Bilan de la COP26 : six avancées insuffisantes

Publié le 16.11.2021 Mis à jour le 25.11.2021

Le pacte adopté par les 200 Etats participant à la COP 26 promet un réchauffement planétaire de 2,7°C à la fin du siècle. Bien loin de l’objectif de 1,5°C inscrit dans l’Accord de Paris. Éclairage avec Myrto Tilianaki qui représentait le CCFD-Terre Solidaire à Glasgow, pour défendre les intérêts des populations du Sud.

Bilan de la COP26 : six avancées insuffisantes

1- Réduction globale des émissions : le grand échec

Après l’Accord de Paris signé en 2015 à la COP21, les pays s’étaient donné jusqu’à la COP26 pour rehausser leurs engagements de réduction de gaz à effets de serre.

Peine perdue. Les efforts supplémentaires annoncés n’atténueront qu’à la marge le réchauffement, qui pourrait atteindre 2,7°C à la fin du siècle.

A Glasgow, une cinquantaine de pays sur 196 n’avaient pas encore amélioré leur copie de 2015.

Minuscule avancée : les pays se sont mis d’accord pour réviser leurs contributions plus fréquemment que tous les cinq ans, ce qu’avait décidé l’Accord de Paris.

2- Sortie des énergies fossiles : un début très timide

Pour la première fois, à Glasgow, une COP a envisagé la fin du pétrole et du charbon.

Mais à la dernière minute, l’Inde, soutenue par la Chine et l’Afrique du Sud, a obtenu un affaiblissement notable du pacte : au lieu d’une « disparition progressive » du charbon, l’accord n’appelle qu’à « intensifier les efforts vers sa diminution progressive » .

3- L’aide aux pays du Sud : l’égoïsme du Nord perdure

Après l’ouragan Mathew à Haiti
Après l’ouragan Mathew à Haiti

Les pays riches, émetteurs historiques du CO2 responsables du réchauffement climatique, ont encore calé sur le principe d’accorder des compensations aux pays du Sud.

Les populations des pays du Sud, historiquement non responsables des émissions, sont pourtant en première ligne face aux dégâts déjà constatés : canicules, ouragans, inondations, sécheresses…

Face à cette injustice climatique, les pays riches avaient accepté en 2009 d’aider les pays pauvres à affronter dans la durée la crise climatique, à raison de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Mais avec 83 milliards on n’y est toujours pas. [1]

4- Méthane, déforestation… : de nombreuses annonces en parallèle des négociations, mais pour quelle portée ?

La COP26 a été le théâtre d’une multitude d’engagements volontaires lancés par plusieurs coalitions dans différents secteurs :

- Un groupe d’une trentaine de pays et d’institutions financières a déclaré qu’il ne financerait plus les énergies fossiles à l’international, à partir de 2022.
La France s’y est ralliée in extremis, avant que Bercy ne précise dans les heures suivant l’annonce que cela ne changerait rien aux financements en cours…

- Le méthane : 105 pays ont annoncé leur réduction d’émissions de 30 % d’ici à 2030. Ce gaz à effet de serre, dont l’élevage industriel est l’un des plus grands responsables, contribue au quart du dérèglement climatique. Malheureusement, des pays ayant un important secteur de l’élevage n’ont pas rallié cette coalition (comme le Canada, l’Argentine ou la Nouvelle Zélande) [2].

A noter que seul l’espace de gouvernance onusien assure une participation de tous les Etats et le principe d’un partie/une voix.

5- Article 6 : Une prise de conscience du danger de la compensation carbone

Parmi les chantiers de la COP26, il y avait le recours à des « marchés de carbone », au sein de son article 6 [3].

À Glasgow, le CCFD-Terre solidaire, au sein d’une coalition d’ONG françaises et internationales, avait axé son plaidoyer sur l’encadrement de cet article 6.
Tout d’abord, regrette Myrto Tilianaki, « les terres n’ont pas été formellement exclues des opérations de compensation, comme nous le demandions ».
Ce point, entouré d’un flou important dans son interprétation, exigera une vigilance particulière de notre part.

Le pire a cependant été évité, car « les communautés du Sud lésées par une de ces opérations pourront saisir directement l’organe indépendant créé par la COP pour recueillir ce type de plaintes. » souligne Myrto Tilianaki.

Les conditions d’accès des entreprises aux marchés de compensation carbone ont également été un peu renforcées par rapport aux premières versions du texte.

Enfin, un progrès a été enregistré du côté des mécanismes non-marchands reposant sur une logique de contribution et non de compensation (transfert de technologie, de connaissance, etc.). « Alors qu’ils étaient jusque-là marginalisés, ils ont donné lieu à un groupe de travail post COP visant à les développer », souligne Myrto Tilianaki.

6. La société civile va devoir continuer à s’imposer

Si une mobilisation n’a pas déçu tout au long de cette COP, c’est celle de la société civile, qui a mis une réelle pression sur les représentants politiques, en particulier sur les enjeux de l’Article 6 et de la compensation carbone.

Notre campagne "Ne soyons pas dupes" pointant du doigt la neutralité carbone et le risque de greenwashing par les principaux pollueurs a permis d’exposer cet enjeu.

La tiédeur des engagements politiques montre la nécessité d’accroitre notre pression sur les dirigeants partout dans le monde et d’être vigilants sur la manière dont seront développées les politiques publiques au niveau national et régional.

La solidarité entre les peuples sera un ingrédient essentiel pour assurer le futur de notre planète !

Patrick Piro

Pour aller plus loin :

Ecouter l’émission spéciale de RCF avec Myrto Tilianaki

Lire la déclaration de l’Alliance pour le Climat, les Terres, l’Ambition et les droits, dont fait partie le CCFD-Terre Solidaire, à l’occasion de la clôture de la COP 26

[1Et seule une part minoritaire de ces fonds va à des actions visant l’adaptation des pays du Sud, leur intérêt premier, alors que le gros est orienté vers des opérations de réduction des émissions, qui les concernent beaucoup moins. Le principe d’une répartition 50% pour l’adaptation et 50% pour l’atténuation n’a pas été acté lors de cette COP.

[2Par ailleurs, est à noter que l’accent est mis sur des questions d’efficacité et non d’une réduction des cheptels ou le soutien à des régimes alimentaires plus riches en végétaux. Or de nombreux scénarios scientifiques ont démontré que cela était nécessaire.

[3Ce mécanisme, autorise un pays ou une entreprise à financer ou échanger des crédits issus notamment de projets « de compensation » hors de son territoire (comme la plantation de forêts dans un pays du Sud) afin de remplir plus facilement ses engagements climat.

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