Côte d'Ivoire, Crise alimentaire mondiale, Régulation des multinationales, Responsabilité sociale des entreprises

Delphine Bilowa ” Nous voulons rendre les paysans têtus “

Publié le 01.04.2007| Mis à jour le 08.12.2021

Les paysans ivoiriens ont été très affectés par les conséquences de la guerre. Mais aussi par la concurrence des produits importés.


En Cote d’Ivoire en revanche, la guerre a considérablement compliqué la situation du monde rural. Les paysans qui ont subi les combats directement ont tout perdu. Ils ont été obligés de fuir en abandonnant les récoltes. Ce cas de figure a été très fréquent dans la partie Nord du pays. L’Inades lui-même est victime de ces exactions puisque notre antenne de Bouaké est occupée par les Forces nouvelles.

 

Les autres, ceux qui n’ont pas subi directement les combats sont également touchés. Ils subissent la pression des déplacés et doivent, avec les mêmes moyens, nourrir trois à quatre fois plus de monde. Pour la population, il y a davantage de chômage, le pouvoir d’achat baisse et les productions sont plus difficiles à vendre. Du coup, les importations augmentent car elles sont deux fois moins chers que les produits ivoiriens. Le riz thaïlandais et le poulet congelé ont notamment envahi nos marchés.

Ailleurs, pour les autres pays (1) dans lesquels intervient l’Inades, je dirais au contraire que la situation des paysans s’est un peu améliorée. Depuis 1962, nous aidons le monde rural à se structurer pour mieux défendre ses intérêts. Or, de ce point de vue, nous avons effectué des progrès. Chaque année, l’Inades touche 60 000 à 70 000 producteurs. Notre action se développe suivant quatre axes : constitution de filière agricole, de la production à la commercialisation ; financement du monde rural par le développement de l’accès au micro-crédit ; gestion des ressources naturelles et préservation du patrimoine génétique africain ; décentralisation et gouvernance locale.

Grâce à cette action d’éducation et d’accompagnement, beaucoup de paysans ont pris conscience que la situation n’est pas aussi désespérée qu’ils le croient. Ils ont acquis la capacité à s’organiser eux-mêmes et à initier leurs actions. Je crois que le plus important est de rendre les paysans têtus, c’est-à-dire de renforcer leur capacité de questionnement. Nous y parvenons car de plus en plus, ils ne se bornent pas à demander : ils proposent.

(1) Burkina Faso, Burundi, Kenya, Côte d’Ivoire, Tanzanie, Rwanda, Togo, République démocratique du Congo, Cameroun, Tchad.

 
Propos recueillis par Séverin Husson
Paris, le 16 mars 2007

Delphine Bilowa est formatrice et responsable de l’unité « renforcement des capacités » à l’Inades Formation (Institut africain pour le développement économique et social) 

avec le CCFD - TERRE SOLIDAIRE

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