Publié le 1er avril 2015

Aurait-on oublié l’humain ?

Deux récits de la mondialisation économique coexistent. Un récit honteux lui attribue tous les maux de notre humanité – explosion des inégalités, guerres, impuissance du politique, destruction de l’environnement… Un récit heureux voit dans les échanges et les investissements internationaux les moteurs de la croissance mondiale, les leviers du développement vertigineux des pays émergents. De fait, en Chine, la part de la population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour * est passée de 60 % en 1990 à 12 % en 2010. Mais les pays qui accueillent les investissements étrangers ne recueillent pas toujours les bénéfices escomptés (emploi, technologies, impôts…).

Quand les droits sont bafoués

Quel que soit le regard que l’on porte, bien des pratiques de certaines multinationales nous interrogent. Certaines heurtent notre conscience. Si ce visage sombre de la mondialisation ne doit pas en occulter les bienfaits, il exige de nous, chrétiens, que l’on s’y arrête.
Le 24 avril 2013, au Bangladesh, un bâtiment de huit étages s’est effondré, tuant 1147 personnes, la majorité ouvrières du textile. Dans des conditions indignes, celles-ci travaillaient pour les sous-traitants bangladais d’entreprises occidentales. Après être sorties, la veille, par crainte d’un effondrement, elles avaient été contraintes d’y retourner, devant la menace d’un licenciement. Dans les décombres, les étiquettes de marques familières et parfois françaises… Un an plus tard, ce sont les crevettes importées de Thaïlande par nos supermarchés qui font la « une » : une partie de la main-d’œuvre de la filière y est réduite en esclavage.
À Madagascar, en 2009, le président a été déchu de ses fonctions après avoir voulu céder à une entreprise sud-coréenne 1,3 million d’hectares de terres agricoles (cinq fois la superficie du Luxembourg). Mais, partout dans le monde, l’accaparement des terres par des États, des entreprises étrangères et des fonds spéculatifs continue.
En Colombie comme en Indonésie, des communautés sont délogées de leur territoire de vie pour faire place aux palmiers à huile. Une monoculture qui alimente la déforestation, appauvrit durablement les sols, et fait concurrence à l’agriculture paysanne.
Certaines activités peuvent choquer plus encore : exportation de déchets toxiques à Abidjan, tolérance de certaines banques pour l’argent du crime organisé, achat de minerais à des groupes armés de l’Est du Congo pour fabriquer nos téléphones portables...

Une dérive systémique ?

Où est passé l’humain et le respect de la Création ? Le droit est-il seulement respecté ? A-t-on consulté les populations qui vivent sur le territoire ? L’État d’accueil les protège-t-il, y compris les minorités ? Est-il en capacité de le faire face à des opérateurs mondiaux ? Ces derniers ont-ils identifié les risques de violations des droits afin de les prévenir ou d’y remédier ? Si non, peut-on les tenir responsables, et devant qui ?
Depuis 2005, plus de la moitié des principales entreprises cotées en bourse en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France ont été mises en cause dans des controverses sur les droits humains (incluant dommages environnementaux, corruption et scandales fiscaux) . Aux militants qui, au Mexique, revendiquent la liberté syndicale dans la sous-traitance informatique, on rétorque par la menace de délocaliser les dizaines de milliers d’emplois concernés vers la Thaïlande…
C’est cette dimension systémique que dénonçait Jean-Paul II en 1999 : « Les institutions financières et les entreprises transnationales se renforcent, au point de subordonner les économies locales, surtout en affaiblissant les États qui paraissent chaque fois moins capables de mettre en avant des projets de développement au service de leurs populations. Les industries d’extraction internationales et l’agro-industrie, très souvent, ne respectent pas les droits économiques, sociaux, culturels et l’environnement des populations locales. Elles n’assument pas leurs responsabilités » (Ecclesia in Asia).

Questions pour un partage :
• Dans la chaîne d’approvisionnement du textile ou des crevettes, qui tenir responsable des dérives ou des dommages avérés ? Quel rôle peuvent avoir les organes de vérification et qui les mandate ?
• « Il est bon que les personnes se rendent compte qu’acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral », Benoît XVI, CV 66. En tant que consommateur, suis-je informé des conditions de production de ce que j’achète ?

* L’usage de cet indicateur et la qualité des statistiques font toutefois débat.

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