Amérique Latine / Caraïbes, Pensée sociale de l'Eglise

L’Église latino- américaine après Vatican II

Publié le 10.10.2012

Historien de l’Église catholique latino-américaine et coordinateur général du Centre œcuménique des services à l’évangélisation et à l’éducation populaire (Ceseep), au Brésil, le père José Oscar Beozzo est l’un des spécialistes du concile Vatican II. Il souligne le rôle des laïcs dans l’évolution de l’Église continentale, l’ouverture œcuménique des Communautés ecclésiales de base[[Communautés de chrétiens qui se réunissent librement pour vivre leur foi. Nées au Brésil en 1968, elles se répandent sur le continent et dans le monde.]] et l’acceptation de la diversité des visages du catholicisme.


FDM : Quelles ont été les principales évolutions de l’Église latino-américaine après le concile Vatican II ?

Père Beozzo : Le premier élément important est le rôle que les laïcs ont assumé comme moteur principal de la rénovation de l’Église. Je pense par exemple aux « Délégués de la parole » en Amérique centrale qui ont commencé à animer les communautés où la présence des pères était très limitée, voire inexistante. Ces initiatives se sont multipliées à travers tout le continent. La communauté de Taizé a aussi joué un rôle important à cette époque, notamment à travers l’action du frère Roger Schultz, son fondateur. Après de nombreuses discussions avec Mgr Helder Camara et d’autres évêques, il avait décidé de distribuer un million d’exemplaires du Nouveau Testament en espagnol et un million en portugais, sur le continent. Pour toutes ces communautés pauvres qui n’avaient jamais vu la Bible, ni même un autre livre, cela a été un tournant. Les gens se sont appropriés l’interprétation de la Bible et ont conquis par là-même une certaine autonomie par rapport au clergé.

La période a été marquée par une grande production intellectuelle…

Absolument. Y compris de la part de petites communautés et de groupes de laïcs, ainsi que, bien sûr, d’hommes et de femmes d’Église. C’était nouveau, il n’existait pas de parole autonome de ces Églises sur la vie et sur la société. Les Conférences épiscopales ont aussi été prolixes. C’est le cas de celle du Brésil (CNBB) avec plus d’une centaine de productions très riches sur des thèmes comme « L’Église et la Terre » ou encore « Exigences chrétiennes dans le processus politique », qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays.

Ces travaux, comme tant d’autres, ont porté une parole prophétique et incisive, impensable avant le concile Vatican II.

Le concile a aussi reconnu l’universalité de l’Église catholique. Comment cela s’est-il traduit concrètement ?

Cela a été un véritable choc pour de nombreux évêques, car s’il y avait une connaissance théorique, il y avait finalement peu d’expériences de la diversité des visages du catholicisme. En Amérique latine, comme dans le reste du monde, de nombreux évêques ont donc pris conscience que l’Église catholique n’était pas limitée à une messe célébrée en latin. Au Pérou, par exemple, certaines messes ont, dès lors, été célébrées en quetchua. En Équateur, la Bible a été traduite dans la langue des communautés indigènes.

Ces initiatives, démontrant qu’il n’y avait pas besoin de s’européaniser ou de changer de culture et de langue pour être chrétien, ont eu un impact très important, et ont permis la naissance des théologies indienne et noire, adaptées aux différences culturelles et partant d’une spiritualité propre.

Comment le mouvement œcuménique latino-américain a-t-il accompagné les Communautés ecclésiales de base (Ceb) ?

Les Ceb sont accompagnées par l’Église catholique et non spécifiquement par le mouvement œcuménique. Mais ce qui est clair, c’est qu’elles recèlent une grande ouverture œcuménique et une grande sympathie pour les autres Églises. L’une des images les plus marquantes est celle des célébrations religieuses dans les campements de paysans sans terre, regroupant diverses sensibilités chrétiennes. Il existe sans aucun doute un œcuménisme de base très développé au sein des mouvements sociaux.

L’autre aspect important concerne les efforts réalisés dans le champ biblique. De nombreuses traductions de la Bible sont travaillées en commun entre catholiques et d’autres Églises chrétiennes. Ici même, au sein du Ceseep, il existe des formations œcuméniques qui regroupent plus de dix Églises.

Ceci ne doit cependant pas faire oublier qu’il y a aujourd’hui une dispute acharnée de l’espace religieux, en particulier face à l’essor des Églises pentecôtistes et néo-pentecôtistes. Mais, malgré cela, il y a une volonté de discussion et d’échange.

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