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Dossier Asie : après le Tsunami

« La force et la dignité de populations »

Publié le 07.03.2005 Mis à jour le 20.07.2012

Témoignage
Lidia Miani, chef de service Asie au Ccfd, à son retour d’Aceh
7 mars 2005

Un désastre inimaginable

« J’ai été saisie par l’ampleur du désastre, absolument inimaginable. Il faut penser qu’à Banda Aceh, 100 000 personnes sont mortes en 20 minutes… Aujourd’hui, tout est rasé, on ne trouve pas d’espace approprié pour enterrer les corps. La majorité des morts sont restés non identifiés car c’est une opération impossible après 48 heures. Alors on observe des scènes terribles : dès que des restes sont repérés, un petit drapeau est planté à l’endroit même où ils sont et plus tard, on viendra les récupérer avec des moyens plus importants. Ces opérations, je ne les ai vues pratiquées que par des volontaires. De nombreux restes sont transportés dans des sacs plastiques jusqu’à la mosquée puis ils sont enterrés comme ça, dans des fosses communes, ou même brûlés. Le tsunami a complètement isolé certaines localités. Lamno, par exemple, n’était plus accessible qu’après 6 heures de bateau au lieu de 2 heures de route. Dans certains endroits, l’aide n’est arrivée que 15 jours après… ce qui laisse largement le temps de mourir aux blessés ou aux personnes affaiblis. Bien sûr, certains soupçonnent les militaires indonésiens d’avoir ralenti l’acheminement des secours dans certains villages histoire d’attendre les combattants du Gam qui seraient venus voir leurs familles ou porter secours…. L’attitude des militaires a été ambiguë, mais certains habitants témoignent aussi de l’aide que leur a apporté l’armée.

La richesse des organisations locales

Ce qui est également flagrant sur le terrain, c’est la richesse des organisations locales. L’aide de première urgence a été assurée par des volontaires et des associations locales. Elles sont de toute façon incontournables pour les organisations venues d’ailleurs. Même pour les Ong du reste de l’Indonésie, Aceh est une terre étrangère…. Les habitants y sont presque tous musulmans et très pratiquants sans pour autant être radicaux. Les bouddhistes ou catholiques présents sont des communautés immigrés, au départ étrangères à Aceh. Alors bien sûr, il faut éviter les provocations comme ces bibles qui accompagnaient la rations d’aide distribuées par certains Américains… D’autant plus qu’on observe, à l’opposé, une forme d’intégrisme islamiste importé de Java en même temps que l’aide. Une interprétation religieuse du tsunami est prêchée et circule même sous forme de vidéo : le raz-de-marée serait une punition divine visant notamment les touristes occidentaux sur les plages de Thaïlande….

Pas de victimisation

Face à la tragédie, j’ai découvert un peuple très digne, très fier. Par exemple, je n’ai jamais vu personne pleurer… Pourtant, j’ai écouté des récits terribles. Il n’y aucune manifestation de douleur, à part, peut-être des visages qui se crispent à l’évocation de la mort d’un proche. Aucune demande d’aide n’est formulée non plus : il n’y a pas de victimisation, pas de mise en scène du drame. Une seule personne est venue vers moi pour me demander de relayer une demande : cet homme souhaitait que des corps soit retirés d’un lieu proche où ils étaient prisonniers des décombres… Qu’est-ce que cela va donner dans le long terme ? Dans les camps, on observe certains enfants plongés dans le mutisme, mais dans l’ensemble, les gens intériorisent leur drame ; on les voit plaisanter, vivre normalement. »

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