Numéro 250 - juin juillet 2010

 

Ceux qui font bouger l’Afrique

L’actualité 2010 de l’Afrique est passionnante. Outre le fait qu’elle accueille
en Afrique du Sud sa première coupe du monde de football et qu’une
douzaine de pays organisent des élections générales, le 50e anniversaire de
l’indépendance de quatorze ex-colonies françaises subsahariennes nous invite
à revenir sur les relations de notre pays avec ce continent.

S’il est possible d’apprécier les liens existants entre les acteurs étatiques ou économiques français et africains, il est illusoire d’imaginer que ces relations émanent d’une volonté populaire, tant les visions et la manière qui les guident sont
éloignées des préoccupations citoyennes.

Rien ne permet en effet aux citoyens d’avoir une prise sur ces sphères – gouvernementales, politiques ou économiques – qui avancent sur des objectifs et des
modes opératoires difficilement lisibles, voire parfois affairistes (la fameuse
Françafrique). Certes, de nombreux militants français et africains essayent de
redonner du sens à ces relations, mais ces initiatives sont loin de constituer une
masse critique susceptible d’exprimer une volonté des peuples à cheminer
ensemble.

Une large frange de la population reste à l’écart de cette agitation franco-africaine.
Au mieux, elle conçoit cette relation sous un angle de partage et de coaction. Au
pire, elle la vit de façon négative. L’imagerie populaire française reste marquée par
des préjugés tenaces sur l’Afrique. De façon corollaire, l’image des Français est de
plus en plus dégradée sur le continent, surtout auprès de la jeune génération. Elle
nous reproche les restrictions humiliantes imposées pour venir et séjourner en
France. Elle soupçonne notre pays d’être dans une posture constante d’ingérence
dans les jeux politiques internes à l’Afrique. Elle est révoltée par les inégalités
sociales et économiques entre nos deux mondes. Enfin, elle est choquée par le
refus de la France à assumer ses responsabilités directes ou indirectes dans des
événements dramatiques – que nous avons oubliés, mais pas eux – comme ceux
de 1947 à Madagascar ou 1955 au Cameroun.

L’Élysée a proposé que l’année 2010 soit celle de l’Afrique en France. Cette initiative
pouvait être l’occasion de nous interroger sur la manière dont nous envisagions
l’avenir de nos rapports avec ce continent. Mais les événements prévus
restent dominés par des enjeux diplomatiques et économiques et non citoyens
(sommet de chefs d’État, défilé de contingents africains lors du 14 juillet). L’avenir
de la relation franco-africaine ne peut se faire sans une implication des peuples
et passe par une meilleure connaissance mutuelle.

C’est dans cet esprit que nous avons imaginé ce numéro spécial de FDM. En
voulant donner quelques éclairages sur ce qui fait bouger l’Afrique d’aujourd’hui,
nous espérons ainsi contribuer au renforcement de la portée citoyenne de cette
année africaine en France.

Philippe Mayol
Responsable du service Afrique au CCFD-Terre Solidaire

Article mis en ligne le 15 juin 2010

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