Publié le 01.04.2007 • Mis à jour le 29.06.2012

Balintiya Konsana, Togo

Au Togo, tout se passe comme si les paysans n’existaient pas. Notre travail est de les défendre pour qu’ils puissent vivre du fruit de leur travail.

Ce n’est quand même pas aux paysans de subventionner l’Etat !

Au Togo, tout se passe comme si les paysans n’existaient pas. La politique de ce pays se décide en notre nom, mais sans nous. C’est par exemple le ministre qui annonce le prix du coton. C’est aussi à Lomé que se discutent les politiques de développement agricole. Pour toutes ces décisions importantes, la majorité des paysans n’est jamais consultée. C’est insupportable !

Face à cette situation, nous avons créé le Mapto en 2003. Notre objectif est favoriser le dialogue et le partage d’expérience entre les paysans de l’ensemble du pays. Aujourd’hui, le mouvement compte 8000 actifs.

Nous sommes contraints de vendre en-dessous du prix
Nous avons décidé d’entreprendre une action de revalorisation des prix afin que les paysans puissent vivre du fruit de leur travail. Le problème est que le pouvoir d’achat de la majorité des togolais est faible. Par exemple, les fonctionnaires ne touchent pas régulièrement leur salaire et ne peuvent donc pas acheter les produits agricoles au juste prix. Nous sommes donc contraints de vendre en-dessous de nos prix de revient. Mais ce n’est quand même pas aux paysans de subventionner l’Etat qui ne paye pas ses fonctionnaires ! Quand je vais à la pharmacie, le vendeur ne me fait pas cadeau sous prétexte que mon porte-monnaie est vide ! Pourquoi en irait-il différemment pour les paysans ? Nous ne pouvons pas répondre aux besoins sociaux des Togolais si nos propres droits ne sont pas respectés.

Pour établir un prix équitable, pour les paysans comme pour les villageois, nous testons actuellement une nouvelle méthode dans quelques villages-pilotes. Tous les jours, nous affichons le cours des céréales à l’entrée des marchés. Pour que ceux qui ne savent pas lire aient accès à l’information, des crieurs sont également chargés d’annoncer le prix. Par ailleurs, nous avons aussi distribué aux clients un bol qui doit servir de mesure « universelle ». Nous l’appelons le « bol-Mapto ». Il équivaut à 2,5 kg de céréales. Ainsi, le villageois est certain qu’il achète les céréales au bon prix et peut mesurer lui-même la quantité souhaitée. Cette méthode permet d’éviter que les commerçants s’enrichissent sur le dos des acheteurs et des agriculteurs en faussant leur balance.

C’est plus facile de parler librement aujourd’hui
Le Mapto a communiqué ces nouvelles mesures aux préfets et aux services de l’Etat. De façon surprenante, l’accueil a été plutôt bon et nous devrions étendre l’expérience à d’autres communes. Je trouve même que le Togo est plus ouvert qu’auparavant : Faure Gnassingbé, qui a pris les rênes du pays en 2005, écoute davantage les citoyens. C’est plus facile de parler librement aujourd’hui. Avec tout le tapage qu’on a fait autour de cette démarche, il y a quelques années, j’aurais été jeté en prison.


Propos recueillis par Séverin Husson,
Paris, le 16 mars 2007

M. Balintiya Konsana est président de l’association Mouvement pour une alliance paysanne au Togo (Mapto)

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