Afrique subsaharienne, Paix et vivre ensemble

En Centrafrique, Adja Kadije, médiatrice de la paix

Publié le 05.03.2021| Mis à jour le 14.02.2022

Puisqu’aux filles échoient les tâches ingrates d’aller chercher l’eau et le bois de chauffe, puisque ce sont elles qui gardent leurs frères et sœurs, alors elles doivent être aussi les pièces maîtresses de la sensibilisation à la non-violence : voilà le raisonnement d’Adja Kadije en 2015 quand elle décide de créer la branche « Filles » de la Pijca (Plateforme interconfessionnelle de la jeunesse centrafricaine, partenaire du CCFD-Terre Solidaire).


Bénévole dans l’association depuis sa création en 2014, elle avait remarqué deux choses apparemment contradictoires : d’une part, « les filles qui rejoignaient la Pijca n’étaient pas à l’aise. Elles avaient sans doute peur du regard des garçons » ; d’autre part, « il est plus facile pour une fille d’obtenir l’oreille des gens. Nous étions beaucoup plus efficaces que les garçons ! »

Les deux intuitions se révèlent justes : la branche « Filles » a donné naissance aux médiatrices sociales, qui sont aujourd’hui des centaines dans tout le pays. « Nous identifions dans une ville trente jeunes filles qui peuvent être leaders, en nous appuyant sur les églises et les associations musulmanes, explique Adja. Nous leur donnons une mini formation en résolution des conflits et en promotion des droits des femmes. Nous leur confions aussi un petit pécule et leur apprenons à le gérer pour créer de petites activités comme la vente sur les marchés. Et elles-mêmes forment d’autres jeunes filles. » Ou comment conjuguer autonomie économique et diffusion de la culture de la paix.

Adja a appris sur le tas, encore toute jeune : au moment où elle s’apprêtait à entrer dans la vie d’adulte, elle a vu le monde qu’elle connaissait se fracasser. C’était en 2013. Elle a 20 ans, elle est étudiante en génie civil, et habite avec ses parents, ses trois frères et ses quatre sœurs dans la commune de Begoua, une des principales portes d’entrée de la capitale. La Seleka, une coalition de groupes armés majoritairement musulmans, prend Bangui et le pouvoir en mars. Les anti-balaka, milices à majorité chrétienne, attaquent en décembre. Les deux tracent leur route en pillant, violant et tuant.</groschiffre|texte=«mal>

Encourager les jeunes à rejeter les manipulations

Comme leurs voisins, la famille Kadije doit fuir. Elle trouve refuge sur un site de déplacés, dans Bangui même. Mal vue par ses voisins, car musulmane et assimilée aux agresseurs de la Seleka, Adja rejoint la Pijca, bien décidée à contrer les tueries confessionnelles. Avec d’autres, chrétiens et musulmans, elle va de quartier en quartier, de ville en ville, encourageant les jeunes à rejeter les manipulations. Au début, son audace est mêlée de peur, dans ces villes d’où les musulmans ont été chassés. « Mais j’étais fière de participer à ça. Quand je passais à la radio, je prévenais les gens de mon quartier », se souvient-elle.

Aujourd’hui, le sourire est un peu triste. En décembre, les groupes armés ont repris les armes, et d’anciens combattants, auparavant aidés par la Pijca, les ont rejoints. « Ils sont facilement manipulables, parce qu’ils ne font pas grand-chose et prennent beaucoup de drogues, des comprimés surtout. C’est un peu désespérant », soupire Adja. L’abattement, chez Adja, est de courte durée. Il en va de l’avenir de son pays et de ses deux petits garçons.

avec le CCFD - TERRE SOLIDAIRE

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