Noël contre la faim

Numéro 253 - décembre 2010

 

Rédigé le 30 novembre 2010

Décentraliser pour mieux reconstruire

Onze mois après le tremblement de terre du 12 janvier qui a fait plus de 220 000 morts et 1,3 million de sans-abri, la reconstruction espérée se fait attendre. L’épidémie de choléra, partie, le 19 octobre, du département de l’Artibonite a gagné la capitale. Et le résultat des élections législatives et présidentielles du 28 novembre pourrait attiser de nouveau la violence politique. Rencontre avec Violaine Dory, chargée de projets au CCFD-Terre Solidaire, de retour de mission.

FDM : C’était votre 3ème séjour en Haïti depuis le séisme, quelle situation avez-vous trouvée sur place ?  
Violaine Dory : Dès l’atterrissage à Port-au-Prince, j’ai été frappée par la taille des camps de réfugiés. Car si, après le séisme, les gens ont fui vers les campagnes, beaucoup sont revenus, attirés par les secours concentrés à Port-au-Prince. C’est l’un des effets pervers de l’aide : il aurait été préférable de la répartir sur tout le pays. Autre effet négatif : les acteurs traditionnels de développement sont concurrencés par les ONG internationales. Les populations se détournent des structures de santé locales, plusieurs hôpitaux ont fermé. Malgré tout, on peut voir que l’aide humanitaire joue son rôle efficacement et que, par exemple, l’épidémie de choléra n’a pas encore atteint les camps.

Si l’aide d’urgence remplit son rôle, la reconstruction espérée peine à donner des résultats tangibles.
On ne peut pas attendre d’un pays aussi mal en point qu’Haïti qu’il batte des records de vitesse ! Il est vrai qu’à Port-au-Prince le déblaiement des gravats a très peu avancé. La plupart des maisons détruites ou fissurées, et inhabitables, sont cassées au marteau ou à la main ! Les Haïtiens doivent se débrouiller seuls, l’État se concentrant sur les lieux publics. Il n’y a pas de cadastre, pas de plan d’urbanisme, ce sera long ! Nos partenaires haïtiens ont également subi l’impact du séisme. D’abord fatigués, débordés, ils sont repartis avec courage, ont lancé des chantiers et débordent de projets. Par exemple, Iteca (Institut de technologie et animation), une ONG d’appui au développement rural, a décidé de se décentraliser en créant quatre antennes régionales (Gressier, Saint-Marc, Gros Morne et Savalette) pour être au plus près des populations concernées.

Relancer la production agricole est l’une des priorités du CCFD-Terre Solidaire en Haïti.
Oui. 60 % de la population vit en milieu rural. Le CCFD-Terre Solidaire, avec la Sidi [1], place de nombreux espoirs dans un important projet porté par son partenaire le KNPF (Conseil national du financement populaire) : le Fonds rural d’investissement et de crédit solidaire (Frics). Il vise l’accès au crédit pour ceux qui en sont habituellement exclus. Il permettra de mieux structurer le milieu rural, de recapitaliser les exploitations. Mais aussi de valoriser les produits agricoles, de créer des débouchés en transformant sur place, à l’exemple de la coopérative de mangues de Gros Morne, dans le Nord et d’aider à la création de petites entreprises pour améliorer la production (outillage, intrants, semences locales). Le KNPF veut aussi créer des Maisons d’entrepreneurs, véritables pépinières qui permettront de former et d’accompagner des jeunes.

Une autre priorité est la structuration de la société civile.
Pendant mon séjour, j’ai animé une réunion organisée avec huit partenaires haïtiens, dans le cadre de la Cidse [2]. L’objectif était de faire émerger une vision commune pour la reconstruction d’Haïti, avec pour piliers le développement rural et la gouvernance. Il faut aider la société civile à participer à la refondation d’Haïti. L’élan donné juste après le séisme est retombé parce que le quotidien a pris le pas. Il était important de rappeler cette envie, cette ambition, et le besoin de s’organiser pour travailler ensemble. Aujourd’hui, c’est à nos partenaires d’avancer.

L’épidémie de choléra se propage
Les derniers chiffres disponibles du ministère de la santé* dénombraient depuis le début de l’épidémie près de 30.000 cas de choléra ayant provoqué la mort d’environ 1600 personnes. Selon l’OMS, on pourrait atteindre les 200.000 cas dans les six à douze mois à venir. En effet, la maladie se propage très rapidement en raison des inondations et des récentes violences à Cap-Haïtien qui freinent le déploiement des secours. « Le choléra est une maladie très simple à traiter. Le taux de mortalité est pour l’instant de 2,4% dans les centres de soins mais sans aide médicale il peut s’envoler » précise Nigel Fisher coordonnateur humanitaire des Nations unies pour Haïti. Le CCFD-Terre Solidaire se mobilise en fonction des demandes de ses partenaires.
* au 26 novembre

Violaine Plagnol

[1Sidi. Solidarité internationale pour le développement et l’investissement. Filiale du CCFD-Terre Solidaire spécialisée dans le financement solidaire. www.sidi.fr

[2Cidse. Coopération internationale pour le développement et la solidarité (Alliance de seize agences de développement catholiques). www.cidse.org

Article mis en ligne le 30 novembre 2010

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