Écocide : comprendre un crime contre la planète

Publié le 08.10.2026| Mis à jour le 12.10.2026

Détruire durablement un écosystème, c’est aussi bouleverser des vies, des économies et des cultures. Pour le CCFD-Terre Solidaire, reconnaître l’écocide permet de mieux nommer ces destructions et de renforcer la lutte contre l’impunité de ceux qui les provoquent. Derrière ce terme juridique se joue une question politique essentielle : jusqu’où peut-on exploiter la nature sans répondre des conséquences ? Alors que les crises écologiques s’accélèrent, la reconnaissance de ces atteintes devient un levier majeur de justice environnementale et sociale.

Écocide : définition et origines du concept

Quelle est la définition de l’écocide ? Le mot associe le grec oikos, « maison », et le suffixe latin -cide, « tuer ». Il désigne, au sens large, la destruction grave, étendue ou durable d’un écosystème par des activités humaines. Le terme s’impose progressivement dans le débat public à partir des années 1970, notamment après les destructions environnementales provoquées par l’usage d’herbicides pendant la guerre du Vietnam.

Parler d’écocide revient donc à considérer certaines atteintes à l’environnement non comme de simples dommages collatéraux, mais comme des actes d’une gravité exceptionnelle. Déforestation massive, pollution de l’eau ou des sols, destruction d’habitats naturels : l’enjeu est de protéger à la fois la biodiversité et les populations qui dépendent directement de ces milieux.

Écocide en France : du délit environnemental au Code de l’environnement

Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, le droit français emploie le terme écocide. L’article L.231-3 du Code de l’environnement qualifie ainsi d’écocide certaines infractions intentionnelles entraînant des atteintes graves et durables à la santé, à la faune, à la flore, à l’air, aux sols ou aux eaux. La loi considère notamment comme « durables » des dommages susceptibles de persister au moins sept ans. 

Ce choix constitue une avancée, mais reste en retrait par rapport à la demande portée lors de la Convention citoyenne pour le climat, qui souhaitait inscrire un véritable crime d’écocide. En France, il s’agit juridiquement d’un délit. Les faits les plus graves peuvent être punis de dix ans d’emprisonnement et de 4,5 millions d’euros d’amende, montant pouvant atteindre dix fois l’avantage tiré de l’infraction. 

Écocide et droit international : vers une reconnaissance mondiale ?

À l’échelle internationale, l’écocide n’est pas encore un crime autonome relevant de la Cour pénale internationale. Plusieurs États et organisations de la société civile défendent l’ajout de l’écocide à cette liste.

☞ Lire aussi : Le Fospa dénonce l’écocide en cours en Amazonie

L’Union européenne a cependant franchi une étape en 2024. Sa directive sur la criminalité environnementale introduit des « infractions qualifiées » lorsque des actes intentionnels provoquent la destruction d’un écosystème ou des dommages irréversibles ou durables, des situations présentées comme comparables à l’écocide. La prochaine étape importante était donc sa transposition dans les droits nationaux. La France, notamment, est en retard en 2026 : la Commission européenne a engagé une procédure d’infraction contre plusieurs États, dont la France, pour défaut de notification de la transposition complète.

Exemples dans le monde : quand la destruction devient systémique

Les atteintes écologiques majeures ne sont jamais seulement environnementales. Elles touchent l’accès à l’eau, à l’alimentation, au logement, à la santé et aux terres, mais aussi les droits culturels des peuples autochtones et des communautés locales. 

  • En Amazonie, le Forum social panamazonien, un espace de mobilisation d’organisations de peuples autochtones et de communautés locales soutenu notamment par le CCFD-Terre Solidaire, dénonce un écocide nourri par la déforestation, l’extractivisme et les atteintes aux territoires des peuples autochtones. 
  • En Irak, les marais d’Hawizeh, classés au patrimoine mondial de l’Unesco et habités depuis plus de 6 500 ans, sont menacés par l’expansion pétrolière. Notre rapport publié en 2026 documente l’assèchement, les pollutions et les responsabilités d’acteurs économiques et publics. Depuis 2018, face aux ravages environnementaux et sociaux de la sécheresse, des dizaines de milliers d’habitants ont été contraints de quitter les marais, menaçant ainsi la survie même du Peuple Ahwari.
  • Aux Philippines, dans la baie de Manille, la multiplication d’îles artificielles et de mégaprojets bétonne le littoral, dégrade les mangroves et fragilise les communautés de pêcheurs. Notre partenaire Pangisda agit pour préserver cet environnement nourricier. 

Écocide et injustices mondiales : un enjeu de solidarité internationale

Ces situations révèlent une même mécanique : les populations qui tirent le moins de bénéfices des activités extractives en supportent souvent les coûts humains et écologiques. L’extractivisme transforme forêts, sols, eau, minerais ou hydrocarbures en ressources à exploiter pour répondre aux demandes du commerce international, parfois au détriment des droits humains et des communautés locales.

Pour le CCFD-Terre Solidaire, lutter contre l’écocide relève donc de la justice climatique et de la justice économique. Cela suppose aussi de combattre l’impunité des multinationales. L’application du devoir de vigilance doit permettre de prévenir en amont les atteintes graves aux droits humains et à l’environnement dans les chaînes de valeur, mais aussi d’exercer une responsabilité civile contre les acteurs économiques qui violent les droits humains et l’environnement.

☞ Lire notre dossier sur le devoir de vigilance

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Nous soutenons des organisations locales qui documentent les atteintes, défendent leurs territoires et interpellent les pouvoirs publics. Nous menons parallèlement un travail de plaidoyer pour renforcer le devoir de vigilance, encadrer les multinationales et faire progresser la justice climatique.

Reconnaître l’écocide, c’est rendre visibles des destructions qui menacent simultanément les écosystèmes et les droits fondamentaux. C’est surtout donner aux citoyens et aux communautés affectées des outils pour demander prévention, réparation et justice. Cette exigence concerne autant les États que les entreprises transnationales responsables. Aux côtés de nos partenaires, le CCFD-Terre Solidaire agit pour que la protection du vivant prime sur les logiques de profit.

Texte : Daphnée Breytenbach

Photo de couverture : Emily Garthwaite / CCFD-Terre Solidaire

Lauréate du Prix Photo du CCFD-Terre Solidaire, la photojournaliste Emily Garthwaite documente l’avenir incertain du Tigre en Irak et avec lui, celui des populations qui en dépendent. Sur cette photo prise en mai 2023, les déchets toxiques d’une usine de brai de pétrole s’échouent sur les rives du Tigre, à côté d’une briqueterie. Les déchets industriels toxiques ne sont régulés par aucune loi. Ils empoisonneront les terres avant d’atteindre la rivière.

☞ Découvrir le reportage

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