Birmanie : 6 mois après le séisme, le témoignage de notre partenaire Info Birmanie 

Publié le 28.09.2025| Mis à jour le 31.10.2025

6 mois après le séisme en Birmanie, la situation humanitaire reste préoccupante. Notre partenaire Info Birmanie souligne les difficultés rencontrées pour acheminer l’aide aux populations vulnérables, dans un contexte politique complexe. 

Quelle est la situation politique en Birmanie ? Le 1er février 2021, après avoir perdu les élections, la junte militaire fait un coup d’État qu’elle justifie par des accusations factices de fraude électorale. Quelques jours plus tard, des manifestations massives éclatent dans le pays. Elles sont violemment réprimées par la junte, l’armée répond à la contestation par la violence et l’intimidation. Les habitants des villes organisent des barricades et des réseaux de résistance, tandis que la junte impose une loi martiale et mène des arrestations arbitraires. Une partie de la jeunesse birmane prend les armes, rejoignant des forces armées, notamment les PDF (Forces de Défense du Peuple).  En savoir plus

Une catastrophe exacerbée par un régime répressif 

Le séisme qui a frappé la Birmanie le 28 mars 2025, dans la faille de Sagaing, a aggravé une situation déjà critique. Ce tremblement de terre, de magnitude 7,7 sur l’échelle de Richter, a dévasté des régions densément peuplées à Mandalay et Sagaing et plongé la Birmanie dans une crise humanitaire profonde.  

2 millions

de personnes supplémentaires ayant besoin d’aide humanitaire 

3 ,5 millions

de déplacés internes

Le pays, déjà ravagé par des années de guerre civile et d’isolement international, se trouve désormais face à une double crise : celle du séisme et celle d’un régime militaire qui exploite la situation à des fins politiques. 

Détournement de l’aide humanitaire : une stratégie de la junte 

Le détournement de l’aide humanitaire est devenu un outil stratégique entre les mains de la junte. L’armée a délibérément bloqué l’acheminement de l’aide dans les zones contrôlées par la résistance. Les personnes déplacées par le séisme, déjà dans une grande précarité, se voient donc privées de toute assistance. Les cargaisons de secours, notamment des barres protéinées et des médicaments, ont été fréquemment abandonnées à l’aéroport de Naypyidaw, ou détournées pour être revendues sur les marchés locaux.  

Même les agences de l’ONU continuent à partager des images avec des tentes faites de bambou, de tissus, locaux, etc. Où sont les tentes qui ont été envoyées ?   

Johanna Chardonnieras, coordinatrice d’Info Birmanie 

Sur la scène internationale, pourtant, la junte se présente comme interlocuteur légitime, notamment pour gérer l’aide humanitaire dans le pays. L’armée multiplie les effets d’annonce et les rencontres diplomatiques alors qu’elle continue, en réalité, ses violences envers les civils. Ainsi, les « cessez-le-feu » temporaires, déclarés les 2 et 30 avril, ont très rapidement été violés par l’armée, qui a mené diverses attaques.

Au-delà même du séisme, la junte use de tous les moyens pour se maintenir. Dernière tentative de légitimation en date : le 18 août 2025, la junte a annoncé la tenue d’élections le 28 décembre de la même année. L’armée tente ainsi d’asseoir son pouvoir par les urnes et espère une meilleure reconnaissance sur la scène internationale. Ces « élections » sont d’emblée factices puisque les principaux partis d’opposition ont été dissouts et que toutes les personnes critiquant la junte sont soit dans les geôles birmanes, soit en exil, soit tuées.

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Manipulation monétaire et soutiens économiques 

Un autre mécanisme de contrôle mis en place par la junte est son emprise sur le système bancaire. Depuis le coup d’État, la monnaie locale a été dévaluée, atteignant des taux de change où 1 dollar vaut presque 4400 kyats. Pire encore, la junte impose un taux de change à tous les acteurs économiques internationaux qui commercent via la Birmanie, ce qui inclut les fonds humanitaires envoyés pour aider les victimes du séisme. 

