Publié le 10 février 2011

L’Assemblée mondiale des migrants.

En prélude au 11ème Forum social mondial de Dakar

Au large de Dakar, l’île de Gorée, lieu symbolique de la traite négrière, accueillait, les 3 et 4 février dernier, en prélude au 11ème Forum social mondial, l’Assemblée mondiale des migrants.

Paris, le 10 février 2011

Qu’est-ce qu’un migrant ? La charte en gestation devra-t-elle faire référence aux grands textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’homme ? Ne nous égarons pas dans des divagations philosophiques, le texte qui sortira d’ici aura pour fonction de soutenir des luttes concrètes, comme celle des sans papiers. Et n’oublions pas les femmes ! Et les paysans ! Et les enfants ! Et les réfugiés climatiques ! Et... Dans la cour du centre culturel Boubacar Joseph Ndiaye, la rédaction de la Charte mondiale des migrants suscite un débat passionné. Chacun s’exprimant ici en son nom propre et ne représentant personne d’autre que lui-même - ainsi que l’avaient souhaité les organisateur de la rencontre - en rendre compte fidèlement tiendrait un peu de l’inventaire à la Prévert. Même si tous deux revendique haut et fort leur qualité de migrants, l’universitaire et le travailleur sans papier n’ont pas, en effet, les mêmes préoccupations ni les mêmes urgences. Or, dès le départ, les promoteurs de cette initiative ont placé la barre très haut : élaborer une charte qui soit « écrite par les migrants eux mêmes » et « le fruit d’une écriture collective à l’échelle de la planète ».

L’idée est née à Marseille, en 2006, à l’occasion d’une lutte engagée par cent vingt familles de sans papiers en vue d’obtenir des titres de séjour en France. Au fil des ans, certains des initiateurs du projet ont quitté le navire mais le cap a été maintenu et, avec lui, une volonté farouche de ne pas se laisser « récupérer » par les organisations « classiques » d’aide aux migrants. « Vouloir donner la parole aux migrants, faire qu’ils soient les protagonistes de leur propre destin est évidemment une préoccupation à laquelle nous ne pouvons que souscrire, considère Assanne Ba, chargé de mission « Migrations internationales » au CCFD-Terre Solidaire, mais faut-il pour autant se priver de l’expérience acquise par les organisations qui oeuvrent dans ce domaine depuis des années ? Et l’ambition d’être l’expression des migrants du monde entier n’est-elle pas quelque peu irréaliste ? »

De fait, force est de constater que l’Asie était quasiment absente au rendez-vous de Gorée, l’Amérique sous représentée, et que quelques personnes ont finalement assuré la rédaction d’un texte qui tente de concilier des points de vue parfois contradictoires. Mais l’important était sans doute ailleurs. Car si la Charte issue de la rencontre de Gorée témoigne de la part croissante prise par la question migratoire dans les débats de société et revendique pour les migrants « les mêmes droits que pour les groupes nationaux », elle affirme aussi la détermination de ceux-ci « à contribuer à la disparition de tout système d’exploitation ségrégationniste et à l’avènement d’un monde pluriel, responsable et solidaire. » Tout un programme !

Philippe Revelli, le 09/02/2011

La Charte : http://www.cmmigrants.org/goree/spip.php?article16

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