Femmes et politique au Burundi : un long chemin vers l’égalité 

Publié le 05.06.2025| Mis à jour le 09.09.2025

Dix ans après le début de la grave crise politique qui a vu le projet démocratique s’effondrer, le Burundi entre dans une période électorale importante : élections législatives et communales le 5 juin 2025, puis sénatoriales le 23 juillet, et enfin collinaires le 25 août. Or, la question de la représentativité politique des femmes y apparaît comme un défi majeur.

Notre partenaire Tournons La Page international a participé à la rédaction d’un rapport faisant l’état des lieux de la participation politique des femmes au Burundi. Co-écrit avec le collectif Tournons La Page Burundi, Citoyennes, militantes, élues … mais invisibles !” analyse de manière transparente les multiples freins à leur émancipation politique : faible autonomie, poids des partis politiques, pressions culturelles et violences liées à l’engagement politique. Nous vous partageons ses principaux enseignements.   

Lexique  :

  • Élections communales : élection des conseillers communaux ou des maires  
  • Élections collinaires : élection des chefs de collines, en charge des décisions concernant les communautés locales à plus petite échelle  

La participation des femmes burundaises à la vie politique en 7 dates clés

1961 
1962
1993
2000
2005
2015
2025

Droit de vote des femmes burundaises

Indépendance du Burundi

Premières élections démocratiques (juin).

Début de la guerre civile burundaise (octobre, au moins 300 000 victimes). 

Accords de paix d’Arusha prévoyant une représentation minimale des femmes dans les institutions politiques. 

Fin de la guerre civile.

Adoption de la Constitution avec l’introduction de quotas de genre (30% de femmes dans les institutions législatives et exécutives : Sénat, Assemblée Nationale, gouvernement, ministères, ) et accession au pouvoir du CNDD-FDD (Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Forces pour la Défense de la Démocratie)

Élections présidentielles contestées et crise politique majeure marquée par des violences et la répression de l’opposition.

Série délections prévue en juin et août, avec des enjeux cruciaux pour la participation des femmes en politique.

Les femmes, grandes oubliées du paysage politique burundais ? 

Comme le souligne le rapport de Tournons La Page, les femmes, bien qu’actives dans la société civile, peinent à s’imposer dans les sphères politiques de haut niveau, où elles sont encore sous-représentées. 

A l’heure actuelle, les femmes occupent seulement 33% des postes de ministre. C’est encore moins dans les administrations provinciales. 

Beaucoup des obstacles à la participation politique des femmes sont liés à des enjeux socio-culturels plus profonds. Le manque de soutien institutionnel ou les normes patriarcales invisibilisant les femmes dans les processus décisionnels en font par exemple partie. 

Le rapport précise aussi que la société burundaise reste très marquée par l’importance de la sphère familiale, et notamment par l’idée que les filles devraient être “éduquées dans la perspective du mariage et de la maternité”. La communauté ne laisse pas non plus beaucoup de place à l’autonomisation financière des femmes.  

Cet héritage patriarcal n’a pas facilité l’engagement politique des femmes burundaises et renforce au contraire les stéréotypes qui pèsent sur elles. 

☞  Podcast : immersion au Burundi pour un atelier de « masculinité positive » 

La propriété foncière : symbole des inégalités persistantes 

Des textes juridiques garantissant pourtant les droits politiques des femmes

Le Burundi a ratifié plusieurs textes internationaux garantissant la participation politique des femmes. Citons notamment :  

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme, ratifiée par le Burundi en 1992 : celle-ci dispose que « Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans la vie politique et publique du pays ».

La Convention sur les droits politiques de la femme : ratifiée un an plus tard par le Burundi, en 1993, elle garantit l’égalité en termes de droit de vote, d’éligibilité à des postes publics et d’exercice de fonctions publiques au même titre que les hommes. 

La participation des femmes dans la vie politique est également garantie par les textes burundais. 

Ainsi, la Constitution du 7 juin 2018 déclare que « Tout Burundais a le droit de participer […] à la direction et à la gestion des affaires de l’État » et « Aucun burundais ne sera exclu de la vie sociale, économique ou politique de la nation […] ». 

Un contexte défavorable à la participation citoyenne

Depuis l’accession au pouvoir du CNDD-FDD en 2005, et encore plus depuis la crise politique de 2015 qui a vu le président de l’époque se maintenir au pouvoir en dépit de la Constitution, le paysage politique burundais est marqué par la répression politique : arrestations des voix dissidentes, fragmentation des partis d’opposition, absence de pluralisme politique. En témoignent les poursuites judiciaires à l’encontre du parti d’opposition historique, le FRODEBU (Front pour la démocratie au Burundi) ou la persécution de figures d’opposition politique. La société civile connaît elle aussi un bâillonnement : censure de la presse et des journalistes indépendants, disparitions forcées, fermetures d’ONG sur base d’accusations de soutien à l’opposition, stricte contrôle administratif et surveillance généralisée… Dans ce contexte politique miné, les femmes sont victimes d’une violence souvent multiforme entre un système politique masculin verrouillé, un climat de violence institutionnalisée et la répression des opposants qui frappe aussi les femmes engagées

Alors que le pays vit un moment fort de sa vie démocratique avec cette série d’élections, le rapport Citoyennes, militantes, élues … mais invisibles ! met en lumière les barrières à la participation politique des femmes burundaises et encourage une action collective pour surmonter ces inégalités.  

Dans leurs recommandations, les collectifs appellent le gouvernement burundais à favoriser l’inclusion des femmes dans les processus politiques. Ils incitent également les partis politiques et les organisations de la société civile à sensibiliser sur l’égalité femmes-hommes et à lutter contre les décisions discriminatoires. On retrouve par exemple des propositions pour un quota de 50% de femmes dans les institutions politiques, des programmes d’éducation civique sur l’égalité des genres ou encore une meilleure intégration de communautés autochtones marginalisées comme les Batwas

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Photos : Patrick Piro

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