Publié le 15 octobre 2013

Tous les investissements… même s’ils ne contribuent pas à la sécurité alimentaire ?

La sécurité alimentaire, notamment dans les pays du Sud, a été mise en danger au fil des siècles par des types de cultures ou des pratiques nuisant à l’environnement, physique mais aussi culturel, social et économique des populations.

La disparition de certains types de semences traditionnelles illustre notamment les impacts liés au choix de modèles agricoles intensifs en capitaux et technologies, et maîtrisés par quelques grands acteurs de l’agroindustrie. Le débat aujourd’hui est ouvert dans certaines régions du monde sur les impacts positifs et négatifs attendus de certaines productions : agrocarburants, OGM, semences hybrides… Mais les questionnements liés peinent à atteindre les sphères internationales. Même quand un fervent opposant, comme la France concernant les OGM, est autour de la table de négociations…

Nouvelle Alliance : distribution d’OGM et semences hybrides
La Nouvelle Alliance promeut aujourd’hui l’utilisation massive d’intrants ou des organismes génétiquement modifiés puisque les multinationales Monsanto, Cargill ou Syngenta sont aujourd’hui engagées à développer des projets dans plusieurs pays. Cargill doit ainsi « distribuer gratuitement un million de semences de nouvelle génération » à des agriculteurs ivoiriens [1] ; Du côté de Monsanto, grâce à un engagement de 50 millions de dollars au cours des dix prochaines années dans plusieurs pays d’Afrique Centrale et de l’Est, il est prévu l’ « introduction de 3 à 5 nouvelles semences hybrides de maïs appropriés pour la Tanzanie [2] » et libres de droit pour les premières années. Les projets des acteurs leaders du secteur des semences représentent 23% des projets annoncés par des entreprises internationales pour les six premiers pays de la Nouvelle Alliance.

A rebours des débats qui peuvent traverser nos sociétés occidentales sur le modèle agricole, énergétique, de consommation, et sur l’impact environnemental, les dynamiques actuelles d’investissement ne semblent donc avoir aucune limite en termes de secteurs d’activité, ni modifier leurs modalités de production. On aurait pu croire que, se plaçant dans une perspective de développement, de sécurité alimentaire, et même de développement durable, certains secteurs ou certaines pratiques seraient exclus.


Promotion d’agrocarburants à grande échelle : quel développement pour qui ?

L’argent du développement remplit aussi parfois les réservoirs de nos 4x4 avec des agrocarburants. Ainsi en 2009, la Société financière internationale (groupe Banque Mondiale), la Corporation interaméricaine d’investissement et trois autres institutions de financement du développement européennes (DEG et FMO et AFD-PROPARCO [3] à hauteur de 14 millions de dollars) ont participé au financement de Pantaleon, géant guatémaltèque et centre-américain du sucre et de l’éthanol [4].
Ce projet vise à soutenir le développement de l’outil industriel du holding, par ailleurs grand consommateur de terres. Ce dernier est en effet aux mains d’une des plus grandes familles de propriétaires terriens dans un pays que l’on peut qualifier de « Golfe persique des agrocarburants [5] ». Ainsi, tout en affirmant s’inscrire dans le cadre de son mandat en Amérique Latine, qui consiste à soutenir une croissance verte et solidaire, PROPARCO prend sa part dans le développement du business des agrocarburants… Comment ces institutions qui ont un mandat de développement, mesurent-elles le risque que cela ne provoque encore plus d’accaparements de terres et ne nuise à l’agriculture familiale vitale pour des milliers de petits paysans locaux ?
Le débat sur les agrocarburants fait rage tant au niveau européen qu’international , et les impacts négatifs de cette filière de production sur la sécurité alimentaire au Sud reconnus par un nombre croissant d’acteurs. Cependant, aucune des agences européennes de développement n’a à ce jour exclu la production d’agrocarburants industriels de ses activités, ni même semble-t-il renforcé la procédure de gestion des risques sociaux et environnementaux pour les projets concernant ce secteur.

Peut-on espérer que le groupe AFD prenne mieux ce risque en compte, dans la suite des décisions européennes et internationales ? Il semble en tout cas que l’institution souhaite aller vers plus de cohérence avec les positions défendues par la France sur ce sujet à l’international comme le montre certaines avancées sur les OGM ou la déforestation à l’occasion de la révision récente de plusieurs cadres d’intervention sectoriels de l’Agence.

[1Cadre de Coopération de la Nouvelle Alliance – Cote D’ivoire – p11

[2Cadre de Coopération de la Nouvelle Alliance – Tanzanie – p13

[3DEG : Allemagne , FMO : Hollance, AFD-PROPARCO : France

[4Fiche projet PROPARCO - Développer la production d’énergies renouvelables à partir du sucre de canne - http://www.PROPARCO.fr/Accueil_PROPARCO/Activite/Projets_PROPARCO/Tous-les-projets/Guatemala-2009-Agro-et-cogeneration-Pantaleon

[5Selon l’image que John Vidal appliquait dans un article du Guardian à l’Afrique du Sud – The looming food crisis, août 2007 – http://www.theguardian.com/environnement/2007/aug/29/food.climatechange

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