Un avenir sans faim

Numéro 260 - octobre 2011

 

L’Europe, un exemple pour les Balkans ?

Réunis en France en juin dernier, huit responsables d’associations de Bosnie très impliqués dans la construction d’un espace de paix et de réconcilation dans les Balkans ont participé à un voyage d’étude intitulé « pourquoi l’Europe ». Une façon de revisiter l’histoire européenne et d’alimenter leur réflexion et de débattre sur les enjeux de leur intégration à l’espace communautaire.

Auteur(s) : Laurence Estival

« Lointaine », « bureaucratique », « coupée des préoccupations des populations »… Il n’y a pas que dans les pays membres de l’Union européenne que l’Europe a mauvaise presse. Et les Balkans n’échappent pas à la règle même si aujourd’hui les anciens Etats de l’ex-Yougoslavie s’apprêtent à négocier, sans enthousiasme, leur prochaine intégration. Une occasion saisie par le CCFD-Terre Solidaire et le Centre André Malraux pour organiser ce voyage d’étude. Au programme : des échanges avec des militants d’associations et des représentants du monde politique, agrémentés de visites de lieux hautement symboliques de la construction européenne : du mémorial de la Paix à Caen aux champs de bataille de Péronne en passant par le Parlement européen à Strasbourg.. « L’objectif était de susciter chez eux le goût d’Europe en revenant sur les principes fondateurs aujourd’hui quelque peu perdus de vue. Il s’agissait aussi de leur faire toucher du doigt le travail de la société civile et la façon dont celle-ci est impliquée dans la définition d’un autre projet européen, différent de celui que nous avons sous les yeux. C’était également un moyen de les conduire à prendre conscience que l’histoire de l’Europe est leur histoire et qu’ils ont les moyens d’être des observateurs attentifs et critiques du processus d’intégration à l’UE et de discuter de l’Europe qu’ils veulent », explique Julie Biro, chargée de mission Balkans au CCFD-Terre Solidaire.

Une société civile mobilisée

Mission accomplie, pourrait-on dire, en écoutant deux mois plus tard les participants, unanimes à reconnaître l’intérêt de cette démarche. « En visitant le Mémorial de la Paix à Caen, je me suis rendue compte de ce que l’Europe, comme antidote à la guerre, représentait à sa fondation. Les Européens ont oublié qu’elle avait été créée pour garantir la paix et nous-mêmes, nous ne le savons pas suffisamment. Les conflits ont été bien pires que chez nous mais malgré tout, la réconciliation est possible quand les hommes politiques le souhaitent », raconte Kristina Cosic, du Centre OKC Abrasevic de Mostar. Même constat pour Miroljub, Radomirovic du mouvement Revolt à Tuzla qui regrette toutefois qu’en Bosnie, les responsables politiques n’en soient pas encore là… Et pour lever les blocages persistant plus de 15 ans après que les armes se soient tues, Darko Brkan, Zasto né à Sarajevo est encore plus persuadé qu’hier que l’adhésion de la Bosnie à l’Europe pourrait faciliter le processus. Un optimisme que ne partage pas Kristina : « Quand on regarde ce qui se passe en Irlande du Nord, on peut en effet émettre des doutes sur ce qu’apporte d’intégrer l’Europe. Londonderry ressemble à Mostar et rien n’y a bougé : la ville est toujours séparée en deux. Le problème est que l’Union européenne s’est détournée de ses valeurs initiales et je ne suis pas sûre qu’elle aille dans la bonne direction. En discutant avec les représentants d’associations que nous avons rencontrés, j’ai toutefois pris conscience que la société civile pouvait infléchir le cours des choses », ajoute-t-elle. « Même si ce qui se passe en Bosnie est bien différent : nombre d’ONG y sont à la solde des partis politiques et évitent de poser les questions qui fâchent ou de lancer des débats », rappelle Miroljub.
Une impuissance dont ne veut pas entendre parler Darko : il vient de prendre l’initiative de créer un réseau regroupant des associations de toutes les parties de la Bosnie pour renforcer leur poids dans les futures négociations sur l’adhésion à l’Union européenne. « Nous devons poursuivre le débat entre nous pour définir des points communs et peser sur les politiques au niveau local mais aussi européen. Nos espoirs et nos doutes sur l’Europe ne sont ni plus ni moins les mêmes que ceux de nos interlocuteurs français. C’est d’ailleurs la principale leçon de ce séminaire qui nous pousse nous aussi à aller de l’avant », conclut Darko, prêt à relever le défi.

Article mis en ligne le 15 septembre 2011

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