A ce jour, seules les organisations locales déjà présentes sur le terrain peuvent réellement déployer leur travail d’aide à la population. C’est en s’appuyant sur ses partenaires locaux que le CCFD-Terre Solidaire a pu faire parvenir l’aide collectée grâce à la générosité de ses donateurs et donatrices, qu’il remercie chaleureusement.

Johanna d’Info Birmanie nous explique que la junte s’appuie également sur les « cronies », des personnalités ultra riches qui profitent de leurs liens avec l’armée pour asseoir leur pouvoir économique. Ces acteurs sont principalement impliqués dans l’exploitation des ressources naturelles du pays, notamment l‘extraction minière, mais aussi dans l’hôtellerie, la construction ou encore l’industrie.  

Proches de la junte, ceux-ci obtiennent des contrats miniers et des licences commerciales, souvent au détriment des communautés locales.

Ces privilèges leur assurent une position dominante sur les marchés, tout en renforçant le pouvoir économique de la junte et en maintenant la population dans la pauvreté. 

Un conflit qui ne fait pas la une de la presse 

En Birmanie, les bombardements contre la population civile sont quotidiens, ou presque. Pourtant, il y a peu d’échos à l’international.  

Quand il y a une vingtaine d’enfants qui meurent dans le bombardement d’une école, ça ne fait pas la une de la presse. Ce n’est pas une indifférence, c’est une invisibilisation du conflit.

Cette invisibilisation est renforcée par l’absence de chiffres officiels. Il n’y a pas d’organisme public comptabilisant les morts de la guerre civile, souligne Johanna. Les multiples suspicions d’attaques à l’arme chimique n’ont donné lieu à aucune condamnation et encore moins à des sanctions puisqu’aucun expert international n’a pu aller sur place faire des prélèvements. 

Notre partenaire Info Birmanie  

Dans ce contexte de crise humanitaire aiguë, exacerbée par le séisme et l’oppression de la junte, Info Birmanie, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, mène des actions pour soutenir la société civile birmane et relayer sa voix sur la scène internationale.  

Relais des voix de la société civile birmane

L’un des axes de travail majeurs d’Info Birmanie consiste à relier la société civile birmane aux instances internationales par la traduction de tribunes, de prises de parole de personnes militantes, ainsi que par des rencontres avec des dirigeants politiques et diplomatiques. L’association a par exemple traduit une prise de parole de Zue Padonmar, militante birmane dénonçant le détournement de l’aide humanitaire par la junte, lors de la 59e session du Conseil des droits de l’homme. 

Sensibilisation et programmes culturels

Info Birmanie s’engage également à sensibiliser le grand public à la situation birmane par des projets culturels. L’année dernière, un programme a permis la réalisation d’un documentaire rassemblant 5 courts-métrages de réalisateurs birmans, offrant un aperçu poignant de la situation sur le terrain. Cette année, l’association a travaillé sur un programme de mentorat pour des dessinateurs de presse, soutenu par la Mairie de Paris et Cartooning for Peace. Une exposition est prévue à Paris pour présenter ces œuvres et continuer à sensibiliser le public sur la réalité birmane. 

Investigation économique et plaidoyer contre le financement de la junte

Un autre axe majeur d’Info Birmanie se concentre autour des intérêts économiques qui alimentent le régime militaire. L’association travaille avec des acteurs français et européens pour limiter au maximum tout soutien économique qui pourrait arriver aux mains de la junte. Cela inclut l’analyse des chaînes d’approvisionnement, des investissements étrangers et des flux financiers qui peuvent indirectement renforcer la capacité de la junte à commettre des violences contre les civils.  

6 mois après le séisme, la situation en Birmanie reste fortement préoccupante. Alors que l’attention médiatique semble être retombée, Info Birmanie, avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire, se mobilise pour que le sort de la population birmane ne soit pas oublié. 

Photo de couverture : Mauk Kham Wah/ CCFD-Terre Solidaire 

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