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Publié le 24 janvier 2003

Lettre ouverte au Ministre des Affaires Etrangères de la République Française et au Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies

Paris, le 24 janvier 2003

L’accord conclu le 24 janvier [1] entre les négociateurs réunis à Marcoussis est porteur d’espoir pour une paix en Côte d’Ivoire.

Cependant, il faut rappeler que nulle part dans le monde le pouvoir politique n’est, ni ne doit être, l’apanage exclusif des partis politiques. C’est ainsi que nous demandons que les acteurs de la société civile indépendants des partis politiques soient reconnus formellement comme participants au processus de reconstruction d’une paix durable en Côte d’Ivoire.

Une paix durable ne peut en effet être envisagée qu’avec des fondements établis et acceptés par toutes les composantes d’une Nation.

La société civile de Côte d’Ivoire dénonce l’instrumentalisation par les hommes politiques des différences ethniques, régionales et religieuses et la manipulation des médias à des fins d’accaparement ou de conservation du pouvoir. Par ce biais, les leaders politiques prennent la population en otage.
Les acteurs de la société civile ont déjà à leur actif de nombreuses initiatives fédératrices en faveur de la paix, mais le contexte local actuel est tel que ces initiatives ne reçoivent que très peu d’échos dans les médias.

Pour donner une chance à une réelle construction de la paix dans les semaines et les mois à venir, nous recommandons en particulier :

  • La mise en place d’un organe indépendant, doté de pouvoirs pour sanctionner tout appel à la haine dans les médias.
  • La recherche de solutions aux problèmes économiques, aux questions de nationalité et de citoyenneté, étudiées pour toute la sous-région et non pas seulement pour la Côte d’Ivoire. Ceci permettrait de traiter par exemple : la question des flux migratoires, de la réciprocité des lois, du risque d’apatridie pour certaines populations immigrées installées depuis longtemps en Côte d’Ivoire.
  • L’affirmation forte du refus des situations d’impunité par la communauté internationale, pour tout ce qui concerne les violations des droits de l’Homme, en premier lieu les atteintes physiques aux personnes mais aussi la corruption.
  • L’identification et la dénonciation par la communauté internationale des trafics d’armes dans toute l’Afrique de l’Ouest.
  • La poursuite et l’amplification de la sensibilisation des populations locales à la culture de la paix et de la non-violence, meilleur barrage aux risques d’ affrontements identitaires, en développant des programmes tels que " la caravane de la paix ".

Cette lettre ouverte résulte de la concertation de très nombreuses organisations de la société civile de Côte d’Ivoire et de la société civile française. Elle a été rédigée à l’issue d’une rencontre-débat qui s’est tenue à Paris le jeudi 23 janvier 2003 réunissant des représentants des organisations suivantes :

  • La Convention de la Société Civile Ivoirienne
  • Le Groupe d’Etudes et de Recherches sur la Démocratie et le Développement Economique et Social - CI (GERDDES-CI, membre et porte-parole du Collectif de la Société Civile pour la Paix)
  • La ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme
  • Le Mouvement Ivoirien des Droits Humains
  • Le Réseau Ivoirien des Organisations Féminines
  • L’Association des Scouts de Côte d’Ivoire

Le Collectif français " Côte d’Ivoire, prévenir le pire ", en particulier les organisations suivantes :

  • Coordination SUD (collectif d’ONG françaises de solidarité internationale)
  • La Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme
  • La Ligue française des Droits de l’Homme
  • L’association Survie
  • Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement
  • La Fédération Artisans du Monde
  • ATTAC
  • Le Secours Catholique- Caritas France

[1L’accord stricto sensu ne fait pas mention de la répartition des portefeuilles ministériels dont les auteurs de cette lettre n’avaient pas connaissance au moment de sa rédaction.

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