En Bosnie-Herzégovine la Republika Srpska joue avec le feu

Publié le 22.03.2022| Mis à jour le 01.07.2022

En décembre dernier, le président de l’entité serbe de la Bosnie-Herzégovine, Milorad Dodik a fait un pas vers la sécession. Au risque d’exacerber les tensions entre communautés et de susciter l’éclatement du pays, 26 ans après la signature des accords de Dayton qui avaient permis de mettre fin à la guerre civile [avril 1992-décembre 1995].

Aeksandar Zolja, directeur de l’Assemblée des citoyens Helsinki, une ONG de défense des droits humains partenaire du CCFD-Terre Solidaire, ne mâche pas ses mots. « Depuis les accords de paix, les années électorales en Bosnie-Herzégovine ont toujours été propices à la rhétorique nationaliste, mais cette fois-ci, nous avons dépassé les limites. »

En témoignent les incidents au sud de la Républika Srpska entre communautés avec le retour de Bosniaques de confession musulmane dans leur région d’origine ; ou, à l’Est, avec de jeunes nationalistes terrorisant la population. Et le coup de force de Milorad Dodik, président de l’entité serbe (voir encadré), qui, après avoir fait adopter un processus de retrait des institutions de l’État fédéral par son Parlement le 10 décembre dernier, a fait voter, deux mois plus tard, les textes permettant leur mise en œuvre, notamment dans les domaines de la défense, de la justice et de la fiscalité. Un pas vers une pro­chaine sécession aux conséquences imprévisibles si la procédure engagée allait jusqu’à son terme…

Comment imaginer en effet que l’équilibre plus que précaire entre Serbes, Croates et Bosniaques résisterait à un tel tremblement de terre, ravivant des plaies toujours pas cicatrisées ? D’autant que l’élément déclenchant de ce nouvel accès de fièvre est le refus de l’homme fort de Banja Luka de reconnaître le génocide de Srebrenica où 8 000 Bosniaques ont été massacrés. Quatre jours avant le vote, le haut représentant international en Bosnie-Herzégovine, garant de la paix, avait interdit par décret la glorification des criminels de guerre, qui devait être un des temps forts du 30e anniversaire de la Republika Srpska.

Le pays se vide de ses forces vives

Aujourd’hui – même si le président de la Republika Srpska fait de la surenchère en exigeant la suppression de toutes les lois adoptées depuis les accords de Dayton –, l’angoisse d’entendre à nouveau des bruits de bottes semble s’éloigner…

« Les dernières déclarations de Dodik ne sont pas vraiment prises au sérieux : à huit mois des élections, c’est de l’agitation destinée à détourner les électeurs, du marasme économique, à mobiliser son camp et à se sauver lui-même, car il pourrait bien finir devant la justice », indique Aleksandar.

Signe de la relative indifférence de la population : celle-ci n’est pas descendue dans la rue. « L’échec en 2015 des rassemblements massifs de la société civile qui dénonçaient la corruption, le blocage des institutions, ont renforcé l’idée qu’on ne pouvait pas transformer le pays », poursuit le défenseur des droits de l’Homme. L’espoir né il y a quatre ans, quand la population s’était mobilisée à la suite des violences commises contre un jeune Bosniaque dans des circonstances jamais élucidées, a lui aussi été de courte durée. « La situation est de pis en pis et la pression s’accroît sur les ONG qui, en Republika Srpska, doivent maintenant déclarer les fonds qu’elles reçoivent de donateurs internationaux, soupire le responsable. La seule solution que les gens entrevoient est de fuir le pays. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à passer à l’acte. »

Alors que le pays se vide de ses forces vives et que la dérive autoritaire du régime de la Republika Srpska s’accentue, la communauté internationale est aux abonnés absents. Les hauts représentants internationaux censés aider le pays pendant une période de transition se succèdent sans avoir le moindre impact sur son évolution. Si bien qu’ils font l’objet d’un rejet unanime chez les partisans de Dodik s’offusquant « du pouvoir colonial », comme chez ses opposants. « Le véritable problème c’est la mollesse de l’Union européenne qui devrait davantage hausser le ton », lâche Aleksandar. Pas sûr que l’annonce par le président Macron d’un sommet entre les 27 et les Balkans occidentaux, dans le cadre de la présidence française de l’UE, soit de nature à apaiser sa colère…

Laurence Estival

Bosnie-Herzégovine : Une gouvernance complexe
Née des accords de Dayton (décembre 1995) qui avaient mis fin à la guerre intercommunautaire, l’organisation institutionnelle extrêmement complexe de la Bosnie-Herzégovine favorise les nationalismes et une forme de paralysie. Le pays est divisé en deux entités, la Republika Srpska, serbe, et la Fédération de Bosnie-Herzégovine, croato-bosniaque. L’État central fonctionne au moyen d’une présidence collégiale qui représente les trois populations. Milorad Dodik en est le représentant serbe depuis 2018.

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