Crédit photo : Norbert IUONAS
La Lorraine à la rencontre des Roms de Roumanie
Dans le cadre du Festival des Solidarités et de son projet « Paix et Vivre Ensemble », le CCFD-Terre Solidaire de Lorraine a invité le président d’UCTRR (Union Civique des Jeunes Roms en Roumanie) à venir témoigner de l’action de cette association partenaire du CCFD-Terre Solidaire depuis 2021.
Doctorant en sociologie, formé aux politiques publiques pour l’enfance et la jeunesse, particulièrement sur les communautés roms, iI met son expérience pratique et universitaire dans le travail communautaire, la médiation interculturelle et la représentation des groupes marginalisés au service de la défense des droits sociaux et environnementaux de la population Roms de la ville de Cluj.
La situation actuelle à Cluj-Napoca
Les cinq quartiers roms de la zone de Pata Rât, habités par près de 300 familles (1500 personnes), sont situés à proximité d’une décharge publique à ciel ouvert illégale, dont la Commission européenne réclame la fermeture depuis plusieurs années.
Les analyses du sol, de l’eau et de l’air y ont révélé des concentrations élevées de substances nocives, entraînant de graves effets sur la santé des habitants.
Isolée du reste de la ville, la population ne dispose ni d’eau courante ni de chauffage, et le premier arrêt de bus se trouve à plus de trois kilomètres. Cet isolement prive les jeunes mères et leurs enfants de l’accès à leurs droits fondamentaux et perpétue le cycle de l’exclusion.
Comprendre cette situation
Norbert, au cours de ses divers témoignages, notamment au Festisol de Verdun et lors de la journée de clôture, a apporté un éclairage historique sur cette situation. Les roms de Roumanie d’abord nomades ont été esclave du 13ème au 19ème siècle. Rendus libres grâce à une intervention de la France, ils se sont retrouvés dans la misère, sans logement, sans travail alors que leurs maîtres ont été indemnisés pour la perte de main d’œuvre. Ils sont restés les parias de la société, suppliant parfois leur ancien maître de les reprendre.
Arrive très vite, la seconde guerre mondiale pendant laquelle ils sont victimes de l’holocauste (200 000 à 500 000 morts).
S’en suit la période soviétique. Le travail y est obligatoire, ils sont donc embauchés et logés, mais à la chute du régime, la discrimination raciale opère : ils sont licenciés et expulsés vers les périphéries des villes. A l’heure actuelle, cet antitsiganisme persiste avec son lot de violences policières, de discrimination à l’embauche, à la scolarisation… Ils n’ont pas le droit à la carte d’identité roumaine et donc pas le droit de voyager.
« L’anti-tsiganisme est le racisme spécifique contre les Rroms, les Sinté, les Gitans, les Voyageurs et autres personnes qui sont stigmatisées en tant que « tsiganes » ou « gens du voyage » dans l’imaginaire public. […] L’antitsiganisme n’est pas seulement lié à ce qui est dit, mais aussi à ce qui est fait et à ce qui n’est pas fait. » Définition dans le texte de référence de de L’Alliance contre l’Antitsiganisme
L’action d’UCTRR
Cette association accompagne les étudiants dans l’accès aux études, avec pour objectif de faciliter l’accès à des emplois qualifiés conduisant à une intégration dans la société roumaine.
UCTRR entretient, par ailleurs, le devoir de mémoire sur la question de l’holocauste. Elle a organisé un voyage à Auschwitz avec des étudiants auprès desquels elle développe, une formation à la citoyenneté par le biais de débats en live sur les réseaux sociaux.
Elle soutient également les victimes de violences policières gratuites liées au racisme.
UCTRR travaille aussi à construire, chez les Roms eux-mêmes et dans la société, une identité positive, en rappelant, au travers d’actions culturelles, l’origine rom de grands artistes tel Charlie Chaplin .
La semaine en Lorraine
La commission régionale partenaire avait concocté un riche programme de rencontres et de visites pour Norbert.
Rencontres avec des bénévoles et des sympathisants du CCFD-Terre Solidaire, Mgr Ballot et Mgr Michel,
Rencontres avec des élus locaux, des structures à vocation sociale : ADAPEI, AMSEEA, Centre Edison CDPA 57, CLCV, Migr’Action.
Rencontres avec des responsables de lieux conviviaux et d’insertion : Les petites cantines, le café « Les beaux jours », le restaurant L’extr’Ordinaire
Visite du Musée de la Liberté à Shengen qui avait tout son sens puisque la Roumanie vient d’intégrer l’espace Schengen,
Visites patrimoniales : le Musée de la Cour d’Or et de la Cathédrale à Metz
La semaine s’est terminée par une journée « Regards croisés » avecune conférence de Norbert et une table ronde avec le président et le directeur d’Amitiés tsiganes 54 et 57. Cette dernière a permis de comparer les situations et de remettre en cause un certain nombre de croyances concernant les gens du voyage en France.
Les diamants de cette semaine
Chacun est ressorti enrichi de cette rencontre.
Quelques diamants :
- la découverte de la situation insoupçonnée des Roms de Roumanie et de leur histoire,
- savoir que le terme « Rom » utilisé en France recouvre des réalités très disparates et n’a rien de commun avec les Roms de Roumanie,
- s’interroger sur notre propre antitsiganisme,
- se forger des arguments pour répondre à cet antitsiganisme,
- réfléchir aux causes et aux conséquences de la montée des nationalismes.
Chaque participant pourrait allonger la liste de ces richesses à bien d’autres niveaux et la liste serait longue.
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