En Lorraine, on parle de Paix et de Vivre Ensemble

Publié le 16.12.2024| Mis à jour le 20.02.2025

Lors de notre Assemblée Régionale du 12 Octobre 2024 à Villers-les-Nancy (54), Virginie Amieux, nouvelle présidente du CCFD-Terre Solidaire, a encouragé l’engagement de notre région à travailler la thématique « Paix et vivre ensemble » 

« On a environ 200 partenaires aujourd’hui qui travaillent sur ces sujets là dans le monde et qui sont prêts à partager leur expérience et à participer à notre réflexion.
La paix et le vivre ensemble, ce n’est évidemment pas seulement la question de l’absence de conflit, c’est la question de l’accaparement des ressources, la pauvreté, l’autoritarisme, mais aussi les questions du repli sur soi. »

Bruno Angsthelm, chargé de mission pour la région Afrique centrale et Golfe de Guinée, fort d’une expérience de plus de vingt ans dans les territoires en crise et au service du partenariat international au CCFD-Terre Solidaire, a partagé son point de vue d’homme de terrain sur les territoires en crise.

« Quand on parle de territoires en crise, la première idée qui me vient, c’est la question des conflits ou des groupes armés. Je pense immédiatement aux conflits entre agriculteurs et éleveurs liés à l’accès aux ressources naturelles. Les gens se tuent pour l’accès aux pâturages, pour l’accès à l’eau, pour l’accès aux forêts. Ce phénomène est accentué par l’augmentation de la démographie humaine, par celle du bétail et par le changement climatique. Les équilibres anciens qui existaient entre eux sont maintenant inefficaces. Aujourd’hui ces communautés ne coopèrent plus, ce qui pèse énormément sur les questions de sécurité alimentaire. »

 

Un exemple de construction de la paix
Bruno nous a emmenés en voyage à Boda en Centrafrique, petite sous-préfecture minière de 8000 habitants où, en 2013, il y a eu des affrontements violents entre communautés, jusqu’à parfois 100 morts dans une journée. Dans la ville, un pont formait une sorte de frontière. Personne ne réussissait à résoudre le problème, ni les ministres, ni les Nations Unies.
Finalement c’est notre partenaire, la PIJCA, la plateforme de mouvements interconfessionnels de jeunes, qui est en 2015, a décidé de se rendre à Boda. Elle a écouté les parties prenantes, a organisé des temps de dialogue, une marche autour de la ville avec tous les participants. Ce travail, dans un temps assez court, a conduit les ex-combattants à s’engager en public à arrêter les combats et à ouvrir la ville. Cela a permis d’apaiser la vie des populations.

La PIJCA a ouvert une antenne. Dans tout le territoire, des médiatrices sociales ont été formées. Elles se sont installées un petit peu partout. La PIJCA a formé les ex combattants, leur a donné des petits moyens économiques pour se stabiliser. Ces ex-combattants ont formé une association commune aux deux parties. Ils sont allés à leur tour dans les villages en brousse convaincre les combattants de s’apaiser, de calmer les cœurs.

Paix durable ou pas ?
« Dites vous bien qu’il y a eu une guerre juste après ! Le général Bozizé a choisi Boda comme quartier général pour attaquer la capitale.
On lui a dit qu’il existait une association
de 600 ex-combattants aguerris. Il les a convoqué pour les recruter.
Après consultation, ils ont refusé de rejoindre la rébellion et sont partis se cacher en brousse. Le général s’est vengé en détruisant 42 maisons. »

Ce qui nous intéresse, c’est de tirer des leçons de cette histoire.
La paix qui s’est construite dans ce territoire, on le voit quelques années après, est une paix durable. Il y a eu une véritable transformation. C’est comme une conversion finalement, avec un autre système de valeurs, un autre système de pensée, enfin un autre système de faire et de vivre ensemble.

Pour construire la paix, il faut associer l’ensemble des acteurs et des parties prenantes du territoire. Les causes des tensions sont multiples, elles interagissent entre elles.

Ce que les jeunes de la PIJCA et les moins jeunes ont réussi à construire à Boda avec les anciens combattants, c’est une manière de se retrouver en tant qu’êtres humains, en leur redonnant une chance, en les respectant. La question de l’amitié, la question de la fraternité, l’action de la reconnaissance sont des moteurs extrêmement forts de transformation, de réconciliation et de projection commune pour aller vers une paix durable dans le territoire.

Il faut aussi créer dans la société tout un ensemble de dispositifs, collectifs, groupes informels, médiatrices sociales, comités de lutte, des tas de choses différentes, parce que la nécessité, c’est aussi de recréer des règles, de recréer du droit.

On travaille dans beaucoup de territoires dont on a le sentiment qu’ils sont à l’abandon. En réalité, dans ces territoires, il y a du talent, il y a de l’énergie, il y a des forces, mais qui ne savent pas s’organiser, qui ne savent plus se mettre en ordre de marche, se coaliser, qui ne savent plus penser ensemble.

« Je l’ai expérimenté ailleurs, dans les zones sahéliennes du Tchad. Aujourd’hui nous y avons des acteurs communautaires partenaires qui sont des organisations qui rassemblent un million et demi de personnes et qui pilotent leur territoire. Ils ne font pas tout mais ce sont eux qui animent le lien social, la relation. Quand il y a des problèmes, ils interviennent, se réunissent, organisent, interpellent. Ce sont des communautés. »

Écrit par Sylvie M. et Philippe B., bénévoles en Lorraine

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