Dans l’œil de Zoé, accompagner nos partenaires birmans malgré la guerre

Publié le 09.04.2026

Comment accompagner nos partenaires locaux quand on ne peut plus se rendre dans leur pays ? C’est l’épineuse question à laquelle doit répondre Zoé Dunant*, salariée au CCFD-Terre Solidaire. Elle raconte ses interrogations et ses solutions, le tout assorti des photos qu’elle a prises depuis la Thaïlande où elle se rend pour suivre nos partenaires birmans.

*Pour des raisons de sécurité, le nom de la chargée de mission a été modifié

« Dans l’œil de » est une série du CCFD-Terre Solidaire. Égypte, République Dominicaine, Serbie… Nos salariés parcourent le monde pour rencontrer nos partenaires et porter nos combats pour la solidarité internationale. A travers leurs clichés spontanés, pris à l’appareil photo jetable, ils et elles vous emmènent découvrir l’envers du décor. Découvrez tous les épisodes

En Birmanie, une situation critique pour les défenseurs des droits

Depuis le 1er février 2021 et le coup d’Etat militaire, la Birmanie est coupée en deux. D’un côté, dans les territoires contrôlés par la junte, la société civile fait face à une répression constante et aux risques d’arrestation et d’emprisonnement. De l’autre, les zones où se trouvent la résistance sont régulièrement bombardées par la junte qui est accusée de crimes de guerre. Les discours critiques envers la résistance n’y sont pas non plus conseillés. Dans les deux cas, l’économie est exsangue. La grande majorité des Birmans et Birmanes vit aujourd’hui en situation de pauvreté.

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La moitié de la population birmane vit sous le seuil de pauvreté selon l’ONU.

3,6 millions

Fin 2025, on comptait 3,6 millions de personnes déplacées dans le pays.

Depuis 2021, plusieurs de nos partenaires sont décédés du fait de leur activité militante.

Zoé Dunant, chargée de mission au CCFD-Terre Solidaire

☞ Lire aussi : Birmanie : 6 mois après le séisme, le témoignage de notre partenaire Info Birmanie

Vivre sous une dictature ou sous les bombardements ? Pour nos partenaires birmans, qu’ils soient engagés pour les droits humains ou l’agroécologie, le dilemme se pose. Une troisième option existe : quitter le pays.

Mais pour celles et ceux qui ont choisi l’exil, la Thaïlande voisine est loin d’être un eldorado. Le pays ne reconnaît pas le droit d’asile et les Birmans y sont confrontés à la précarité et à la stigmatisation dans un contexte de nationalisme exacerbé.

Ne pas mettre nos associations partenaires en danger

Malgré la dictature et la guerre, le CCFD-Terre Solidaire continue de soutenir les associations locales qui œuvrent en Birmanie. Pour ne pas mettre en danger nos partenaires restés sur place, nous ne pouvons partager ni leur nom ni l’organisation pour laquelle ils et elles travaillent. L’absence des visages sur les photos prises par Zoé reflète cette prudence.

Être identifié par la junte comme une personne militante, c’est risquer d’être associé au mouvement révolutionnaire et donc d’être arrêté. Après le séisme de l’année dernière, l’un de nos partenaires a organisé des distributions alimentaires pour les personnes sinistrées, cela lui a valu un emprisonnement. Le régime militaire fait tout pour couper les liens de solidarité et isoler les Birmans.

Pour ces mêmes raisons, il est impossible pour Zoé de se rendre sur place. Alors comment poursuivre l’accompagnement partenarial tout en étant coupée du terrain ?

Notre partenaire Spirit in Education Movement/INEB fait de certains temples bouddhistes en Thaïlande des lieux où les jeunes Birmans peuvent recevoir une éducation.
Temples bouddhistes à Chiangmai (à gauche) et Mae Sot (ci-dessous)

Un accompagnement sans pouvoir aller sur place

D’abord, les technologies du 21e siècle ont l’avantage de permettre les appels en visio avec les partenaires. Dans les années 1980, quand le CCFD-Terre Solidaire a commencé à travailler avec des organisations birmanes et que l’accès au pays était interdit y compris aux touristes, c’était une autre histoire. Malgré tout, les nombreuses coupures Internet compliquent les communications.

☞ Lire aussi : En Thaïlande, des petites poches de Birmanie dans l’exil

C’est pourquoi Zoé se rend régulièrement en Thaïlande, à la frontière avec la Birmanie, pour rencontrer les activistes exilés qui continuent leurs activités à distance. Des associations travaillant à la frontière parviennent aussi à rejoindre la rive thaïlandaise le temps d’échanger ou pour se reposer.

Depuis février 2024, il devient de plus en plus difficile pour les jeunes de sortir même ponctuellement de la Birmanie. La junte impose une circonscription obligatoire de deux ans pour les hommes comme pour les femmes, et ceux qui souhaitent traverser la frontière sont suspectés de vouloir y échapper.

Ces déplacements en Thaïlande sont aussi l’occasion de rencontrer d’autres organisations birmanes et de se forger une compréhension plus fine des partenaires et du contexte birman.

Les villes où s’est rendue Zoé lors de sa dernière mission, dont Mae Sot, à la frontière birmane.

Une opportunité de rééquilibrer les relations

Pour Zoé, l’impossibilité de se rendre sur le terrain n’a pas que des désavantages.

Finalement, pourquoi c’est toujours nous organisations du Nord qui nous rendons “sur le terrain” pour voir ce que font les organisations du Sud ? Le fait de ne pas avoir accès au terrain amorce un rééquilibrage de la relation partenariale.

Un constat partagé par d’autres salariés du CCFD-Terre qui, pour des raisons de sécurité ou de refus de visas, sont eux aussi confrontés à des difficultés pour se déplacer dans les pays où ils suivent l’action des partenaires. Leur métier évolue, la façon de le faire aussi. Parmi les pratiques qui émergent : renverser le sens des déplacements.

On encourage de plus en plus la venue des partenaires en France. Ces visites permettent de mieux les connaître. Les rencontres avec des acteurs locaux sont toujours très riches !

Cinq ans après le coup d’Etat, malgré la répression, la fatigue et les bombes, la société civile s’adapte et poursuit son combat. A l’image de ce partenaire spécialisé dans l’agroécologie qui a réorienté ses actions pour nourrir la population birmane dans un contexte de forte inflation. Car fournir des moyens de subsistance, c’est déjà faire de la résistance.

Photo de couverture : à Mae Sot, un salon de thé où se retrouvent les membres de la communauté birmane. Ce lieu où sont organisées différentes activités n’est pas fréquenté par les personnes les plus à risque car en y allant, on affiche son soutien au mouvement pro-démocratie.

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