@ Roberta Valerio / CCFD-Terre Solidaire

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Chiffres 2025 de l’OCDE sur l’Aide Publique au Développement (APD) : Le CCFD-Terre Solidaire alerte !

Publié le 07.04.2026

Derrière la chute des financements, la solidarité internationale en crise profonde.

A la veille de la publication par l’OCDE des chiffres préliminaires 2025 sur l’Aide Publique au Développement (APD) au niveau mondial, le CCFD-Terre Solidaire alerte : l’APD est en chute libre, tant en volume qu’en qualité et de plus en plus déconnectée des besoins réels des pays du Sud.  

Dans un contexte de crises géopolitiques, climatiques, de dette des pays du Sud et de financement du développement, l’APD, censée être un outil de solidarité internationale, se transforme en soutien aux entreprises françaises à l’étranger

Une baisse confirmée et assumée  

Après une diminution observée en 2024, les chiffres de 2025 confirment la poursuite de la baisse de l’APD au niveau mondial.  Cette tendance marque la fin de cinq années de hausse et s’explique par les coupes budgétaires significatives constatées chez les principaux bailleurs :  

  • Aux Etats-Unis, l’administration Trump a suspendu l’aide étatsunienne peu après son retour au pouvoir, notamment dans la santé et l’éducation 
  • En France, l’APD a été réduite de 2 milliards d’euros, soit une baisse de 38% du budget initial ces 2 dernières années, malgré un soutien de l’opinion publique toujours important.  

Une aide de moins en moins solidaire : Les prêts remplacent les dons  

Au-delà des montants, c’est la nature même de l’aide qui pose problème. Une part importante de l’APD ne bénéficie pas directement aux pays concernés : près d’un quart de l’APD française ne quitte jamais le territoire national1. Dans un contexte de crise de la dette des pays du Sud le dernier bilan de l’Agence Française de Développement (AFD) en décembre dernier indiquait déjà que la part de prêts aux pays du Sud augmentait de 80% à 90%  

« Ce bilan est complètement déconnecté des besoins des pays du Sud déjà obligés de consacrer près de la moitié de leurs dépenses publiques au remboursement de leur dette. Une déconnexion exacerbée des besoins aussi avec la diminution des financements aux services essentiels (santé, protection sociale, éducation) dans une logique de rentabilité et de retours sur investissements alors même qu’il s’agit de secteurs non-rentables et donc en contradiction d’une logique d’aide par prêts » explique Mathieu Paris, chargé de plaidoyer « Dette et APD » au CCFD-Terre Solidaire 

L’APD, entre solidarité et intérêts économiques  

Cette dernière année le CCFD-Terre Solidaire a documenté comment les bailleurs occidentaux assumaient désormais avec beaucoup moins de scrupule un « tournant transactionnel » dans leurs politiques de solidarité internationale. Il y a quelques jours à peine, le New York Times expliquait comment l’administration du gouvernement Trump utilise son aide internationale – notamment les financements pour faciliter l’accès aux traitements contre le VIH en Zambie – comme moyen de pression pour garantir l’accès étatsunien aux minerais du pays africain. 

En France aussi cette approche transactionnelle, auparavant tabou, est devenu un argument pour répondre non pas aux critiques de la population française (soutenant encore aujourd’hui majoritairement la solidarité internationale) mais bien à des attaques politiques.  
Que ce soit le Président de la République ou le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères2, il est désormais assumé que l’APD doit davantage soutenir les entreprises françaises à l’étranger, ce qui est pourtant non-conforme avec les règles de comptabilisation de l’aide du Comité d’aide au développement de l’OCDE qui fixe les critères et standards de l’aide.  

« Entre solidarité internationale et soutien aux entreprises françaises à l’étranger, l’aide française glisse malheureusement de plus en plus vers la seconde, pour des raisons politiques davantage qu’économiques, au détriment des intérêts des populations locales et très concrètement du tissu économique local dans les pays du Sud » souligne Mathieu Paris  

Pour une gouvernance de la coopération internationale plus juste, solidaire et réellement efficace  

Une partie de ces dérives peut s’expliquer par le système actuel de gouvernance de la coopération internationale, au sein de l’OCDE et donc sans représentation des pays du Sud. Une gouvernance par et pour les pays riches qui ne représente donc pas toutes les parties intéressées et impactées par ces dérives (part importante de prêts au détriment des dons, investissements dans des pays et des secteurs dits rentables, conditionnalités, instrumentalisation de l’APD à des fins politiques…etc).  

Pour Mathieu Paris, « il est temps de mettre en place une convention contraignante des Nations unies sur la coopération internationale au développement afin d’assurer une meilleure gouvernance et efficacité de l’APD. »  

Une demande déjà exprimée à maintes reprises par les pays du Sud à l’occasion des dernières grandes échéances internationales comme la 4e Conférence internationale sur le Financement du Développement en juillet dernier à Séville.  

« A un mois du Sommet Africa Forward de Nairobi entre l’Afrique et la France, il est urgent de réinventer l’aide comme un instrument de justice qui permette une émancipation politique et économique et non pas ni un instrument de diplomatie économique ni de la charité », conclut-il.  

 Notes :  

1 – Dans l’APD est également comptée les bourses données aux étudiant.e.s étranger.ère.s qui viennent en France ou encore les frais d’accueil de réfugié.e.s en France. Cela a représenté 27% de l’APD bilatérale française en 2022, une aide qui n’a jamais quitté le territoire français (près du double par rapport aux autres pays donateurs), s’éloignant ainsi de l’objectif principal de l’APD d’éradiquer la pauvreté dans les pays en développement.  

2 –  Déclaration de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, sur le projet de loi de finances pour 2026 et les crédits alloués à son ministère, à l’Assemblée nationale le 21 octobre 2025. Prononcé le 21 octobre 2025 : « Lors du conseil présidentiel pour les partenariats internationaux, le président de la République a arbitré et décidé que, dans le portefeuille de prêts de l’AFD, qui s’élève à quelque 7 milliards d’euros, 1 milliard serait consacré à de l’aide liée, ne répondant plus aux caractéristiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mais venant soutenir des projets à condition qu’ils soient confiés à des entreprises françaises. Ainsi, 15% du portefeuille de prêts de l’AFD vont devenir de l’aide liée, en particulier sur le sujet de la participation des entreprises françaises aux projets de développement. » 

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