Droit à l’alimentation : un droit humain encore loin d’être garanti
En résumé
- Le droit à l’alimentation est le droit pour chaque personne d’accéder durablement à une nourriture suffisante, saine, adaptée à ses besoins et à sa culture.
- Pourtant, 645 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde (FAO, juillet 2026).
- À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre, le CCFD-Terre Solidaire appelle à changer les règles qui organisent nos systèmes alimentaires.
- Avec l’initiative citoyenne européenne #OnMangeOnDécide, nous pouvons obtenir des avancées concrètes. Rejoignez-nous !
Qu’est-ce que le droit à l’alimentation ?
Le droit à l’alimentation est un droit humain fondamental. Pour le Rapporteur spécial des Nations unies sur cet enjeu, c’est « le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit aux moyens d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne. »
Les quatre piliers du droit à l’alimentation
Pour être effectif, le droit à l’alimentation repose sur quatre exigences complémentaires :
- Disponible : La nourriture doit être produite en quantité suffisante, grâce à des systèmes alimentaires qui respectent les travailleurs et travailleuses, les ressources naturelles et l’environnement.
- Accessible : Chaque personne doit pouvoir se procurer de la nourriture, physiquement et financièrement, sans devoir renoncer à d’autres besoins essentiels comme le logement, la santé ou l’éducation.
- Adéquate : L’alimentation doit répondre aux besoins nutritionnels et sanitaires, tout en respectant les habitudes et les pratiques culturelles des personnes.
- Durable : Les systèmes alimentaires doivent préserver les ressources naturelles et permettre aux générations présentes et futures de se nourrir, dans des conditions économiquement et socialement justes.
Garantir le droit à l’alimentation implique donc d’agir sur l’ensemble du système alimentaire, de la production agricole à la distribution, en passant par les conditions de travail, les prix et les politiques commerciales.
Droit à l’alimentation, sécurité alimentaire et souveraineté alimentaire : quelles différences ?
Ces trois notions sont liées, mais elles ne désignent pas exactement la même chose.

Pour le CCFD-Terre Solidaire, ces approches sont complémentaires : garantir le droit à l’alimentation suppose notamment de soutenir des agricultures paysannes durables et de permettre aux populations de participer aux décisions qui déterminent ce qu’elles produisent et ce qu’elles mangent.
☞ Pour aller plus loin : Découvrez l’Observatoire de la souveraineté alimentaire du CCFD-Terre Solidaire
Un droit reconnu par le droit international
Le droit à l’alimentation est reconnu depuis plusieurs décennies par les textes internationaux relatifs aux droits humains. Alors même qu’il est inscrit dans plusieurs instruments juridiques internationaux ratifiés par la France, ni la Constitution ni aucune loi ne consacre aujourd’hui explicitement ce droit en France.
Les textes fondateurs du droit à l’alimentation
Plusieurs textes internationaux établissent progressivement les bases juridiques de ce droit :
- 1948 – Déclaration universelle des droits de l’homme (article 25) : elle reconnaît à toute personne le droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé et son bien-être, notamment en matière d’alimentation.
- 1966 – Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (article 11) : les États parties reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant, y compris une nourriture suffisante, ainsi que le droit fondamental d’être à l’abri de la faim.
- 1999 – Observation générale n° 12 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels : elle précise le contenu du droit à une nourriture suffisante et les obligations des États pour le mettre en œuvre.
- 2004 – Directives volontaires de la FAO : elles proposent aux États des orientations pratiques pour réaliser progressivement le droit à une alimentation adéquate.
Ces textes permettent de considérer la faim non comme une fatalité, mais comme une question de droits, de choix politiques et de responsabilité publique.
Sources :
- Déclaration universelle des droits de l’homme, article 25 – ONU
- Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels – Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme
- Directives sur le droit à l’alimentation – FAO
Pourquoi la France a besoin d’une loi-cadre sur le droit à l’alimentation
Si le droit à l’alimentation est reconnu par le droit international, sa mise en œuvre reste insuffisante. En France, une loi-cadre permettrait de traduire ce droit humain en objectifs concrets et de mieux coordonner les politiques agricoles, commerciales, sociales et environnementales. Elle devrait également prendre en compte leurs effets au-delà de nos frontières, par exemple en renforçant la cohérence entre nos engagements en matière de droits humains et nos pratiques commerciales, afin de mieux protéger le droit à l’alimentation des populations des pays tiers.
Quelles sont les obligations des États ?
Reconnaître le droit à l’alimentation engage les États à agir. Le cadre international distingue trois grandes obligations :
- Respecter le droit à l’alimentation : ne pas prendre de mesures qui privent arbitrairement les personnes de leur accès à la nourriture, à la terre ou aux ressources nécessaires pour se nourrir.
