Pour un Jubilé 2020 : Face à la pandémie, la société civile appelle à l’annulation des dettes des pays du Sud (communiqué)

Publié le 07.04.2020 Mis à jour le 15.04.2020

Alors que la pandémie mondiale de Covid-19 touche désormais la plupart des pays, 138 organisations de la société civile du monde entier publient une déclaration commune à l’occasion de la journée mondiale de la santé.

Pour un Jubilé 2020 : Face à la pandémie, la société civile appelle à l'annulation des dettes des pays du Sud (communiqué)

Ces organisations appellent les Etats et institutions internationales à annuler immédiatement les paiements de dette extérieure des pays du Sud et à débloquer des fonds d’urgence pour permettre aux pays vulnérables de faire face aux répercussions sanitaires, sociales et économiques de cette crise.

Avec la chute du prix des matières premières, l’augmentation des taux d’intérêts des prêts et la fuite inédite de capitaux, la crise déclenchée par la pandémie frappe violemment les pays en développement et annonce des crises économiques et sociales sans précédent.

Et alors que les besoins en matière de santé et de protection sociale explosent, l’effondrement annoncé des recettes publiques menace de plonger de nombreux pays aux structures sanitaires précaires et aux économies déjà fragiles, qui se trouvaient déjà en situation de surendettement avant la crise, dans la faillite.

Face à la catastrophe qui s’annonce, plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont celles de la Plateforme française Dette et Développement [1], affirment que toutes les ressources des Etats doivent être affectées d’urgence et en priorité aux besoins des populations, plutôt qu’au remboursement de leurs dettes.

Elles demandent aux institutions multilatérales et aux Etats détenteurs de créances envers ces pays, d’annuler immédiatement tous les remboursements de dette attendus en 2020 sans pénalités et sans report dans le temps pour tous les pays du Sud, sans conditionnalité, et de débloquer des fonds additionnels d’urgence.

Elles alertent également sur la nécessité de s’assurer que les fonds libérés par les annulations ne servent pas à rembourser d’autres prêteurs, notamment les prêteurs extérieurs privés.

Le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, a proposé un moratoire de la dette des pays les plus pauvres, en réponse à une demande formulée par les ministres africains des Finances et reprise par la Banque mondiale et le FMI, qui ont appelé tous les créanciers bilatéraux publics à suspendre les paiements au titre du remboursement de la dette des pays en développement qui en demandent une dispense.
Cette mesure serait bien insuffisante car les effets de cette crise devraient perdurer pendant plusieurs années, et un simple report des paiements ne suffira pas à résoudre le problème. Une annulation complète est nécessaire.

D’après Fanny Gallois, coordinatrice de la Plateforme Dette et Développement : “L’annulation des dettes extérieures en 2020 pour les pays à faible revenu, soit une partie des pays du Sud, permettrait de libérer jusqu’à 25,5 milliards de dollars. Si cette annulation était étendue à 2021, ce sont 24,9 milliards supplémentaires qui seraient mis à disposition. Ces revenus seraient immédiatement disponibles pour les Etats les plus fragiles, afin qu’ils puissent faire face à la crise et concentrer leurs ressources sur les systèmes de santé et le soutien à leurs citoyen-ne-s”.

Ces annulations sans conditions constituent pour ces pays le seul moyen de faire face à ce choc économique extérieur sans précédent, et de rompre de façon définitive avec les politiques austéritaires qui ont été imposées par les multiples conditionnalités impliquant privatisation et libéralisation de l’économie à la demande des institutions financières internationales ces dernières années et qui ont conduit à l’affaiblissement des systèmes de santé.

Elles constituent la première mesure à prendre en urgence, mais devront impérativement être associées à des mesures de plus long terme, parmi lesquelles des audits citoyens de la dette, pour résoudre les problèmes de viabilité des dettes qui perdureront inévitablement au-delà de la crise.

Des annulations complémentaires seront nécessaires au-delà de 2020. « Cette nouvelle crise illustre l’impérieuse nécessité de créer, sous l’égide de l’ONU, un mécanisme international de restructuration des dettes indépendant, équitable, complet et exécutoire afin de prévenir et résoudre les crises de la dette et d’éviter que les pays victimes retombent dans le piège de la dette, et hypothèquent leur développement et les conditions de vie de leurs populations », explique Lison Rehbinder, chargée de plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire.

- Texte de la déclaration commune publiée par 138 organisations de la société civile du monde entier à l’occasion de la journée mondiale de la santé.

Contact presse :
- Sophie Rebours – s.rebours@ccfd-terresolidaire.org – 07 61 37 38 65
- Mia Bertier – m.bertier@ccfd-terresolidaire.org - 06 74 37 98 39

Retrouvez notre dossier spécial : Covid-19 : nos témoins d’une terre solidaire

Auteur(s): Sophie Rebours

[1La Plateforme Française Dette & Développement regroupe 29 organisations et syndicats français agissant en faveur d’une solution large, juste et durable au problème de la dette des pays en développement : AITEC (Association internationale des techniciens, experts et chercheurs), ATTAC France, CADTM France (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes), CCFD-Terre Solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement - Terre Solidaire), CFDT (Confédération Française et Démocratique du Travail), CGT (Confédération Générale du Travail), CORREF (Conférences des Religieuses et Religieux en France), CRID (Centre de Recherche et d’Information pour le Développement), DCC (Délégation catholique pour la coopération), France Volontaires, Justice et Paix, Oxfam France, Réseau Foi et Justice Afrique-Europe, Secours Catholique - Caritas France, Sherpa, SEL (Service d’entraide et de liaison), Service Protestant de Mission - DEFAP, Survie, Vision du Monde France.

Et ses soutiens : ASPAL (Association de solidarité avec les peuples d’Amérique latine), ATD Quart monde, CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), France, libertés (Fondation Danielle Mitterrand), Les Amis de la Terre, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples), RENAPAS (Rencontre nationale avec le peuple d’Afrique du Sud), RITIMO, Secrétariat général de l’enseignement catholique, Terre des hommes

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