« N’oubliez pas Gaza » : un an après la signature d’un cessez-le-feu factice, le témoignage de notre partenaire CPL

Publié le 15.10.2026

Le 10 octobre 2025 était signé un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, sous l’égide des Etats-Unis via le plan Trump. Censé mettre un terme à deux ans de génocide, il prévoyait notamment la fin des bombardements, la libération des derniers otages israéliens détenus à Gaza suite aux attaques du 7 octobre en échange de la libération de prisonniers palestiniens, ainsi que la hausse de l’aide humanitaire. Le plan Trump n’a néanmoins pas permis d’améliorer sensiblement les conditions de vie de la population gazaouie qui tente de survivre malgré les bombardements et des conditions d’existence très précaires.

Le CCFD-Terre Solidaire fait le point sur la situation, aidé par Majeda Al-Saqqa, directrice de Culture et Pensée Libre (CPL), une association partenaire qui travaille à Gaza.

Un génocide toujours en cours

Bien qu’il ait parfois été présenté comme un « plan de paix », le Plan Trump, dévoilé en octobre 2025 – est problématique à bien des égards, et notamment sur la question du droit à l’autodétermination du peuple palestinien. Il n’a par ailleurs pas permis un cessez-le-feu effectif, l’armée israélienne continuant de mener des frappes aériennes sur Gaza. Ainsi, depuis cet accord, plus de 1 381 personnes ont été tuées et 4 757 ont été blessées (au 18 septembre 2026).

La situation reste un désastre. Il n’y a pas de cessez-le-feu.

Majeda Al-Saqqa, directrice de Culture et Pensée Libre (CPL)

73 922

Plus de 73 922 morts depuis octobre 2023

174 995

Plus de 174 995 blessés (au 23 septembre 2026)

☞ Lire aussi : Pourquoi le CCFD-Terre Solidaire qualifie la situation à Gaza de “génocide” ?

Un champ de ruines

Après trois ans de guerre et de bombardements, Gaza est un champ de ruines. Plus de 80 % des bâtiments sont endommagés ou totalement détruits. Ce chiffre monte à 90% pour les infrastructures d’assainissement et d’approvisionnement en eau. Aucun de ses 36 hôpitaux n’est pleinement opérationnel.

Nous n’avons pas d’électricité, nous avons perdu nos maisons, les tentes ne protègent ni de la chaleur, ni du froid.

Les systèmes de production alimentaire de la Bande de Gaza ont été quasiment entièrement détruits par la guerre. Seules 3% des terres cultivables sont actuellement exploitables. La population gazaouie dépend donc de l’extérieur pour se nourrir, alors que le blocus continue. Si certaines marchandises réussissent désormais à être acheminées jusqu’à Gaza, c’est en nombre bien inférieur à ce qui était prévu dans le Plan Trump. Les marchandises commerciales sont par ailleurs hors de prix pour la plupart des familles à Gaza.

En juillet 2026, 67% de la population de Gaza était toujours en situation d’insécurité alimentaire aiguë contre 77% fin 2025, selon les Nations unies.

Un territoire toujours plus fragmenté et mis sous tutelle

Le plan Trump a instauré une « ligne jaune« , qui constitue la ligne de cessez-le-feu effectif entre l’armée israélienne et les groupes armés palestiniens. Celle-ci divise la Bande de Gaza en deux : à l’ouest la partie restée sous contrôle palestinien, à l’est, celle sous contrôle militaire israélien. Cette dernière devait, au fur et à mesure de l’avancement du plan, se retirer de la Bande de Gaza.

Or, cette ligne n’est pas matérialisée et l’armée israélienne l’a peu à peu décalée plus profondément dans l’enclave. Israël occupe désormais 65% de la Bande de Gaza, confinant la majeure partie de la population dans un espace restreint, surpeuplé et privé de nombreuses ressources essentielles.

Par ailleurs, le plan Trump prévoyait, une mise sous tutelle du territoire par le “Conseil de Paix”, et la création d’un comité technocratique palestinien pour gérer les “affaires courantes”. Formé en janvier 2026, aucun membre du comité technocratique n’a pu entrer à Gaza. La dissolution officielle des instances dirigeantes du Hamas au profit de ce dernier en juillet 2026, ainsi que l’accord de principe pour un désarmement complet sous supervision de la communauté internationale, n’ont pas permis d’infléchir la position israélienne. Benjamin Netanyahu a officiellement indiqué rejeter la feuille de route proposée en juillet 2026 par le Conseil de Paix qui prévoyait un désarmement du Hamas et un retrait progressif de l’armée israélienne de la Bande de Gaza. Il continue de rejeter tout autant la création d’un Etat Palestinien.

La Cisjordanie, grande absente du plan Trump, fait quant à elle face à une forte recrudescence des violences et de la colonisation qui enterre progressivement la possibilité pour les Palestiniens d’assurer leur droit à l’autodétermination sur leur propre terre.

