Prix Photo : Lys Arango, en attendant la récolte

Publié le 08.09.2025| Mis à jour le 24.04.2026

Comment survit-on quand il n’y a plus rien à récolter ? Cette question hante la photographe espagnole Lys Arango depuis son premier voyage au Guatemala en 2019. Pour son projet Until the Corn Grows Back (« Jusqu’à ce que le maïs repousse »), lauréate du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire « Voir le monde en face », la reporter documente la faim qui ravage les populations indigènes mayas dans le « couloir de sécheresse ».

Lys Arango : « Depuis plusieurs années, je m’intéresse à la faim comme symptôme : des guerres, de la pauvreté, des inégalités sociales. Mais jamais je n’avais été confrontée à la faim comme conséquence directe du réchauffement climatique

Ce questionnement m’a menée à Chiquimula, dans le sud-est du pays, et à Huehuetenango, à la frontière avec le Mexique. Ces deux régions appartiennent au “couloir de la sécheresse”, une vaste zone qui traverse presque toute l’Amérique centrale. Là, les habitants subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatiques. J’y ai découvert un territoire abandonné, des familles qui survivent dans l’attente d’une pluie qui ne vient plus ou de l’aide d’un proche parti vers le nord. Until the Corn Grows Back est né de ces simples questions : comment fait-on quand il n’y a plus rien à récolter ? Quand la pluie ne vient plus ?

6e

Le Guatemala détient le 6e plus fort taux au monde de malnutrition infantile.

10 millions

10 millions de personnes vivent dans le « couloir de la sécheresse » qui s’étend sur 1600 kilomètres.

Ce qui m’a frappée en me rendant dans ces régions, c’est le silence. Celui d’une terre qui ne donne plus rien, celui des enfants qui ont cessé de jouer et de grandir, celui d’un État qui ne répond plus aux besoins de sa population. J’ai aussi vu une incroyable force collective.

Travailler dans ces zones reculées est un défi logistique – accès limité à certains endroits, réseau routier en mauvais état, conditions climatiques extrêmes. Mais le plus difficile au Guatemala est d’ordre humain : comment témoigner de la faim sans tomber dans le misérabilisme ? Comment raconter la souffrance sans la figer ? Il m’a fallu trouver une juste distance, prendre le temps de l’écoute, et surtout, construire un rapport de confiance avec les familles que j’ai rencontrées. 

Grâce au Prix Photo CCFD-Terre Solidaire, je souhaite approfondir ce travail en suivant l’évolution des communautés déjà rencontrées et en explorant les nouvelles dynamiques qui émergent face à la crise climatique. » 

Propos recueillis par : Alexandra Nawawi

Photos : Lys Arango

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