Échos du monde

Sensibilisation & mobilisation

Article mis en ligne le 15 août 2021

France-Palestine : la tisseuse de liens (portrait)

Plus de cinquante ans après avoir découvert la Palestine, Françoise Guyot a fait de cette terre sa seconde patrie. Portrait d’une bénévole du CCFD-Terre Solidaire devenue, au fil des ans, une avocate infatigable des « réfugiés de l’intérieur » qui se battent pour le respect de leurs droits.

France-Palestine : la tisseuse de liens (portrait)

L’heure, en ce mois de mai, n’est pas encore venue de prendre son bâton de pèlerin, si ce n’est pour parcourir les chemins de randonnée sillonnant le massif de La Chartreuse que Françoise connaît par cœur…

Mais, comme la nature qui s’éveille au printemps après un hiver rendu interminable par la pandémie, elle est déjà prête à faire ses bagages. « Si tout va bien, nous devrions par­tir en septembre », explique-t-elle, le sourire aux lèvres.

Là-bas, le petit groupe qu’elle accompagnera sera accueilli à bras ouverts par ses amis palestiniens dont elle est aujourd’hui une des porte-voix des plus actives. Un compagnonnage mû par l’idée que « l’injustice et le mal ne triomphe­ront pas », poursuit Françoise qui a développé depuis sa retraite en 2008, des « voyages solidaires » sur les terres de Palestine.

Auparavant, durant trente ans, elle a été l’une des chevilles ouvrières du service d’hospitalisation à domicile du CHU de Grenoble où elle a exercé ses dons de « tisseuse de liens ».

Voyage initiatique pour plus de 500 bénévoles

Son objectif en Palestine ? Faire vivre une expérience unique aux plus de 500 bénévoles qui sont allés à la rencontre d’un peuple meurtri par l’occupation israélienne. Son droit au retour sur la terre de ses ancêtres est bafoué, et il est en butte aux colons qui construisent pierre par pierre leur plan d’encerclement.

Pour Françoise, la découverte de cette réalité a commencé, en 1965, quand elle a posé pour la première fois le pied en Terre sainte. « Au départ, avec une amie, nous étions enthousiastes à l’idée d’aller au pays des kibboutz, se souvient-elle. Nous avons rejoint un groupe de pèlerins. »

Leur périple débute à Nazareth et se poursuit jusqu’à Jérusalem où se produit le choc. « Un jeune homme nous regardait avec insistance. Il nous a simplement dit “ I am a palestinian”, et tout à coup, tout a basculé. Depuis le début du voyage, jamais nous n’avions entendu parler de la Palestine. »

De ce jour est né le désir de comprendre pourquoi ces hommes et ces femmes n’avaient pas le droit d’avoir un État à eux. Une quête de sens qui n’a jamais cessé de tirailler Françoise. Installée à Grenoble, elle retrouve au tournant des années 1980, des militants engagés dans une association franco-palestinienne et renoue les liens avec ses questionnements.

Avec son mari, elle partage cette volonté de dépasser l’accumulation de connaissances pour les confronter, sur le terrain, à la vraie vie. Au gré des séjours sur place se dessine une trajectoire allant de l’étonnement à l’écoute des personnes rencontrées, en passant par la colère quand les balles sifflent lors de la première et plus encore lors de la seconde Intifada.

Ni devant ni derrière, à côté des Palestiniens

« Je crois qu’elle est à moitié Palestinienne. Nous ressentons sa présence à nos côtés, même quand elle est loin de nous. Elle nous redonne de l’espoir. » - Rawan Bisharat, directrice de Sadaka reut

Dans ce récit – aujourd’hui retranscrit dans un ouvrage [1] –, les lieux laissent progressivement la place à des visages de femmes, d’hommes, d’enfants. Partout la même humanité. Partout aussi les mêmes humiliations et les mêmes blessures. Pas de quoi faire perdre à Françoise sa rigueur intellectuelle : « À chacun de mes voyages, je vais voir des partenaires du CCFD-Terre Solidaire en Israël comme dans les territoires palestiniens. Je veux écouter tout le monde pour me forger une opinion », insiste-t-elle.

Une démarche saluée par Rawan Bisharat directrice de Sadaka reut, partenaire du CCFD-Terre Solidaire qui fait se rencontrer des jeunes Juifs et Arabes en Israël. « Je connaissais Françoise grâce à ma mère qui m’avait parlé d’elle et par nos échanges de mails. À Nazareth, il y a deux ans, elle a pris la parole lors d’une conférence. Sans avoir jamais vu sa photo, je savais que c’était elle ! raconte-t-elle. Elle a quelque chose de spé­cial : une façon d’écouter, de laisser chacun s’exprimer sans jamais s’interposer. »

Cette inlassable collectionneuse de témoignages met un point d’honneur à « connecter » toutes les personnes rencontrées au sein d’un vaste réseau dont les fils partis de Grenoble ou de Jérusalem, forment une grande constellation. « Elle agit comme nous le faisons, s’amuse Rawan Bisharat. Je crois qu’elle est à moitié Palestinienne. Nous ressentons sa présence à nos côtés, même quand elle est loin de nous. Elle nous redonne de l’espoir. »

Un espoir qu’elle n’a jamais voulu abandonner, « même si la situation est aujourd’hui bien pire pour les Palestiniens qu’en 1965. Tout se passe dans une totale indifférence internationale, encore accentuée par la crise sanitaire », regrette celle qui contre vents et marées reste fidèle à son combat, tout en veillant toujours à garder la bonne distance : « Je ne suis ni devant ni derrière, mais à côté des Palestiniens », glisse-t-elle, avec une certaine humilité.

Pour mieux découvrir le combat de Françoise Guyot et ses aventures en Palestine, plongez vous dans le livre qu’elle vient de faire paraitre "Palestine, la force de l’espoir" :

[1Palestine, La Pensée sauvage éditions, 2020

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