Laura Voinea : Faire entendre la voix des femmes roms de Roumanie

Publié le 03.03.2026| Mis à jour le 06.03.2026

A Mizil, dans le sud-est de la Roumanie, Laura Voinea défend les droits des femmes roms au sein de notre association partenaire E-Romnja. Un engagement intense mais nécessaire, qui lui a valu des menaces.

A l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, le CCFD-Terre Solidaire vous fait découvrir 5 portraits de défenseuses des droits humains. ☞ Retrouvez tous les portraits sur notre page dédiée.

Lorsque Laura a découvert E-Romnja il y a une dizaine d’années chez elle à Mizil, quelque chose l’a tout de suite frappée : “C’était nouveau pour moi que des personnes en dehors de la communauté s’intéressent à nos problèmes.” Laura n’a pas tardé à rejoindre l’association pour laquelle elle travaille désormais en tant que facilitatrice locale.

Son rôle : accompagner les femmes de la communauté rom de Mizil dans la défense de leurs droits et créer un pont entre elles et les autorités locales.

Une situation critique pour les Roms de Roumanie

La situation des Roms en Roumanie est critique. Du Moyen-Âge jusqu’en 1856, ils ont été réduits en esclavage. Aujourd’hui, ils et elles font face à une pauvreté massive et à des restrictions d’accès aux services essentiels.

La communauté rom en Roumanie subit beaucoup de racisme de la part des autorités publiques. Les femmes sont d’autant plus à risque que ce sont elles en général qui sont en contact avec les autorités locales et car elles portent des habits traditionnels, ce qui les expose davantage au racisme, mais aussi à la violence. Des femmes roms sont attaquées dans la rue.

Laura Voinea, facilitatrice locale d’E-Romnja

S’il ne fallait citer qu’un chiffre pour résumer les conséquences de ces discriminations sur les personnes roms, ce pourrait être celui-ci : leur espérance de vie est de 10 ans inférieure au reste de la population européenne.

☞ Lire aussi : 8 avril : Journée internationale des Roms

Le travail des facilitatrices locales d’E-Romnja est donc un vrai défi. Elles sont trois à Mizil dont Laura, et quatre autres à Valea Seacă et Bacău. A Mizil, Laura et ses collègues accompagnent plus de 250 personnes sur les 3000 que compte la communauté rom.

Ni eau, ni électricité, ni asphalte

A force de persévérance, le combat de Laura et d’E-Romnja porte ses fruits. Pendant longtemps, la communauté rom de Mizil était privée des infrastructures les plus basiques comme l’eau et l’électricité. Les chemins qui les reliaient à la ville étaient en si mauvais état que les ambulances et les pompiers ne pouvaient arriver jusqu’à elles.

Les personnes malades ou les femmes sur le point d’accoucher devaient donc rejoindre à pied une route éloignée pour que les véhicules d’urgence puissent les prendre en charge. En hiver, la situation devenait intenable lorsque la neige se mêlait à la boue. Les enfants arrivaient avec des vêtements sales à l’école, renforçant leur stigmatisation.

La lutte a payé et la communauté a fini par être reliée à l’eau et à l’électricité. Les routes ont été asphaltées.

Notre combat est venu à bout de ce problème et a permis de sensibiliser la population aux conditions de vie des personnes roms et à ce que ces conditions impliquent.

En parallèle des actions menées auprès des autorités locales, Laura et sa collègue Adelina organisent des ateliers pour “empouvoirer” – c’est-à-dire développer le pouvoir d’agir – des femmes de la communauté pour qu’elles connaissent leurs droits et qu’elles sachent comment les défendre. Au moment de la dernière élection présidentielle, E-Romnja a également mené des actions de sensibilisation sur TikTok pour sensibiliser aux dangers de l’extrême-droite.

☞ Lire aussi : Elections en Roumanie : La communauté rom contre l’extrême-droite

Laura, qui apparaît sur l’une des vidéos, a alors reçu une vague de messages haineux. L’équipe d’E-Romnja a été contrainte de retirer la vidéo pour la protéger, dans un contexte national de haute tension.

Zoom sur l’élection présidentielle en Roumanie : Fin 2024, le premier tour de l’élection présidentielle roumaine a dû être annulé en raison d’irrégularités et de soupçons d’ingérence russe, menée notamment via le réseau social TikTok. C’était le politicien d’extrême-droite Călin Georgescu qui était alors arrivé en tête. C’est finalement le maire de Bucarest conservateur et pro-européen Nicușor Dan qui est élu en mai 2025, même si l’extrême-droite reste très présente dans le pays.

Militer malgré les menaces

Ce n’était pas la première fois que Laura subissait des violences en raison de son engagement. En 2021, alors qu’elle participe à une manifestation qu’elle a organisée devant la mairie pour réclamer de meilleures infrastructures, elle est prise à partie par les policiers qui se montrent violents envers elle.

Malgré les menaces et les violences, l’engagement de Laura et d’E-Romnja ne faiblit pas. Elles continuent de se mobiliser pour défendre les droits des femmes roms, dans une société où ces dernières sont sans cesse stigmatisées.

Alors que l’interview arrive à sa fin, nous demandons à Laura si elle souhaite faire passer un message aux personnes qui suivent le travail du CCFD-Terre Solidaire. Elle nous répond dans un soupir : “C’est fatigant de devoir rappeler sans cesse que nous sommes nous aussi des êtres humains.”

Il est temps que les droits des personnes roms deviennent l’affaire de tous.

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