- Protéger ce droit : empêcher que des entreprises ou d’autres acteurs portent atteinte à l’accès des populations à une alimentation adéquate, notamment par l’accaparement des terres ou des pratiques commerciales préjudiciables.
- Donner effet à ce droit : mettre en place des politiques publiques, des lois et des dispositifs adaptés pour faciliter l’accès à l’alimentation, et intervenir lorsque des personnes ne peuvent pas se nourrir par leurs propres moyens.
Ces obligations supposent notamment de protéger les moyens de subsistance des paysans et paysannes, de lutter contre les discriminations, de prévenir les crises alimentaires et de garantir l’accès à des recours effectifs en cas de violation de ce droit.
Quel est le rôle du Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation ?
Le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation est une experte ou un expert indépendant mandaté par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Actuellement, c’est la Colombienne Sofía Monsalve Suárez qui occupe cette fonction. Elle veille à ce que le droit de chacun à se nourrir soit respecté dans le monde. Pour cela, elle identifie les obstacles à ce droit et recommande aux États des solutions pour lutter contre la faim.
Pourquoi le droit à l’alimentation n’est-il toujours pas respecté ?
La faim dans le monde ne s’explique pas seulement par un manque de nourriture. Elle résulte aussi des inégalités, des crises et d’un système alimentaire qui ne permet pas à toutes et tous d’accéder à une alimentation suffisante et de qualité.
Des inégalités persistantes
Selon le rapport SOFI 2026, 645 millions de personnes souffraient de la faim en 2025, soit 7,8 % de la population mondiale. Les femmes et les populations rurales restent particulièrement touchées. Parmi elles, les paysannes et les paysans figurent parmi les premières victimes de la faim, alors même qu’ils jouent un rôle essentiel dans la production alimentaire. Ils font face à des difficultés d’accès à la terre, à l’eau, aux semences et aux marchés. Ils sont également exposés aux conséquences du dérèglement climatique, des conflits et à la concurrence de produits importés à bas prix.
En Guinée, le CCFD-Terre Solidaire travaille notamment avec la Fédération des paysans du Fouta-Djalon (FPFD), qui accompagne les dynamiques paysannes et promeut des pratiques agricoles durables.
☞ À découvrir : la Fédération des paysans du Fouta-Djalon et un exemple d’engagement pour protéger la nature en Guinée
Un modèle agricole et commercial qui entretient les inégalités
Pour le CCFD-Terre Solidaire, les réponses à la faim ne peuvent pas reposer uniquement sur l’augmentation de la production et les innovations technologiques. Le commerce international, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, profite largement aux grandes entreprises agroalimentaires et fragilise les producteurs et productrices locaux. L’association défend une autre approche, fondée sur l’agroécologie paysanne et le développement de marchés locaux et régionaux.
La faim n’est pas une fatalité : garantir le droit à l’alimentation suppose de s’attaquer aux inégalités et de donner aux populations les moyens de choisir leur système alimentaire.
Le droit à l’alimentation en France et en Europe
La faim et la précarité alimentaire ne concernent pas uniquement les pays les plus pauvres. En France aussi, de nombreuses personnes rencontrent des difficultés pour accéder à une alimentation suffisante, de qualité et choisie.
En France, l’accès à une alimentation de qualité reste inégal
Ces dernières années, les banques alimentaires constatent une augmentation du public qui font appel à elles. Selon des chiffres du Crédoc, selon les années, entre 10 % et 16 % de la population française déclarent qu’il leur arrive « parfois » ou « souvent » de ne pas avoir assez à manger.
Plusieurs pistes sont débattues, notamment la sécurité sociale de l’alimentation, qui vise à faire de l’accès à une alimentation de qualité un droit effectif, selon des modalités collectives et solidaires.
Les politiques européennes ont aussi des conséquences au-delà de l’Europe
Les choix agricoles et commerciaux de l’Union européenne ont des répercussions sur les systèmes alimentaires d’autres régions du monde. L’exportation de produits agricoles à bas prix peut fragiliser les producteurs locaux, tandis que certaines pratiques commerciales renforcent les inégalités entre les acteurs de la chaîne alimentaire.
Les exportations de pesticides interdits dans l’Union européenne en raison de leur dangerosité soulèvent également des questions de cohérence entre les règles appliquées en Europe et les risques auxquels sont exposées les populations d’autres pays. Une loi-cadre sur le droit à l’alimentation pourrait contribuer à inscrire la prévention de ces atteintes dans les objectifs de l’action publique française, en complément des mesures d’interdiction déjà existantes.
☞ Lire aussi : Pesticides interdits : la France et l’UE continuent d’exporter l’inacceptable
Comment garantir le droit à l’alimentation pour toutes et tous ?
