Numéro 212 - avril 2006

 

Rédigé le 24 mai 2007

Ni subie, ni choisie, pour une immigration accueillie

FDM avril 2006 Editorial de Jean-Marie Fardeau

Depuis que le monde est monde, les humains se déplacent. Conquête, recherche de meilleures conditions de vie, exil, tourisme... Il est vain de vouloir contrarier ces mouvements. Le mythe de « l’immigration zéro », leitmotiv de la France depuis 1974, a été battu en brèche par la réalité. Aujourd’hui, les démographes estiment même que la France manquera bientôt de gens en âge de travailler.

Vouloir dresser un mur autour de l’Europe, comme c’est déjà le cas autour des enclaves espagnoles au Maroc, pour ne laisser passer que ceux que nous aurions triés sur le volet, est dangereux et irréaliste. Car, tant que les écarts de richesses seront aussi élevés, des milliers de personnes continueront chaque année à vouloir franchir les frontières, au péril de leur vie. Et la méthode répressive pour restreindre les entrées dans les pays riches se paiera très cher en termes de tensions politiques et de fractures culturelles.

Quant au discours « Prévenir la migration par le développement » – que nous portons – il ne doit pas servir d’alibi à une perception de la migration comme une menace dont il faudrait extirper les racines. L’immigration est une source d’enrichissement humain, économique et culturel réciproque. Le développement doit être une alternative au désespoir qui pousse à quitter son environnement. Pas à l’aspiration de tout être humain à élargir son horizon à l’échelle du monde.

Toutes les sociétés humaines se sont construites par de multiples apports humains extérieurs. Les sociétés fermées aux autres se sont sclérosées et appauvries.

Les politiques migratoires européennes, dont s’inspire le projet de loi français, n’offrent donc qu’une protection illusoire contre les désordres redoutés. S’il est légitime pour un État de définir les conditions d’entrée et de séjour des étrangers sur son territoire, ne prendre en compte que son propre intérêt est non seulement égoïste, c’est se condamner à être dépassé par l’Histoire.

Le réalisme consisterait à discuter avec les pays d’émigration les conditions dans lesquelles nous pourrions avoir un intérêt commun à un certain niveau de migration, tout en facilitant les allers et venues entre les pays.

La vision réaliste, c’est celle que l’Église porte sur les migrants, considérés comme des personnes à part entière, des ponts précieux entre les sociétés, là où certains voudraient construire des barrières infranchissables.

Dans un pays toujours empreint de représentations héritées du temps des colonies, dont le modèle social peine à garantir l’égalité des chances, en particulier aux descendants de ceux qui ont pourtant contribué à sa croissance, passer de la méfiance à l’accueil est un défi considérable. Nous sommes nombreux à vouloir le relever.

Jean-Marie Fardeau

Secrétaire général du CCFD

Article mis en ligne le 10 avril 2006

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