Un avenir sans faim

Publié le 16.08.2012 • Mis à jour le 28.01.2013

En dépit de la politique israélienne d’occupation

L’Union européenne renforce ses relations avec Israël

Récemment, Tom Phillips, ancien ambassadeur britannique en Arabie Saoudite et en Israël déclarait, en parlant du conflit israélo-palestinien : « l’Union européenne a échoué au fil des années à traduire la clarté de ses déclarations en stratégie et tactiques opérationnelles, ou à utiliser son pouvoir potentiel en tant que plus important marché d’exportation et partenaire commercial d’Israël. ».

Environ un mois après le cinquième anniversaire du blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, le résultat du dernier Conseil d’Association UE-Israël qui s’est tenu le 24 juillet à Bruxelles, vient une fois de plus corroborer ce constat accablant.

Lors de cette réunion en marge du Conseil des ministres, l’UE a renforcé sa coopération dans 60 nouveaux domaines, en pleine contradiction avec sa condamnation des politiques israéliennes dans les territoires occupés. Bien que le renforcement politique des relations, dit « rehaussement », ait été formellement gelé après la guerre de Gaza de l’hiver 2008-2009, l’approfondissement de la coopération économique et technique suit désormais son cours. Qu’importe la manière dont Bruxelles nomme cette décision, le fait est que l’Union européenne ouvre de nouvelles opportunités avantageuses à Israël et ne conditionne aucune de ces évolutions au respect du droit humanitaire international et des droits humains.

Pendant des années, l’UE a misé sur une politique conciliante vis-à-vis d’Israël afin de l’inciter à davantage de respect du droit international et à desserrer l’étau de son occupation sur les Territoires palestiniens. Ceci n’a été qu’une illusion. Nos organisations partenaires palestiniennes et israéliennes nous alertent avec force sur l’impasse actuelle : l’occupation et les politiques et pratiques illégales qui l’accompagnent n’ont fait que se renforcer tout comme les discriminations vis-à-vis de la minorité palestinienne en Israël. Le blocus continue à séparer la Bande de Gaza du reste des territoires palestiniens occupés et empêche toute reconstruction suite à la guerre de 2008-2009. En outre, l’expansion des colonies illégales semble inéluctable en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Dans un tel contexte, un futur Etat palestinien serait réduit à des enclaves fragmentées, dépourvues de ressources naturelles essentielles et dans l’impossibilité de se développer malgré la perfusion économique internationale.

Ces faits ne sont que trop connus et lassants à force d’être ressassés. Pourtant ils constituent le lot quotidien d’une population étouffée, asphyxiée. Ils sont décrits de manière exhaustive par de nombreux rapports d’organisation de défense des droits de l’homme et de développement, par les Nations unies et par l’Union européenne elle-même. Tout comme le démontre les chiffres des infrastructures détruites par les opérations militaires israéliennes pendant la dernière décennie, qui se montent pour l’UE à près de 30 millions d’euros de projets d’aide financés. Les critiques des politiques israéliennes de la part de responsables européens se sont faites plus acerbes. Ainsi des rapports des ambassadeurs de l’UE dans les Territoires palestiniens occupés ont mis en évidence avec force les nombreuses violations : restrictions de circulation, démolitions de maisons, déplacements forcés, limitations sur les permis de construire palestiniens, violence des colons, etc. Et, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont indiqué dans les conclusions du Conseil de mai 2012 leur « préoccupation devant les développements sur le terrain, qui menacent de rendre la solution de deux états impossible ».

Comment interpréter alors la décision de l’UE de renforcer ses relations bilatérales avec Israël ? Par cette déconnexion entre ses déclarations et ses actes, l’UE mine son message sur l’occupation et le droit international. Bien plus, l’Union européenne se rend complice d’un soutien aux colonies : alors que l’UE limite l’application de ses accords au territoire d’Israël reconnu internationalement, Israël considère les colonies comme partie intégrante de son Etat. Israël applique les bénéfices de sa coopération bilatérale avec l’UE aux colonies illégales. Et l’Union européenne et ses Etats membres peinent à prendre des mesures effectives pour y faire face : des produits des colonies entrent toujours sur le territoire européen sous label israélien et des entreprises israéliennes basées dans les colonies continuent à bénéficier de subventions européennes.

Au-delà des mots, les leaders européens, s’ils envisagent sérieusement la construction d’une paix juste en Israël et en Palestine, ont le devoir et la possibilité d’envoyer un message fort : les violations du droit humanitaire international et des droits de l’homme sont inadmissibles. Le respect du droit est une condition du renforcement des relations avec Israël.

Emmanuelle Bennani-Caillouët
Chargée de mission Méditerranée au CCFD-Terre Solidaire

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