Garantir le droit à l’alimentation suppose de transformer nos systèmes alimentaires. Le CCFD-Terre Solidaire défend une panoplie de mesures telles que :
- Soutenir l’agroécologie paysanne, pour préserver les ressources naturelles et renforcer l’autonomie des paysans et paysannes.
- Interdire la spéculation sur le prix des matières première agricoles et réguler le commerce international, pour s’assurer que tout le monde ait accès aux aliments nécessaires.
- Renforcer la démocratie alimentaire, pour que les populations participent aux décisions qui déterminent ce qu’elles produisent et ce qu’elles mangent
#OnMangeOnDécide : agir pour un droit à l’alimentation pour toutes et tous
Le CCFD-Terre Solidaire se mobilise avec le collectif Nourrir et Good For All Europe pour faire reconnaître le droit à l’alimentation comme une priorité politique.
Ensemble, nous avons lancé l’initiative citoyenne européenne #OnMangeOnDécide pour obliger l’Union européenne à agir pour le droit à l’alimentation. Pour que ça fonctionne, nous devons recueillir un million de signatures en Europe, dont au moins 59 000 en France.
En plus de défendre des avancées concrètes pour les consommateurs européens, cette initiative est importante au niveau international car elle propose :
- Le renforcement du droit à l’alimentation dans les pays avec lesquels l’Union européenne commerce.
- L’obligation de protéger le droit à l’alimentation dans tous les accords commerciaux existants et futurs.
- Un règlement interdisant l’exportation ou l’importation de produits agricoles à des prix ayant un impact négatif sur l’agriculture paysanne.
- Un règlement interdisant l’exportation vers des pays tiers de pesticides de synthèse et d’engrais chimiques interdits en Europe.
Chaque signature compte pour faire entendre cette exigence auprès des institutions européennes.
La Journée mondiale de l’alimentation, pourquoi le 16 octobre ?
La Journée mondiale de l’alimentation est célébrée chaque année le 16 octobre, car c’est la date de création de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en 1945. Elle vise à sensibiliser le public aux enjeux de la faim, de la sécurité alimentaire et de la transformation des systèmes alimentaires.
En 2026, la thématique retenue par la FAO pour cette journée est « Innover aujourd’hui pour nourrir demain ». Pour le CCFD-Terre Solidaire, il est important de rappeler qu’aucune innovation ni augmentation de la production ne suffira à éradiquer la faim si les inégalités persistent et si les populations n’ont pas les moyens de décider de leur alimentation.
☞ En savoir plus : La Journée mondiale de l’alimentation
FAQ : Vos questions sur le droit à l’alimentation
Oui. Le droit à l’alimentation est reconnu par le droit international, notamment dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966. Il implique que chaque personne puisse accéder à une nourriture suffisante, saine et adaptée à ses besoins. Les États ont l’obligations de respecter et rendre ce droit effectif.
La Constitution française ne consacre pas explicitement le droit à l’alimentation comme un droit autonome. La France est toutefois liée par des textes internationaux qui reconnaissent ce droit, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Mais cette reconnaissance ne suffit pas. Le CCFD-Terre Solidaire défend l’adoption par la France d’une loi-cadre sur le droit à l’alimentation.
Les personnes confrontées à des difficultés financières peuvent solliciter des dispositifs d’aide alimentaire. Les conditions d’accès varient selon les structures et les dispositifs : associations, épiceries sociales et solidaires ou services sociaux peuvent informer les personnes sur les solutions disponibles. L’aide alimentaire répond à des besoins immédiats, mais elle ne remplace pas une politique durable garantissant l’accès de toutes et tous à une alimentation de qualité.
Chacune et chacun peut contribuer à faire avancer le droit à l’alimentation en soutenant les organisations qui défendent les agricultures paysannes, en participant à des initiatives locales et en interpellant les responsables politiques. Vous pouvez également signer l’initiative citoyenne européenne #OnMangeOnDécide soutenue par le CCFD-Terre Solidaire pour demander des mesures concrètes en faveur de ce droit.
Photo de couverture : Lys Arango / CCFD-Terre Solidaire
Trois frères et sœurs travaillent comme saisonniers pour la récolte du café dans une grande plantation à San Antonio Huista, Huehuetenango, au Guatemala.
Depuis 2019, la photographe espagnole Lys Arango documente la faim qui ravage les populations indigènes mayas dans le »couloir de sécheresse » au Guatemala. Son travail a été récompensé en 2025 par le Prix Photo du CCFD-Terre Solidaire « Voir le monde en face ». Lys Arango poursuit désormais ce projet en s’intéressant aux solutions mises en place par les communautés locales pour endiguer la faim.
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