Publié le 13 août 2013

Une aberration écologique, humaine et financière

Projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Le 17 novembre 2012, plus de 30 000 citoyens et citoyennes dont de nombreux agriculteurs, ont manifesté publiquement leur ferme opposition au projet de construction de l’aéroport de Notre-Damedes-Landes qui menace directement, 2 000 hectares de terres agricoles près de Nantes. Retour sur les raisons de leur indignation.

Censé répondre aux problèmes de saturation et de sécurité de l’aéroport actuel, le projet de construction d’un gigantesque aéroport pour le Grand Ouest a été confié au groupe Vinci par l’État, avec l’appui d’élus locaux, dont l’actuel Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Cependant, ce projet est loin de faire l’unanimité et se heurte à une mobilisation ferme et pacifique d’agriculteurs, élus et citoyens. Pour tous ces opposants, il s’agit de défendre le travail des agriculteurs, de protéger un écosystème fondamental pour la biodiversité mais aussi d’attirer l’attention des citoyens français sur les phénomènes préoccupants que sont l’artificialisation des sols et l’étalement urbain.
Le projet d’aéroport menace en effet directement 2 000 ha de terres d’une biodiversité exceptionnelle, classés en ZNIEFF, ainsi que 90 km de haies. Ce projet impacte directement près de 80 exploitations agricoles dont une trentaine directement visée par l’expropriation. Il aura d’ailleurs fallu une grève de la faim de vingt-huit jours en mai 2012 pour faire stopper les procédures d’expropriation et faire accepter le fait qu’elles ne pouvaient avoir lieu tant que toutes les enquêtes publiques et recours n’avaient pas été épuisés. Or, suite à l’enquête publique Loi sur l’eau dont l’avis favorable rendu en octobre 2012 est largement modéré par de nombreuses réserves, les opposants ont saisi la commission des pétitions du Parlement européen pour non-respect de la Directive-cadre européenne sur l’eau.

Un département tous les sept ans

L’un des grévistes de la faim, Gilles Denigot, ex-conseiller général de Loire-Atlantique et membre actif du CEDPA, qui réunit en collectif depuis 2009 près de 1 000 élus, le rappelle : « Plus je me plonge dans ce dossier et plus je vois combien ce projet est une aberration écologique, humaine et financière ». Le budget est en effet estimé à 561 millions d’euros, dont la moitié sera à la charge de l’État et des collectivités locales. Aucune réserve n’est prévue pour d’éventuels dépassements (40 % en moyenne pour ce type de projet) et pour les accès ferroviaires envisagés. Le Cedpa estime que le coût total pourrait avoisiner les 3 milliards d’euros, sans pour autant pouvoir générer les 4 000 emplois promis. Dans le même temps, plus de 600 emplois agricoles seront détruits. Pour Gilles Denigot et tous les opposants au nouvel aéroport, avec l’équivalent d’un département en terre agricole qui disparaît tous les sept ans, c’est d’abord un choix de société qui est en jeu dans cette lutte. Avec une question à la clé : le plus grand risque demain est-il de manquer de surface pour les avions ou de manquer de surface pour produire notre nourriture ?

Thérèse Collinet

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