Publié le 30 mars 2007

7ème Forum social mondial à Nairobi, l’Afrique en mouvement

Lancé en 2001 à Porto Alegre, la septième édition du Forum Social Mondial (FSM) s’est déroulée du 20 au 25 janvier 2007 à Nairobi. C’était la première fois que cet événement global se tenait sur le continent africain, après ceux de Mumbaï en 2004 et de Porto Alegre en 2005. (Pour mémoire, l’année 2006 était celle des FSM polycentriques, donc non globaux, à Bamako, Caracas et Karachi).

Depuis sa première édition, le CCFD a choisi de soutenir ce processus qui affirme qu’ « Un autre monde est possible », et qui s’est volontairement posé en alternative au Forum économique de Davos, rencontre des chefs d’Etats et des chefs des entreprises les plus importantes du marché.

Le CCFD a cru dès le début à la dynamique que ce processus allait entraîner, en termes d’échanges, de débats, de rencontres, de construction de réseaux. En résumé, le CCFD s’est engagé dans ce processus pour permettre la construction et le renforcement des sociétés civiles à travers le monde, dans un objectif de lutte contre la pauvreté, pour la justice et la paix.

Le FSM de Nairobi a donc été un événement très important pour ce processus , d’une part du fait qu’il avait lieu en Afrique, et d’autre part parce qu’il était sa septième édition, nombre propice à un premier bilan général après plusieurs années d’existence.

Nairobi : un élargissement réussi du processus du FSM

Chaque année depuis 2001, les initiateurs du processus et le Conseil international du FSM dans son ensemble ont cherché un élargissement et un renouvellement des événements, afin de permettre chaque fois la participation d’un plus grand nombre
à cette dynamique, et de développer les débats sur les causes et conséquences du modèle dominant de la mondialisation.

Ces élargissements ont pris plusieurs formes : élargissement à de nouvelles thématiques, élargissement à de nouveaux acteurs des mouvements sociaux à travers le monde, élargissement géographique et culturel.

A Nairobi, l’enjeu de l’élargissement était à la fois géographique, avec les premières bases posées lors du FSM polycentrique de Bamako, mais aussi lié à l’élargissement aux acteurs des sociétés civiles africaines. L’Afrique était présente dans toute sa diversité, des représentants de la quasi totalité des pays africains sont venus (Sénégal, Ghana, Afrique du Sud, Tanzanie, Soudan, Kenya, Burundi, Rwanda, Congo Brazzaville, Tchad, Ethiopie, Somalie, Niger, Mali, Cameroun, mais aussi Maroc, Tunisie, etc…)

Malgré un démarrage difficile, un brouhaha permanent de manifestations, chants ou danses tout autour du stade où se déroulait le FSM, les organisateurs de l’événement de Nairobi ont pu affirmer que la première réussite de ce forum était qu’il avait eu lieu. Et nous pouvons affirmer que l’organisation d’un tel événement dans le contexte difficile de Nairobi représentait déjà un défi : contexte politique instable, manque de soutien notamment financier, des autorités locales de Nairobi, difficultés à la frontière, notamment pour les camerounais et maliens, insécurité, capacités d’accueil de 50 à 100 000 personnes,… De plus, de nombreux représentants des sociétés civiles africaines ont exprimé sur place à Nairobi que c’était la première fois qu’autant d’Africains (environ 50 000 participants dont 90% du continent africain) se retrouvaient pour débattre librement dans un espace où tous les sujets, même les plus tabous, ont pu être abordés. Parmi les questions fondamentales qui ont été débattues et ont donné lieu à de fortes mobilisations, on peut ainsi citer : la résolution de conflits et la fin des dictatures, le SIDA/HIV, la condition des femmes et leur place dans la société, les futurs Accords de Partenariat Economiques (APE) avec l’Union européenne, les migrations, et plus spécifiquement, la politique de la France en Afrique. Sur tous ces sujets, le Forum a permis des échanges d’expériences, le renforcement de réseaux ou encore le lancement de campagnes internationales.

Ne pas mettre en relief ce succès dans la participation et les débats posés lors de ce forum social mondial serait sous-estimer les réalités quotidiennes des associations africaines qui évoluent souvent dans des contextes corrompus et répressifs.

Préservant sa dimension mondiale du fait de la participation de plusieurs milliers d’Européens, Asiatiques, Latino-américains et Nord américains, ce forum aura permis aux Africains de mettre en lumière leurs nombreux combats, et le remarquable dynamisme de leurs sociétés civiles.

