Observatoire de la souveraineté alimentaire

La France à table, le Sud paie l’addition

76% des tomates importées en France viennent du Maroc. 67% du soja importé est brésilien. 85% des crevettes qu’exporte Madagascar sont destinées à la France.

 

Le système alimentaire français repose en très grande partie sur les pays du Sud.

 

Dans son Observatoire de la souveraineté alimentaire, le CCFD-Terre Solidaire met en lumière les interdépendances entre la France et les pays du Sud. Dans un contexte de fragilisation des systèmes alimentaires, il dénonce la manière dont la souveraineté alimentaire est instrumentalisée pour justifier une politique d’export tournant le dos à la solidarité internationale

©Figures Libres

Principaux enseignements

L’Observatoire de la souveraineté alimentaire révèle comment notre modèle agricole, centré sur l’exportation, nuit non seulement aux agricultrices et agriculteurs français mais aussi à ceux des pays avec lesquels la France commerce, exacerbant au passage les inégalités et les problèmes environnementaux.

Contrairement à ce que l’on peut entendre, cette course à la compétitivité ne permet pas de « nourrir le monde ». Elle crée des dépendances et fragilise la souveraineté alimentaire des pays du Sud.

Par exemple, la France fournit 37% des importations de blé et 65% des importations de produits laitiers du Sénégal, maintenant le pays dans une situation de dépendance alimentaire et entravant le développement de filières locales pourtant identifiées comme prioritaires.

Ce type d’exemple interroge sur les capacités d’un certain nombre de pays à définir souverainement leurs orientations alimentaires. En 2017, les responsables de la CEDEAO et de la Banque africaine de développement tiraient déjà la sonnette d’alarme : l’Afrique avait dépensé 64,5 milliards de dollars pour importer de la nourriture. Une situation jugée « insoutenable, irresponsable et inabordable » mais aussi « totalement inutile ».

La France dépend aussi des pays vers lesquels elle concentre ses exportations, par exemple la Chine. Celle-ci est le 2e importateur de céréales françaises (elle achète un quart des exportations françaises de blé), 5e pour les boissons alcoolisées et 7e pour les produits laitiers. En dix ans,
nos exportations agricoles vers la Chine ont plus que doublé.

La Chine exerce ainsi une influence majeure sur des secteurs clés de l’agriculture française et des filières entières pourraient vaciller en cas de réduction importante de ses importations.

Continuer dans la logique de la compétitivité et de la conquête des marchés, c’est maintenir ces dépendances, voire les accentuer. C’est aller à contresens de l’enjeu de souveraineté alimentaire.

Pourtant, il se s’agit pas de défendre l’autarcie. Entre le libre-échange et le repli protectionniste, le CCFD-Terre Solidaire porte une troisième voie : celle d’échanges commerciaux qui soient basés sur la coopération, sur la complémentarité géopolitique et d’une souveraineté alimentaire qui tienne compte des souhaits des pays du Sud.

Quelques chiffres

34%

En 2015, 34% des émissions de gaz à effet de serre étaient liées au système alimentaire mondial.

10,7%

La France est responsable de 10,7% de la déforestation importée par l’Union européenne.

7 300

En 2023, la France a exporté 7300 tonnes de pesticides interdits.

Le coût caché de nos dépendances alimentaires

L’Observatoire s’appuie sur une étude de cas : celle des tomates au Maroc.

Cette étude montre la complexité d’un système alimentaire mondialisé, dominé par la recherche de rentabilité au détriment des impératifs environnementaux, sanitaires et sociaux.

Les décisions économiques opérées par une poignée d’acteurs engendrent des coûts sociétaux significatifs, tant au Maroc qu’en France. 

Pour illustrer ce sujet complexe, nous avons décidé de faire appel… à des tomates !

Souveraineté alimentaire

Définition de l’ONU (UNDROP, art 15, 2018)​

« Les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales ont le droit de définir leur systèmes alimentaires et agricoles, droit reconnu par de nombreux Etats et régions comme le droit à la souveraineté alimentaire. Ceci inclut le droit de participer aux processus décisionnels concernant la politique alimentaire et agricole et le droit à une nourriture saine et suffisante produites par des méthodes écologiques et durables respectueuses de leur culture. »​

La souveraineté alimentaire expliquée par des tomates, c’est par ici.

©Laure Garancher (The InkLink)

©Figures Libres

De la compétition à la coopération, une nécessaire bifurcation 

Il est temps de tourner la page d’un système alimentaire fondé sur la compétition, la domination et le pillage des ressources. L’agriculture ne peut plus servir les profits de quelques-uns au détriment du droit de toutes et tous à se nourrir dignement.

Le CCFD-Terre Solidaire appelle à un changement de cap radical :

  1. Des règles plus justes pour le commerce international
  2. Une transition agroécologique globale, pour sortir des logique de spécialisation
  3. Une gouvernance démocratique des systèmes alimentaires

Face à l’urgence climatique, aux inégalités croissantes et à la montée des tensions géopolitiques, un choix s’impose : faire de l’alimentation un bien commun, plutôt qu’une arme. Élaborer des politiques publiques pour nourrir les peuples, plutôt que les marchés.

©Figures Libres

Découvrir l’Observatoire de la Souveraineté alimentaire

« La France à table, le Sud paie l’addition ». L’Observatoire de la souveraineté alimentaire du CCFD-Terre Solidaire propose un examen des échanges agricoles et alimentaires entre la France et les pays du Sud, et révèle les profonds mécanismes de dépendances qui en découlent.

Une synthèse est également disponible.

 

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Nos partenaires agissent pour la souveraineté alimentaire

Photo de couverture : Roberta Valerio

318 millions de personnes sont toujours confrontés à une situation de faim critique. Agissons !
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