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Publié le 9 juillet 2015

La tentation des fausses solutions

Dans son discours aux mouvements populaires (octobre 2014), le Pape François déclarait : « Un système économique axé sur le dieu argent a aussi besoin de piller la nature pour soutenir le rythme frénétique de consommation qui lui est propre ». Les déséquilibres écologiques et les changements climatiques sont l’une des conséquences du modèle dominant de développement. Ce « modèle » mise sur un système économique marqué par la libéralisation des échanges et la globalisation des marchés, où les intérêts privés l’emportent souvent sur l’intérêt général et la logique d’exploitation des ressources naturelles et énergétiques n’est pas viable. Ce constat invite à un changement global du modèle de développement.

Un certain nombre de « solutions » sont avancées ces dernières années par les décideurs politiques et économiques au nom de la lutte contre le changement climatique.
Trop souvent, elles ne répondent pas à la radicalité du changement requis et à la nécessité absolue de redonner toute leur place aux populations locales et aux territoires, et de respecter la liberté de chaque peuple ou communauté de choisir sa voie.
C’est ce que désigne l’expression de « fausses solutions » utilisée par nombre d’organisations de la société civile.
Elle renvoie à une diversité de mobilisations : contre les OGM, les agro-carburants industriels, la finance et la compensation carbone, les grands barrages hydro-électriques, le charbon « propre », etc.

« Les grandes plantations productrices des matières premières comme la canne à sucre et la palme africaine se sont étendues de manière importante dans le pays. Avec l’arrivée massive d’entreprises nationales et internationales et la colonisation de leur territoire, les peuples indigènes se sont retrouvés cantonnés dans des « réserves » ; les familles paysannes se retrouvent quant à elles de plus en plus isolées, entourées de monocultures, et doivent affronter les dégâts environnementaux causés par ces plantations, avec des fumigations aériennes de pesticides qui contaminent la terre et l’eau ».
Tatiana Roa Avendano, coordinatrice générale de Censat Agua Viva, ONG colombienne partenaire du CCFD-Terre Solidaire, sur les conséquences de la promotion de la production d’agro-carburants en Colombie pour satisfaire la demande internationale

Se donner les moyens de discerner

Face aux solutions mises en avant, deux questions peuvent permettre de guider la réflexion.
Les « solutions » proposées permettent-elles de s’attaquer aux causes structurelles des changements climatiques ?

Prenons un exemple.
En 2014, plusieurs Etats, institutions internationales et acteurs non-gouvernementaux se sont engagés dans une « Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat ».
L’objectif affiché est, au travers d’une instance dédiée, de participer à la création d’un environnement politique et économique favorable au développement d’une agriculture compatible avec la lutte contre le changement climatique.
Mais, derrière cette ambition, se profile la caution apportée au modèle agro-industriel à grande échelle, intensif en capital, en intrants chimiques et en énergies fossiles, et aux « solutions » des grands acteurs privés de l’industrie agro-alimentaire (comme les Organismes Génétiquement Modifiés - OGM).
Or cette agro-industrie est la principale responsable des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole ; et les « solutions » de l’agro-business viennent mettre en danger les agricultures familiales paysannes, pourtant les plus pertinentes face au double défi climatique et alimentaire.
C’est un changement profond du modèle agricole qui est aujourd’hui nécessaire, en faveur de ces agricultures familiales et paysannes et du développement de pratiques agro-écologiques ancrées dans les territoires.

Les « solutions » proposées se sont-elles construites sur une base démocratique et en cohérence avec l’objectif de justice sociale ?

Prenons un autre exemple.
Le développement des agro-carburants industriels bénéficie de politiques de soutien, notamment en Europe au nom de la lutte contre le changement climatique dans le secteur des transports.
Pourtant, ces politiques menacent la sécurité alimentaire des populations du Sud. En effet, le schéma de production de ces agro-carburants (monocultures intensives à grande échelle et à vocation exportatrice) vient concurrencer – et souvent expulser- les agricultures familiales et les cultures vivrières locales.
Même l’intérêt « climatique » de ces politiques, qui contribuent à la déforestation, est questionné.
Peut-on accepter qu’une « solution climat » se traduise par une pression accrue sur l’environnement et à une violation des droits des populations locales ?
On parle ainsi de « fausses solutions » pour désigner cette multitude de projets imposés « d’en haut », dans un objectif de recherche de nouveaux marchés pour des grands acteurs privés du système économique mondialisé : elles ne sont pas pensées par et pour les populations locales.

Questions pour un partage  :
Comment déterminer qu’une pratique/politique mise en œuvre au nom de la lutte contre le changement climatique constitue une bonne ou une mauvaise solution ?
Quelles expériences vécues sur nos territoires pouvons-nous partager à ce propos ?

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