Publié le 4 février 2011

FSM, 10 après, l’énergie et l’espoir sont toujours au rendez-vous !

30 janvier 2001, sur le podium du Centre des évènements de l’Université pontificale de Porto Alegre, une vingtaine de témoins viennent nous dire en quoi ils pensent qu’un « autre monde est possible ». Candido Grzybowski de l’ONG brésilienne IBASE, vient expliquer pourquoi il n’y aura pas de déclaration finale !

Paris, le 4 février 2011

30 janvier 2001, sur le podium du Centre des évènements de l’Université pontificale de Porto Alegre, une vingtaine de témoins viennent nous dire en quoi ils pensent qu’un « autre monde est possible ». Candido Grzybowski de l’ONG brésilienne IBASE, vient expliquer pourquoi il n’y aura pas de déclaration finale !

Présent à Porto Alegre en compagnie de trois autres représentants d’organisations françaises, une émotion me traverse : la certitude de vivre un moment qui fait date. 10 000 participants, 4 000 délégués de 122 pays, 1 500 journalistes, 400 ateliers ... mais aucun porte- parole, ni de déclaration finale encore moins de personnalités mise en avant ! Le Forum social mondial de Porto Alegre vient de se conclure. Le processus du Forum social mondial s’enclenche. Ce que les journalistes appelleront le mouvement altermondialiste est né.

De retour au CCFD-Terre Solidaire, il apparaît clairement à tous les membres de l’association qu’une organisation de solidarité internationale comme la nôtre qui place l’Homme et son développement au coeur de son action, ne peut rester absente du processus. Depuis lors, le CCFD-Terre Solidaire s’implique dans l’organisation du Forum social mondial, à tous les niveaux. Je participe personnellement à la l’élaboration de la Charte du Forum établie le 11 juin 2001 à Sao Paulo par une trentaine de réseaux internationaux d’ONGs, de syndicats, de mouvements paysans ... Le CCFD-Terre Solidaire rejoint ainsi le Conseil international où il siège encore et accompagne, aux côtés de centaines d’autres acteurs, l’évolution du processus. S’en suivent les succès pour le Forum social mondial que l’on sait : 50 000 participants à Porto Alegre en 2002, 100 000 en 2003, 110 000 personnes à Mumbaï en 2004. Puis Bamako, Caracas, Karachi, Nairobi et à nouveau le Brésil en 2009, où la ville de Belém accueille quelques 130 000 personnes, détrompant les éternels détracteurs qui évoquent « l’essoufflement du mouvement ».
Alors quel bilan tirer 10 ans après le premier Forum Social Mondial ?

Le premier apport selon moi est d’avoir redonné espoir aux nombreux militants, espoir en « un autre monde possible », alors que le néo-libéralisme des années 2000 semblait s’imposer comme modèle unique. Autre apport majeur : la possibilité donnée aux multiples acteurs des sociétés civiles (ONGs d’urgence, de développement, environnementalistes, syndicats, mouvements de paysans, mouvements indigènes ...) de travailler ensemble. A partir des Forum sociaux mondiaux, des stratégies d’alliances entre acteurs de natures différentes pour faire avancer des propositions alternatives, se sont créées. Plusieurs dizaines de réseaux internationaux, à l’instar de la Via Campesina pour les organisations paysannes, ou du réseau Tax justice network pour la justice fiscale sont nées au FSM. Les prémices d’une société civile à l’échelon planétaire est en train de voir le jour, le Forum social mondial y est pour beaucoup.

Des rapprochements géographiques et culturels ont également été rendus possibles grâce au processus des FSM qui a su créer des dynamiques continentales (le Forum social africain, les Forums sociaux européens,..), des forums régionaux (Amazonie, Maghreb), ou nationaux ...

Enfin et surtout peut être, les alternatives et propositions nées aux cours des différents Forums, hier jugées par certains comme de pures utopies (annulation de la dette, taxes sur les transactions financières, régulation de la finance, lutte contre les paradis fiscaux, régulation des marchés agricoles remise en cause du Produit intérieur brut comme le seul indicateur de richesse ...) ont fait leur chemin dans l’opinion publique et se retrouve même sur la table des propositions des politiques. Et c’est là peut être le défi du mouvement altermondialiste aujourd’hui. Victime de son succès, ses propositions alternatives sont récupérées sans lui reconnaître la paternité, et pas vraiment mises en oeuvre.

A Dakar, l’aventure continue. Alliances et mobilisations seront au rendez-vous avec un focus particulier sur l’Afrique et ses enjeux capitaux pour l’avenir de l’Humanité. La révolution tunisienne, la situation en Egypte, en Algérie... seront, bien sûr, au centre des attentions des participants. Processus vivant, évoluant sans cesse au rythme du monde, le Forum social mondial de Dakar, sera, sans nul doute, une nouvelle étape pour la construction d’un monde meilleur !

Bernard Pinaud
Délégué général du CCFD-Terre Solidaire

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