Le FSM de Dakar dans l’élan du Maghreb

Publié le 10.03.2011

Le Forum social mondial (FSM) de Dakar s’est ouvert le 6 février dans les effluves de la « révolution de jasmin » en Tunisie, il s’est achevé le 11 février dans l’ovation au peuple de la place Tahrir au Caire.


À peine Ben Ali tombé, une délégation d’organisations tunisiennes s’est précipitée au FSM. Les Égyptiens – restés « à la maison » pour bouter Moubarak dehors -, ont vécu le grand rassemblement altermondialiste par procuration.
Hasard de calendrier que cette coïncidence du Forum en Afrique et de l’ébranlement du monde arabo-musulman. Mais beaucoup discernaient dans cette irrépressible poussée démocratique la marque même du projet altermondialiste et une forte source d’inspiration. Pourquoi pas un forum social à Tunis dès 2012 ? Pour le Dakarois Taoufik Ben Abdallah, tête pensante du FSM 2011 et Tunisien, la leçon assénée par le Maghreb vaudrait pour quelques « démocraties » édulcorées d’Europe.
Le mouvement est resté discret face aux grands élans latino-américains, mais depuis 2006 se tient un Forum social maghrébin, à l’instigation notamment des organisations marocaines. Moins connu encore : c’est le continent africain qui compte le plus grand nombre de rassemblements – régionaux, nationaux, mondiaux -, se revendiquant du mouvement altermondialiste. Dans les allées de l’Université Cheikh Anta Diop, siège du FSM, l’onde de choc qui secoue le Nord du continent trouve des échos évidents. « Dégage ! », le mot d’ordre des rues tunisiennes devenu le slogan universel des peuples en colère contre les oligarchies étouffantes ; il est repris par les paysans burkinabés contre l’inamovible Blaise Compaoré (au pouvoir depuis 1987), ou contre Laurent Gbagbo qui s’accroche au pouvoir en Côte d’Ivoire, au mépris du résultat des urnes.
Abdoulaye Wade, le président sénégalais a aussi eu droit aussi à son « Dégage ! » lors du FSM, alors que la perspective, l’an prochaine, d’une nouvelle candidature du président, qui approche les 90 ans, fait bouillir de nombreux Sénégalais. On le soupçonne d’ailleurs d’avoir entravé la tenue du forum : le nouveau recteur de l’université, qu’il a nommé en janvier, a dénoncé l’accord donné par son prédécesseur, et 24 heures avant l’ouverture du rassemblement, plus aucune salle n’était disponible !
Le FSM a-t-il failli ne pas avoir lieu ? Gus Massiah, membre du Conseil international du FSM, renverse la proposition : « Comment, dans de telles conditions logistiques, a-t-il néanmoins pu se tenir ? C’est l’interrogation la plus fructueuse… La réussite de Dakar, in fine, montre à quel point les gens sont attachés à ce rassemblement : ils ont tout fait pour qu’il se déroule, et avec des participations d’excellent niveau. »
Tentes montées à la hâte, salles débloquées, échange frénétique de textos, panneaux d’information improvisés, bouche-à-oreille permanent, les quelque 70 000 participants -sans compter de nombreux étudiants venus picorer entre les révisions d’examens -, ont fait « à l’africaine », dans la foule, la musique et les couleurs, et de longs trajets à pied.
Si de nombreux non francophones sont restés frustrés (le sempiternel problème des traductions…), le forum de Dakar peut indéniablement afficher plusieurs avancées : les mouvements de base, dont on regrettait la grande discrétion à Nairobi en 2007, lors du précédent FSM africain, ont fortement occupé la place, en particulier les femmes. Plusieurs thèmes particulièrement sensibles en Afrique ont connu d’importants développements, comme l’accaparement des terres agricoles, le pillage des matières premières et des ressources ou le scandale de l’évasion fiscale pratiqué par les multinationales. Les travaux sur le droit des migrants ont débouché sur une charte mondiale et une plateforme de travail pour les mois à venir.
Quant à la tenue du prochain FSM, aucune décision n’a été prise. Le Brésil à nouveau ? Voire l’Europe, hypothèse qui en séduit plus d’un, alors que le mouvement altermondialiste est au creux de la vague sur vieux continent, après le très discret forum social européen d’Istanbul en juin dernier.

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