Noël contre la faim
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Publié le 3 juin 2008

« Nos seuls droits : se taire et travailler »

« Je m’appelle Antonio Carlos Queiroz Nunez. J’ai 32 ans. Je suis né dans l’état du Paraïba, dans le Sertao, la région de la Sècheresse au Brésil. Même si tu veux cultiver la terre, là-bas rien ne pousse. C’est pour ça que pendant des mois, les hommes partent couper la canne. Dans les villages, il ne reste plus que des femmes, des enfants et des vieux. D’ailleurs, les femmes de mon village, on les appelle « les veuves des maris vivants. »

Pour nous, les hommes, couper la canne à sucre, c’est dur, mais ça représente le seul moyen de gagner pas mal d’argent. Moi, suivant les jours, je coupe 12 tonnes de canne et je gagne jusqu’à 750 reais par mois (280 €).

Le rythme, c’est cinq jours de travail, un jour de repos. Le matin, on commence à couper à 6 heures, et on travaille jusqu’à 17 heures. Des fois, on reste plus longtemps car certains n’ont pas terminé. Dans ces cas-là, chacun aide un peu pour ne pas rester trop tard.

Comme on vient tous d’autres états du Brésil et que nos familles sont loin, tout le monde s’entraide. On est logés par groupe de dix personnes dans un dortoir à l’entrée de la fazenda. Comme il n’y a pas d’autres distractions, le soir, on se réunit devant la maison pour jouer aux dominos.

Personnellement, je vais très rarement dans le village à côté, car les habitants n’aiment pas trop voir des étrangers. Ils pensent qu’on leur vole le travail. Moi je crois que s’ils ne travaillent pas, c’est parce que c’est trop dur ! Sinon, pourquoi on nous ferait venir de si loin ? Les gens, ils critiquent mais je peux vous dire que couper la canne sous 40 ° degrés, c’est épuisant. J’en ai même vu vomir, tellement ils étaient fatigués !

En tout cas, personne ne se plaint jamais. Même quand on se blesse ou qu’on est malade, on ne dit rien. De toute façon, il faut vraiment tomber par terre ou se couper gravement pour que le docteur nous permette de nous arrêter.
Les syndicats ? J’en ai jamais vu ! Les seules personnes qui nous aident quand on a besoin c’est la Pastorale des Migrants. C’est même par eux que j’ai appris qu’il existait un texte qui défendait nos droits (ndlr : convention collective des coupeurs de canne à sucre).

En fait, le seul droit qu’on a, c’est de se taire et travailler. J’ai appris qu’un syndicat (ndlr : Fédération des Travailleurs Agricoles de l’Etat de Goais – FETAEG) demande que soit créé un salaire minimum (450 reais.)
Moi, je suis pour, mais je veux continuer à être payé au rendement, car c’est la seule manière de gagner suffisamment d’argent. »

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