Le CCFD à Nairobi

La présence du CCFD a Nairobi s’est manifestée tant au travers des ateliers proposés, que de la présence de 35 partenaires venus de tous les continents, et d’une délégation de membres du réseau et de MSE de 27 personnes. Au total, la délégation organisée par le CCFD a été l’une des plus grandes délégations portées par une organisation française.
- pour les partenaires, un processus qui a sa raison d’être Les 35 partenaires présents à Nairobi ont été unanimes : ce forum aura été l’occasion de prendre conscience des problématiques africaines et au-delà, d’autres thématiques qu’ils connaissaient mal. Le Forum leur a permis de se rencontrer, de se donner du courage pour continuer leurs luttes, d’envisager la construction de nouveaux réseaux ou de travailler avec de nouveaux alliés. Enfin, ce fut l’occasion d’un partage d’expérience avec des bénévoles et salariés du CCFD.

Plusieurs éléments les ont marqués :
- la forte présence d’organisations confessionnelles, notamment catholiques, et le partage avec celles-ci sur des enjeux liés à des résolutions de conflits et des processus de construction de la paix,

- la présence importante des femmes africaines comme leader de bon nombre de luttes, notamment autour des questions liées à la pandémie du SIDA, au respect de leurs droits fondamentaux,

- la mobilisation des organisations africaines pour dénoncer le déséquilibre des négociations actuelles des APE avec l’Union européenne, -la qualité des débats dans les ateliers.

Les évaluations que nous avons faites avec eux ont fait ressortir leur souhait que les rencontres et échanges initiés lors du FSM de Nairobi puissent trouver un prolongement dans le temps. C’est ainsi qu’un réseau informel autogéré de plusieurs partenaires travaillant auprès de jeunes pour la construction de la paix a été lancé dans les jours qui ont suivi, rassemblant des partenaires de tous horizons : Pérou, Serbie, région des Grands Lacs, etc. Pax Romana, l’international du MCC, a rejoint ce réseau.…

Le choix du CCFD d’un fort engagement pour la participation de partenaires à cet événement en est sorti conforté, et il s’impose comme une des formes d’appui à leurs réflexions et actions.

Pour le réseau et les MSE, une expérience signe du projet du CCFD

Le CCFD a proposé, comme chaque année depuis 2003, de vivre l’expérience du FSM à des délégués du réseau (2 par région : un jeune et un adulte) et à des représentants de Mouvements et Services de la collégialité. Cette année, 24 bénévoles sont donc partis au sein de la délégation CCFD au FSM de Nairobi. La diversité du CCFD était bien marquée : 11 régions représentées, des membres de plusieurs Mouvements et Services (Scouts de Guides de France, Voir Ensemble, Mission de la mer, MRJC, ACI, MCC…). De par sa composition, cette délégation était d’une très grande richesse. Ce fut une opportunité pour mieux appréhender le CCFD dans sa diversité mais au-delà, de mieux comprendre le sens d’une collégialité engagée ici, dans des actions différentes mais avec la même volonté de faire évoluer les comportements et de vivre la solidarité internationale au sein du CCFD.

Cette dimension a pris un sens particulier à Nairobi du fait de la cohabitation pendant 10 jours avec des partenaires CCFD issus des 4 continents. Par des temps formels ou informels, le FSM est ainsi l’occasion pour des bénévoles de nouer des liens avec des partenaires engagés sur leur territoire, leur pays, leur continent. Ces relations ont aussi permis aux bénévoles de mieux comprendre la notion de partenariat telle que portée par le CCFD, et d’appréhender les initiatives réalisées par les partenaires. Débats, réunions, découvertes mais aussi quelques temps festifs ! ont animé cette délégation à Nairobi.

Par ailleurs, la délégation des bénévoles s’est intégrée à celle, plus large, du CRID. Cette année, la délégation du CRID a rassemblé plus de 20 organisations et plus de 300 personnes, la plus importante que le CRID ait jamais conduite depuis 2001. Par conséquent, les bénévoles du réseau et des MSE ont pu appréhender cette dynamique. Ce fut l’occasion de mieux connaître et de nouer des relations avec des organisations françaises alliées, engagées dans des actions de solidarité internationale.

Une ouverture aux problématiques mondiales
Par ses 1200 ateliers « auto-organisés », c’est-à-dire proposés et gérés directement par des organisations aux origines différentes (géographiques, politiques, religieuses…), le FSM constitue une véritable caisse de résonance mondiale des luttes et des revendications des sociétés civiles. Pour l’ensemble des délégués, le FSM de Nairobi a donc été l’occasion d’une ouverture aux problématiques
mondiales et d’une prise de conscience des situations vécues par les populations de différentes parties du monde. Qu’ils soient engagés dans des actions de solidarité internationale au sein du CCFD ou membres actifs de leurs mouvements et services, les délégués ont ainsi pu faire des connexions entre leurs actions de militants français et les questions internationales.

