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Publié le 21 janvier 2016

Le dialogue interreligieux : « Une nécessité vitale »

À quoi peut donc servir le dialogue interreligieux ? Devant la violence commise au nom de la religion à travers le monde, n’est-ce pas une perte de temps ? Pire, une illusion ? Mais la résignation n’a jamais été porteuse de vie. Tous ceux qui sont engagés dans le dialogue interreligieux (que ce soit dans la rencontre spontanée la plus simple, l’engagement commun au service du bien de tous, le partage de l’expérience spirituelle ou la réflexion théologique entre spécialistes) savent bien que leurs initiatives ne vont pas changer la face du monde du jour au lendemain. Mais ils sont convaincus dans le même temps que ce dialogue est un préalable, une condition nécessaire pour dépasser les clichés et les malentendus, découvrir la richesse d’autres traditions, guérir des mémoires blessées…

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Une question de vie ou de mort !

Le dialogue interreligieux, a répété plus d’une fois Benoît XVI, n’est pas une option mais une « nécessité » imposée par les circonstances présentes d’un monde de plus en plus multiconfessionnel. Une nécessité qu’il qualifiait de « vitale »…

Autrement dit, le dialogue interreligieux est une question de vie ou de mort ! Il est aussi nécessaire à la vie que le pain. Pour vivre, l’Homme a besoin d’échanges qui peuvent aller jusqu’à un partage sur l’expérience de la transcendance. Se risquer au dialogue est une manière d’exprimer à l’autre combien on le respecte en recevant de lui ce qui lui importe le plus et en lui confiant ce qui nous tient à cœur.

Rien d’étonnant donc que les chrétiens soient des promoteurs acharnés de ce dialogue qui découle de leur conception de l’homme mais aussi d’un Dieu qui, pour s’adresser à l’humanité, parle à l’autre et à travers l’autre.

Et puisque notre vie de foi se déploie désormais dans des sociétés pluriconfessionnelles, nous devons nous demander ce que Dieu nous dit en nous faisant vivre dans un monde – qui est le sien – où prennent place diverses religions.

Cette nouvelle configuration, il faut le reconnaître, peut générer des peurs et des crispations dans des pays où le christianisme a longtemps été la religion dominante, voire en situation de quasi-monopole.

Mais la foi chrétienne reconnaît que la foi des autres nous importe, ne serait-ce que par respect des autres croyants, et nous est même utile pour approfondir notre connaissance de Dieu qui est toujours partielle, incomplète, et toujours susceptible de perversion…

« Nous connaissons en partie », écrit saint Paul aux Corinthiens dans son hymne à l’amour (1 Co 13, 9). Plus près de nous, le Concile Vatican II souligne que nous pouvons trouver des signes de la vérité révélée par le Christ dans les autres religions.

Ils sont comme des pierres d’attente : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes. » (Concile Vatican II, Nostra aetate, § 2).

Le dialogue nous permet de mieux nous connaître nous-mêmes en même temps que nous grandissons dans la connaissance de l’autre. Sans jamais prétendre pouvoir le comprendre totalement…

« Une religion, une foi qui n’est pas en quête de Dieu mais qui prétend le posséder, est une religion, une foi absolutiste, idolâtre, malade, à vrai dire démoniaque, destructrice de foi et, partant, de vie. L’aptitude au dialogue est un signe de santé de la foi, l’inaptitude au dialogue un signe de maladie de la foi », écrit Gérard Siegwalt [1].
En cela, le dialogue est le premier remède contre le fanatisme et l’extrémisme. Car « beaucoup de choses humaines, trop humaines, peuvent s’insinuer dans notre compréhension de Dieu », écrit encore le théologien protestant. Le dialogue est ainsi une manière de cheminer vers et dans la vérité.

Le dialogue interreligieux permet un chemin de vérité

Certains peuvent avoir peur d’une telle démarche, comme si elle relativisait la vérité chrétienne. Mais cette vérité est d’abord une personne. « Je suis la vérité », dit Jésus (Jn 14, 6).

Et c’est précisément à cause de Celui qui est vérité et s’est plus d’une fois émerveillé de la foi de ses interlocuteurs quand bien même ceux-ci semblaient éloignés de la foi d’Israël, que les disciples du Christ ont à se faire des promoteurs du dialogue interreligieux. Et comme Jésus, ils doivent le faire d’une manière totalement désintéressée.

« Le dialogue n’est pas la conséquence d’une stratégie ou d’un intérêt, mais c’est une activité qui a ses motivations, ses exigences et sa dignité propres. (…) Le dialogue est un chemin vers le Royaume et il donnera sûrement ses fruits, même si les temps et les moments sont réservés au Père », lit-on sous la plume de Jean-Paul II dans son encyclique Redemptoris missio (§ 56.57).

Accepter cela, c’est accepter une certaine gratuité, mais c’est aussi accepter la surprise, l’imprévisible au cœur de toute relation. C’est accepter que l’autre a aussi quelque chose à nous apprendre au sujet de Dieu, quelque chose qui peut nous inviter à approfondir notre propre tradition.

C’est aussi reconnaître que le dialogue peut déboucher sur des points de divergences, peut-être irréductibles, au moins d’un point de vue humain. Ces possibles divergences font partie du dialogue et sont à endurer comme telles. Encore faut-il savoir les nommer, en les plaçant devant Dieu, devant la vérité, dans l’attente du retour du Christ qui est la vérité.

Le dialogue interreligieux n’est rien d’autre qu’un long pèlerinage vers la vérité. Tous les croyants et les chercheurs de l’Absolu sont dès lors conviés à scruter le mystère de Dieu et de l’humain à la lumière de leurs traditions et sagesses respectives pour discerner les valeurs capables d’illuminer les hommes et les femmes de tous les peuples, quelle que soit leur culture ou leur religion…

Un pèlerinage vers la vérité à vivre dans la foi : « Nous le croyons, Dieu bénira nos initiatives si elles concourent au bien de tous ses enfants et si elles leur donnent de se respecter les uns les autres, dans une fraternité aux dimensions du monde.

Avec tous les hommes de bonne volonté, nous aspirons à la paix. C’est pourquoi je le redis avec insistance la recherche et le dialogue interreligieux et interculturels ne sont pas une option, mais une nécessité vitale pour notre temps. » [2]

Dominique Greiner, assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix

Dans la presse

Le quotidien La Croix s’associe à la Campagne de carême du CCFD-Terre Solidaire en publiant chaque semaine du 10 février au 13 mars 2016, une initiative choisie parmi les actions des partenaires du CCFD-Terre Solidaire.
Du 10 février au 13 mars 2016. la-croix.com

[1Gérard Siegwalt, Le défi interreligieux. L’Église chrétienne, les religions et la société laïque, Cerf, Paris, 2014

[2Discours du pape Benoît XVI aux membres fondateurs de la Fondation pour la recherche et le dialogue interreligieux et interculturels, 1er février 2007.

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