Pas de retour à la normale

Des bombardements qui se poursuivent, des villes détruites, le manque d’eau et de nourriture, des terres inaccessibles… Dans ces conditions, aucun retour à une vie normale n’est possible pour la population gazaouie. Les partenaires gazaouis du CCFD-Terre Solidaire maintiennent leurs actions malgré ces conditions de vie indignes qu’ils subissent eux aussi.

On attend toujours des travailleurs humanitaires qu’ils interviennent alors qu’ils vivent eux-mêmes cet atroce génocide. À Gaza, la réponse humanitaire se poursuit parce que les gens se soutiennent, se soignent et s’entraident, malgré l’absence d’aide extérieure.

Les enfants parmi les premières victimes

La guerre n’impacte pas seulement le présent, elle hypothèque aussi l’avenir. Les enfants en paient un lourd tribut. Depuis octobre 2023, plus de 21 280 enfants ont été tuées. 300 enfants l’ont été dans les 300 premiers jours qui ont suivi le cessez-le-feu. Plus de 98 % des écoles ont été endommagées ou détruites par les bombardements. A la rentrée 2026, l’UNICEF estimait que 700 000 enfants n’avaient pas eu accès à de l’enseignement formel en présentiel depuis octobre 2023.

Créée en 1991, Culture et Pensée Libre (CPL) est une association palestinienne indépendante et laïque. Située à Khan Younes, dans la Bande de Gaza, elle promeut les droits des enfants, des jeunes et des femmes. Elle leur donne également accès à de nombreuses activités éducatives et culturelles.

Malgré la guerre, CPL reste mobilisé. Une partie de ses centres ont été détruits, mais l’association gère deux camps de déplacés où sont mis à disposition des produits de première nécessité, ainsi que des activités récréatives et éducatives pour les enfants. Ce travail est possible en partie grâce au fond d’urgence déployé par le CCFD-Terre Solidaire.

Zoom sur un projet de terrain : les camps d’été de CPL

Avec la diminution des bombardements sur la Bande de Gaza, des activités qui avaient été mises de côté en raison de l’urgence ont pu reprendre. C’est le cas du Parlement des enfants, organisé pour la première fois cette année en juin depuis 2023. Son but : éduquer les enfants à la vie démocratique et encourager leur participation.

Dans le cadre de ce Parlement, ces derniers élisent des représentants, notamment pour l’organisation des camps d’été. Pensé comme un espace regroupant activités sportives et artistiques, ainsi que du soutien psychologique, le camp d’été accueille 1 500 enfants.

Ce sont autant d’enfants qui y bénéficient alors d’un repas équilibré, d’un snack et de l’eau potable. Car comme l’explique Majeda : « Plus de 90% des enfants que nous recevons viennent de familles pauvres. La plupart souffre de malnutrition. »

Il reste toujours une fenêtre

Avec la guerre, les modalités du camp d’été ont dû elles aussi se réinventer. La pénurie de carburant et les dangers liés aux déplacements obligent l’association à concentrer les activités dans un seul lieu. Les visites à la plage ou aux musées ont dû être abandonnées en raison de l’ampleur des destructions.

Avant la guerre, nous faisions du camping, mais aujourd’hui les tentes sont liées à une expérience négative, celle du déplacement. Nous ne les utilisons plus.

Malgré ces restrictions, les camps d’été restent indispensables selon Majeda :

Les camps d’été sont des espaces récréatifs et utiles. L’idée est de normaliser la situation, même si elle n’est pas normale. Nous vivons un désastre, mais il y a toujours une fenêtre pour agir.

Les demandes du CCFD-Terre Solidaire

La France doit faire pression pour :

  • Garantir la mise en œuvre effective du cessez-le-feu et la fin des bombardements israéliens.
  • Réclamer la fin au blocus de Gaza et permettre l’entrée immédiate et inconditionnelle de l’aide humanitaire.
  • Collaborer pleinement et apporter un soutien politique, technique et financier aux juridictions internationales pour assurer que les crimes commis à Gaza et en Cisjordanie soient jugés et les responsables traduits en justice.
  • Conditionner les relations politiques et économiques de la France avec Israël à la fin du régime d’apartheid, de la colonisation et d’occupation illégales de la Palestine, conformément à la résolution de septembre 2024, votée par la France.
  • Interdire le commerce avec les colonies israéliennes illégale, par décret ou en soutenant l’adoption de la proposition de loi qui devrait être examinée le 19 novembre 2026.

☞ Rejoignez la mobilisation pour interdire le commerce avec les colonies israéliennes

Photo de couverture : Nour Arafa / CCFD-Terre Solidaire

Nour Amara est une journaliste palestinienne qui travaille pour notre organisation partenaire Filastiniyat. Ce reportage réalisé en février 2024 décrit la situation et les conditions de vie des Palestiniens dans le camp de Khan Younès, après le début de la guerre de Gaza.

☞ Découvrir le portrait de la directrice de Filastiniyat

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