Un temps important de préparation a été proposé à chacun des participants, avant son départ pour Nairobi : week-end de formation en novembre, en lien avec le CERAS (Centre de Recherche et d’Action sociale), le Secours catholique et les Amis de La Vie. Des documents d’information sur les enjeux du FSM, sur la situation politique du Kenya, sur les partenaires qu’ils allaient rencontrer leur ont été transmis au fur et à mesure de leur préparation. Il est indéniable que ce temps de préparation permet de mieux prendre sa place au sein de ce forum qui peut, les premières heures, décontenancer par ses méthodes d’organisation, sa profusion d’ateliers et d’animations en tout genre !

Mais ce cap franchi, les évaluations menées sur place et après le forum ont permis de faire le point sur tout ce que cette expérience a amené à la délégation.Les uns y ont trouvé une (re)légitimation des actions d’éducation au développement et des campagnes de plaidoyer menées au CCFD. Les autres ont pu faire des liens entre les actions développées au sein de leur mouvement ou d’associations locales et celles mises en place, sur des thématiques communes, par des acteurs des sociétés civiles internationales.…

Au final, le FSM révèle la richesse du CCFD, de sa composition, de son projet, et de sa pratique, ici, en France et là-bas, dans les pays du Sud et de l’Est. La participation de membres du réseau et de la collégialité témoigne d’une association actrice de transformation sociale et engagée, avec ses spécificités, pour une mondialisation de la solidarité.

Des bénévoles engagés dans des actions de restitution
Depuis leur retour en France, les délégués du CCFD mettent en place de nombreuses animations qui témoignent de l’expérience vécue au FSM. Si vous souhaitez organiser une animation sur le FSM, n’hésitez pas à prendre contact avec eux. Par ailleurs, en partenariat avec le Secours Catholique, le CRID, le CCFD et les petits débrouillards, une vidéo a été réalisée sur le FSM de Nairobi. Elle constitue un bon outil pour une découverte du FSM. 

Et après ?
Un certain nombre d’interrogations ont été formulées à l’issue de ce septième événement FSM : comment étendre ce processus et permettre l’accès à cette grande rencontre internationale aux populations les plus pauvres, notamment celles habitant dans la ville d’accueil ? Comment organiser un événement à la fois financièrement équilibré et socialement et écologiquement responsable ? Sur place à Nairobi, des habitants des bidonvilles ont fortement interpellé les organisateurs est-africains sur le coût inabordable de leur participation à cet événement (coût d’inscription, nourriture, transport jusqu’au lieu du forum). Cette interpellation était nouvelle, puisque le FSM était avant tout une rencontre entre mouvements sociaux et organisations de base. Les organisateurs des prochains Forum devront sans doute envisager des solutions alternatives pour que les prochains événements soient plus facilement accessibles aux plus pauvres. A Nairobi, la réponse imaginée par les habitants a été d’organiser de nombreux débats au cœur même de leurs bidonvilles ; ce fut l’une des dimensions marquantes de ce FSM. 

Pour se donner du temps de réflexion, il a été décidé que le prochain événement global se tiendrait en 2009, dans une ville qui devra être choisie d’ici la fin de l’année. En attendant, il est prévu d’organiser en janvier 2008, pendant le forum économique de Davos, un grand nombre d’événements locaux, régionaux, thématiques partout dans le monde, pour continuer de rappeler à tous les décideurs économiques et politiques qu’il est possible de construire un autre monde, plus juste, où la personne humaine doit être au centre de tout processus de développement.

Pour le CCFD, ce forum se prolonge au travers de plusieurs initiatives. En premier lieu, par le relai que nous avons pu donner à des dizaines d’organisations africaines dans leur « Appel aux candidats à l’élection présidentielle », appel rédigé à Nairobi. Celui-ci est une interpellation très claire pour un changement radical de la politique de la France en Afrique, afin de poser de véritables bases pour leur développement. En second lieu, les débats du forum rejoignent ceux que nous voulons porter à l’occasion de l’élection présidentielle et législative de 2007. Les trois thématiques que le CCFD a choisi de porter feront écho aux problématiques abordées à Nairobi, que ce soit sur la nécessaire mise en place de règles commerciales justes, sur l’exigence d’une politique migratoire qui garantisse les droits des migrants, ou enfin pour une politique d’aide de la France véritablement au service de la lutte contre la pauvreté et pour la démocratie.

Nathalie Marzano
Directrice des études et du plaidoyer

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