Publié le 18.01.2011 • Mis à jour le 29.06.2012

Le CCFD-Terre Solidaire est en contact régulier avec ses partenaires ivoiriens.

Paris, le 18 janvier 2011

Depuis le second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre dernier, la Côte d’Ivoire a deux présidents, deux gouvernements. Laurent Gbagbo, élu en 2000, conteste la victoire de son adversaire Alassane Ouattara, déclaré vainqueur par la Commission électorale indépendante (CEI) et soutenu par la communauté internationale.

Hélène Barbier, chargée de mission Afrique au CCFD-Terre Solidaire, est en contact régulier avec nos partenaires ivoiriens. A travers leurs témoignages, elle nous propose une brève analyse de la situation.

Quelle est, aujourd’hui, la situation en Côte d’Ivoire, telle que décrite par les partenaires du CCFD-Terre Solidaire ?

Hélène Barbier : Leur constat le plus marquant est celui d’un incroyable décalage entre l’espoir qu’a suscité cette élection et le chaos actuel. On a assisté à un mouvement populaire massif vers les urnes. Nos partenaires qui ont travaillé sur l’observation des élections ont pu constater que le processus électoral s’est bien déroulé et que les violations constatées aux règles du scrutin ne sont pas de nature à entacher la sincérité de l’élection. Par ailleurs, les trois partis ayant du poids dans la vie politique ivoirienne étaient bien représentés. Tout ceci explique la forte adhésion de la population ivoirienne au processus et à l’espoir de sortie de crise que représentait ce vote.

Pourtant, aujourd’hui, les Ivoiriens ont le sentiment qu’on leur a confisqué les résultats.
De plus, de graves exactions sont commises à l’encontre de ceux qui prennent position ouvertement contre le camp Gbagbo. Ceux qui osent prendre la parole ne sont pas protégés face aux milices brutales. Ils risquent leur vie. Il n’y a plus ni police, ni justice.

Comment en est-on arrivé là ?

HB : Malgré la victoire d’Alassane Ouattara, difficilement contestable, le discours de Laurent Gbagbo continue à recevoir une résonnance certaine auprès d’une partie de la population ivoirienne. Tout d’abord parce qu’il mène une propagande efficace. Il a notamment confisqué les médias d’Etat. D’autre part, parce que l’attitude, ces dix dernières années, de la communauté internationale, et celle de la France en particulier, justifient en partie ses arguments anti néocolonialistes. De nombreux Ivoiriens restent sensibles à la revendication de souveraineté ivoirienne brandie par Gbagbo contre l’ingérence onusienne qu’il condamne.

Qu’en est-il de la médiation de l’Union africaine ?

HB : Son message est fort : elle souhaite le départ de Laurent Gbagbo. Les négociations se poursuivent certainement mais elles peinent à trouver une solution rapide. Pourtant Ouattara serait prêt à concéder une certaine impunité à Gbagbo contre son départ. Quant à l’éventualité d’une opération militaire, elle ne fait pas l’unanimité. Le Ghana, acteur majeur de la région, s’y oppose.

La solution viendra-t-elle de l’intérieur du pays ?

HB : Aujourd’hui, la société civile ivoirienne, elle-même, reste très divisée. Il n’y a pas d’acteur capable de prendre une position officielle ferme. C’est un des problèmes majeurs. D’autant plus que les autres contre-pouvoirs susceptibles d’être de réels leviers démocratiques (médias, parlement...) sont absents. Et la communauté internationale, malgré les moyens dont elle dispose, ne parvient pas à se substituer à des mécanismes nationaux de sortie de crise.

Propos recueillis par Violaine Plagnol
Le 14 janvier 2011

Nos projets

16 mai 2018

Bénin : l’association Sin Do donne la voix aux femmes

Face aux violences faites aux femmes et aux jeunes filles au Bénin, l’association Sindo lutte avec elles pour leur dignité et développe (...)

1er février 2017

Bénin : « Aidons les enfants à échapper à la traite »

FDM n°297

La traite d’enfants touche les jeunes Béninois les plus pauvres du pays. Face à ce phénomène, Sin Do, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, (...)

24 février 2016

Une caravane ouest-africaine pour le droit à la terre, à l’eau et aux semences

La Convergence ouest-africaine, qui rassemble notamment le CCFD-Terre Solidaire et plusieurs de ses partenaires, organise une caravane (...)

S’informer

20 juillet 2018

Niger : Les défenseurs des droits humains poursuivis à tort doivent être libérés (communiqué)

Alors que le verdict du procès des défenseurs des droits humains au Niger est attendu pour mardi 24 juillet, il est plus que temps pour (...)

13 June 2018

Au Tchad : la société civile s’organise pour construire la paix

Le Tchad est rongé par les tensions intercommunautaires construites et instrumentalisées par des leaders politiques et religieux. La (...)

20 April 2018

Au Niger : demande de libération immédiate pour les représentants de la société civile arrêtés

Au Niger, deux vagues d’arrestations viennent de cibler des acteurs de la société civile protestant contre la nouvelle loi de finance 2018 (...)