populiste Aleksandar Vucic. Des victoires obtenues collectivement, grâce à la société civile, qui redonnent du souffle et inspirent alors que 2027 se profile à l’horizon.
Nous avons énormément à apprendre des mouvements sociaux brésiliens : leurs techniques de mobilisation, leur travail de terrain, leur capacité à créer des alliances, à faire vivre l’espoir et à transformer la colère en engagement collectif.
Clara Alibert, chargée de mission Brésil et Cône Sud au CCFD-Terre Solidaire
Photo de couverture : Tercio Teixeira / AFP
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